Procès de présumés terroristes : un accusé relaxé au bénéfice du doute

La session a pris fin à 17h après l’examen de trois dossiers.

La première session du procès des présumés terroristes a pris fin, le vendredi 13 août 2021 au Tribunal de grande instance (TGI) Ouaga II, par l’examen de trois dossiers. L’un des accusés a été relaxé pour faits non constitués.

Le procès des présumés terroristes, ouvert, le lundi 9 août 2021 au Tribunal de grande instance (TGI) Ouaga II, s’est achevé, le vendredi 13 août 2021, par la relaxe d’un accusé sur les trois jugés ce jour. Il s’agit de I.O.B. qui comparaissait pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Des faits consignés dans le procès-verbal d’instruction, il ressort que I.O.B., un berger résident au Mali a été appréhendé par des éléments du commissariat de police de Ouahigouya en 2019, alors qu’il était en mission au Burkina Faso pour le compte du groupe terroriste Ansar Dine auquel il appartiendrait.

Lui et M.B., un de ses amis aurait été envoyés en territoire burkinabè pour déposséder un homme de sa motocyclette. Leur propre moto étant tombée en panne d’essence sur le chemin, I.O.B. et son compagnon se seraient tout de même arrangés pour accomplir la mission pour laquelle ils avaient été envoyés. Une fois de retour au Mali, I.O.B. est sommé par M.B., apparemment le leader du groupe, de repartir au Burkina Faso pour récupérer la moto qu’ils avaient abandonnée. C’est alors qu’il exécutait sa seconde mission que I.O.B. a été appréhendé par la police burkinabè. Devant le tribunal, il a confié avoir été enrôlé de force par les premiers respon-sables du groupe Ansar Dine, qui seraient venus dans son village pour le contraindre à les suivre.

Par peur de perdre la vie, il se serait exécuté et aurait été emmené dans un camp d’entraînement où il a séjourné pendant 11 jours. Durant son séjour, a-t-il indiqué au parquet, il aurait été initié au maniement des armes et à la lecture du Coran. Il aurait ensuite été ramené dans son village sans instruction particulière. Une déclaration dont a dit douté le procureur pour qui, I.O.B. fait partie des cellules dormantes du groupe Ansar Dine. De ce qu’il a dit, les membres de ces cellules reçoivent d’abord une formation militaire de quelques jours comme cela a été le cas du prévenu. Ils sont, par la suite, relaxés et enjoints de retourner dans leur localité et de se confondre à la population de sorte qu’il n’y ait aucun doute sur leur véritable nature.

Et ce, jusqu’au jour où le groupe aurait besoin de leurs services. Le procureur, convaincu que I.O.B. est un des membres de ces cellules a requis qu’il soit maintenu dans les liens de la détention pour une durée de 21 ans et qu’il soit condamné à payer deux millions F CFA d’amende. Il a tout de même assortie la peine d’emprisonnement d’une période de sureté de 14 ans. Le tribunal pour sa part, non convaincu de la culpabilité du prévenu, a ordonné sa relaxe au bénéfice du doute.

Incohérent dans ses déclarations

K.C. un autre prévenu, lui, n’a pas eu la même « chance » que I.O.B. Poursuivi également pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste, entre autres, il a été reconnu coupable par le tribunal et condamné à 21 ans de prison assortis d’une période de sûreté de 14 ans plus une amende de deux millions F CFA comme requis par le procureur à son encontre. Contrairement à I.O.B. qui était plus « bavard » lors des débats, K.C. s’est montré moins « coopératif ». Faignant de ne pas saisir les questions des juges, il a affirmé ne parler que le Tamasheq, alors qu’il avait déclaré au début de l’audience ne comprendre que le français et le fulfulde.

Malgré qu’un traducteur ait été commis de traduire les propos des juges dans la langue souhaitée par l’accusé, ce dernier est resté incohérent dans ses déclarations jusqu’à la clôture des débats. Une attitude que le procureur a trouvé « légitime », car faisant partie de sa stratégie de défense. Mais pour le ministère public, il aurait mieux fait d’être coopératif, car les faits qui lui sont reprochés sont assez graves. En effet, en plus de l’association de malfaiteurs, K.C. est aussi poursuivi pour dégradation de biens mobiliers et immobiliers en lien avec une entreprise terroriste.

