Quand la France veut, elle peut

Bravo à la force Barkhane qui a mené avec l’armée malienne une opération fructueuse ayant conduit à la neutralisation du chef de EIGS, Abou Al Saharoui. L’information n’a été officialisée que le 15 septembre 2021. Le pouvoir du terroriste neutralisé s’étendait dans toute l’Afrique de l’Ouest faisant de lui, l’ennemi numéro 1 dans la lutte contre le terrorisme dans la zone. Cette mort est peut-être un répit, mais pas la fin d’un combat qui reprend de plus belle avec les percées terroristes dans des Etats hier épargnés. La mort de Abou Al Sarahoui est assurément une bonne nouvelle, qui met du baume dans le cœur des Français dont la présence au Sahel est de plus en plus disputée.

En effet, les Etats du Sahel ne se « cachent » plus pour signer des accords avec des puissances, « grandes » ou « moyennes », afin de diversifier leurs forces. On est en droit de se demander pourquoi maintenant ? Quand on sait que les rumeurs circulaient sur la mort de Al Sarahoui depuis un bon moment. La France voulait-elle éviter les sorties « hasardeuses » ayant annoncé la mort de Amadou Koufa qui s’est révélée fausse par la suite ? Ou simplement, veut-elle redorer son blason déjà terni par ce qui s’apparente à une difficulté, voire une incapacité de ses troupes au Sahel ?

Dans tous les cas, la concomitance de l’annonce de la neutralisation du chef terroriste avec le débat sur l’éventuelle venue de « mercenaires » russes de Wagner au Mali sur initiative de la Transition malienne, est assez curieuse. Paris veut montrer qu’elle est là et reste toujours le maître à jouer du G5 Sahel dont la puissance de feu est amorphe. Il n’y a pas que le Mali qui lorgne ailleurs. Il y a aussi le Burkina qui annonce une coopération plus accrue avec la Turquie en matière de Défense, alors que la Russie est déjà présente sur le continent.

Que dire de l’Algérie qui donne de la voix et revendique de façon ouverte sa place dans la résolution de la crise terroriste en Afrique de l’Ouest? En attendant les réponses à ces préoccupations et sans être « cynique », fêtons la neutralisation d’un homme qui était à la tête du plus puissant groupe terroriste de notre région et qui écumait villes et villages pour semer tristesse et désolation au nom d’un idéal obscur. Mais, célébrons avec moins d’enthousiasme parce les terroristes, comme s’ils se préparaient à une éventualité funeste, ont préparé leur « succession » au point que la mort de leur chef est vite suppléée par un second couteau parfois plus dangereux.

Un djihadiste mort n’a jamais signé la mort de son Katiba. Mais à la vérité quand la France veut, elle peut avec toute l’armada qu’elle a déployée dans la zone. Si elle recale, alors c’est remettre en cause sa capacité de feu. Quand c’est bien, les Africains sont reconnaissants, mais quand la « grande » France se mêle les pinceaux en distribuant des « couleurs » aux Etats, qu’elle ne s’offusque pas de la réaction « nationale » des fils de ces pays. En effet, il est bien vrai que le terrorisme frappe le Burkina Faso depuis quelques années, mais de là à peindre toute la carte, ou presque, en rouge, correspondrait peu à la réalité. En atteste la présence de Français dans des villes secondaires, qui continuent de mener une vie paisible au pays des Hommes intègres.

Jean Philippe TOUGOUMA

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