Marie Claire Tiendrebéogo, présidente de l’Association sauvons l’avenir de nos enfants (ASAE) : « Notre système éducatif a besoin d’être réformé »

La présidente de l’Association sauvons l’avenir de nos enfants (ASAE), Marie Claire Tiendrebéogo/Kansono se prononce, dans cette interview accordée à Sidwaya, sur le rôle crucial des parents dans la lutte contre la drogue en milieu scolaire.

Marie Claire Sidwaya (S) : Depuis combien de temps existe l’Association sauvons l’avenir de nos enfants (ASAE) ?

Tiendrebéogo/Kansono (M.C.T.K.) : L’Association sauvons l’avenir de nos enfants (ASAE) a été créée en novembre 2019. Son objectif principal est de contribuer à l’éradication de la consommation de la drogue en milieu scolaire.

S : Quelles sont les activités menées au sein de cette association ?

M.C.T.K. : De manière spécifique, nous informons et sensibilisons les jeunes, les parents d’élèves, la communauté éducative, bref ! toute la communauté de manière globale sur les méfaits de la drogue en milieu scolaire. Nous menons plusieurs actions. Actuellement, nous accompagnons les familles déjà affectées, et avons fait une première activité le 1er mai 2021. Elle a eu un écho favorable auprès du public-cible, notamment les parents d’élèves. Car, le thème portait sur la consommation de la drogue en milieu scolaire : « Les signes d’alerte ». Nous avions pris les parents d’élèves pour public cible, parce l’expérience a montré qu’ils ignorent les dangers de la drogue de manière générale. Tandis que leurs enfants sont assez « bien informés» et connaissent parfaitement le milieu des stupéfiants au même titre que ceux qui tirent profit de la consommation de la drogue. Et c’est difficile, parce que nous n’avons pas une culture sur la drogue, que ce soit dans les écoles ou à domicile. Nous avons donc profité de ce déficit de connaissances pour attirer l’attention des parents sur leur rôle d’éducateurs. Et les dangers de la drogue doivent être évoqués dans l’éducation que nous donnons à nos enfants.

S : Quel est votre plan d’actions pour les semaines et mois à venir ?

M.C.T.K. : Nous allons tout d’abord travailler à ce que les parents prennent réellement conscience de leur rôle d’éducateurs et poursuivre la sensibilisation auprès des enfants. Nous allons ensuite veiller à assurer la prise en charge psychosociale des cas avérés de consommation de la drogue, accompagner les familles affectées et à long terme, créer un centre d’accueil et de formation pour les jeunes et les familles qui auront besoin de conseils, de formation avant et après le mariage. Car, il ne faut pas ignorer que la consommation de la drogue survient quand les familles traversent des moments difficiles. Et ces problèmes servent parfois de prétexte aux enfants pour s’adonner à la drogue. En tant que parent ayant été confronté à cette situation pendant plus de dix ans, nous savons qu’un excellent cadre familial empêche à 90% les enfants de consommer de la drogue. Il est donc crucial de former les uns et les autres avant le mariage et pendant la vie de couple. Cela permet de revaloriser les compétences des couples et des parents. Car, il y a toujours un contraste entre notre propre éducation et la réalité que nous vivons. Aussi, la vie de l’enfant et la formation du futur adulte, c’est depuis le bas âge. Mais, aujourd’hui, il arrive que les deux parents soient occupés au travail, laissant seuls les enfants à la maison. L’éducation est pourtant communautaire voire collective. Les enfants de leurs côtés n’arrivent pas à comprendre cette situation et se retrouvent obligés d’embrasser l’éducation de la rue. Notre objectif est de faire comprendre à la société que l’éducation des enfants ne peut pas se faire entre quatre murs avec seulement papa et maman. L’Etat est aussi appelé à revoir le contenu du système éducatif pour l’adapter à nos réalités. En d’autres termes, il faut réformer l’éducation scolaire.

S : Quelles sont vos suggestions à l’endroit des différents acteurs que sont l’Etat, les parents et les consommateurs de drogue ?

M.C.T.K. : Nous le répétons : la majorité des parents n’a aucune connaissance de la consommation de la drogue dans les établissements scolaires et même à domicile. Pour ce faire, l’ASAE a jugé nécessaire d’attirer l’attention des parents et de les amener à prendre conscience à travers des sensibilisations. Aussi, nous allons informer les jeunes, les parents et la communauté éducative sur les méfaits de la drogue. Les actions qui ont été menées par l’ASAE sont notamment l’accompagnement des familles affectées par le fait de la drogue. Nous invitons donc les parents à créer un cadre familial favorable aux enfants. Car, c’est le meilleur moyen de lutter contre la drogue en milieu scolaire et dans la société. Nous lançons donc un appel aux parents et aux autorités à s’impliquer davantage dans l’éducation des enfants. Car, cette lutte est une affaire de tous. Nous avons récemment eu un entretien avec un délégué du ministère en charge de l’éducation nationale. A cette occasion, nous avons évoqué la nécessité pour l’Etat de prendre ses responsabilités. Notre système éducatif a besoin d’être réformé. Nous devons revenir à l’éducation traditionnelle. Nous croyons qu’il y a déjà un service qui travaille à cela. Il est vrai que l’on parle de globalisation et de modernisation, mais les réalités africaines ne sont pas les mêmes que celles de l’extérieur.

Entretien réalisé par Justine MONNE

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