En effet, il aurait fait partie d’un commando de huit personnes qui a attaqué la brigade de gendarmerie de Bourzanga dans la nuit du 6 au 7 novembre 2017. Les locaux de la gendarmerie ont été criblés de balles,
détruisant ainsi le matériel de bureau et les engins du personnel. Aperçus par un des gardes qui a réussi à s’échapper et informer le commandant, les assaillants ont pu être repoussés par les forces de l’ordre. Dans leur débandade, ils ont laissé un livre dans lequel était écrit en arabe : « Les prêches d’Ansaroul islam vont s’étendre jusqu’en Irak ».

Un détail qui confirme, selon le procureur, l’appartenance de l’accusé au groupe Ansaroul Islam de Malam Dicko. De son avis, K.C. serait même le leader du commando qui a attaqué la gendarmerie de Bourzanga, car à la suite de son arrestation, la brigade de gendarmerie de Kongoussi où il était détenu a également été la cible d’une attaque des mêmes individus. L’objectif de ces individus, selon le procureur, était de libérer leur compagnon qui avait été pris au marché de Bourzanga, à la suite de l’ouverture d’une enquête judiciaire. Des faits que K.C. a nié jusqu’au verdict du tribunal. « Je n’ai rien fait. On m’a pris comme ça sans armes ni rien. J’étais au marché de Bourzanga que j’ai l’habitude de fréquenter », a-t-il répété en boucle.

Retrouvé grâce à son téléphone

Le troisième dossier qui a été examiné par le tribunal au cours de la dernière audience de la session, a été celui de O.M.D. Il est poursuivi pour association de malfaiteurs en relation avec un groupe terro-riste, dégradation volontaire de biens et détention illégale d’armes à feu. Les faits remontent à la nuit du 23 au 24 mars 2017, au cours de laquelle des individus armés motorisés ont attaqué la mine de Belahouro à Inata dans la province du Soum. Ayant tenté en vain de détruire la station de pompage, ils ont alors endommagé le château d’eau en le criblant de balles avant de prendre la fuite.

Dans leur débandade, ils ont laissé sur les lieux un chargeur avec des munitions ainsi qu’un téléphone portable, dont la carte SIM a permis aux enquêteurs de remonter jusqu’à O.M.D. Interrogé sur les raisons de la présence de son téléphone sur les lieux de l’attaque, le prévenu confie avoir échangé son téléphone avec son ami I.D. dit Idi qui aurait lui aussi troqué l’appareil avec O.D. Des explications données par O.M.D., c’est ce dernier qui aurait participé à l’attaque de la mine. Ses explications n’ont pas convaincu le procureur.

Pour lui, les faits qui sont reprochés à l’accusé sont constitués et les preuves retrouvées sur les lieux le démontrent pleinement. Il a donc requis qu’il soit condamné à dix ans de prison assortie d’une période de sûreté de sept ans et à une amende d’un million F CFA. C’est à cette peine que O.M.D. a finalement été condamné.
Un quatrième dossier devait passer à la barre, mais pour le respect des consignes sécuritaires qui imposent de clore les audiences à partir de 17h,
il a été ramené à la prochaine session.

Nadège YAMEOGO


Les A-côtés

« Je n’ai rien fait, je suis un berger »
La plupart des prévenus appelés à la barre n’ont pas reconnu les faits qui leur sont reprochés. Comme s’ils s’étaient entendus pour faire les mêmes déclarations devant le tribunal, ils ont presque tous affirmé être de simples bergers et n’avoir rien fait d’illégal. C’était sans compter sur la diligence des membres du tribunal, qui étaient déterminés à manifester la vérité dans les cas d’espèce.

Des postures désinvoltes…
L’attitude de certains prévenus au cours de cette dernière journée d’audience sortait de l’ordinaire. En effet, loin de se montrer soucieux vis-à-vis du sort qui pourrait leur être réservé par le tribunal, ils n’hésitaient pas à adopter des postures de désinvolture. Si certains ont passé leur temps à bailler au micro, d’autres n’ont pas hésité à croiser les jambes sur leurs chaises comme dans leur salon. Ils ont dû être rappelés à l’ordre par le président du tribunal qui leur a demandé de bien se tenir.

N.Y.

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