Sénégal, invité d’honneur du 27e FESPACO :Un choix « mérité », selon des dakarois

Le Sénégal est le pays invité d’honneur du 27e FESPACO. Dans les rues de la capitale, Dakar, des Sénégalais estiment que ce choix est dû, entre autres, à la qualité des relations amicales et fraternelles entre les deux pays.

 Aliou Keba Badiane, directeur du centre culturel régional Blaise- Senghor de Dakar: « Parler du cinéma africain sans le FESPACO, c’est passer à côté de la plaque »

« Sembène Ousmane a beaucoup fait pour l’Afrique. Le Burkina Faso l’a assez honoré. Faire honneur au Sénégal, c’est honorer Sembène. Il appartient à notre pays de travailler à mériter cet honneur qui lui est fait. Et nos autorités étatiques de travailler d’arrache-pied pour que notre présence au Burkina Faso se passe dans de meilleures conditions ; mais aussi que le Sénégal puisse venir avec la quintessence de sa culture cinématographique. Je remercie le peuple burkinabè et les organisateurs du FESPACO pour ce choix porté sur le Sénégal. Car, il y a beaucoup de pays africains qui méritent aussi d’être honorés comme notre pays. Parler du cinéma africain sans faire référence au FESPACO, c’est passer à côté de la plaque ».

Docta Doxandem Squad, graphiste, promoteur du premier festival international de graphisme en Afrique : « Je suis très content de savoir que le Sénégal est invité d’honneur»

« Quand on entend une bonne nouvelle, il faut savoir qu’elle est le résultat des efforts de certaines personnes. Nos éminences sénégalaises, tels Sembène Ousmane, Djibril Diop Mambéty, Moussa Touré, Moussa Sène Absa et bien d’autres, ont participé à développer ce festival. Ce qui fait qu’aujourd’hui, je suis très content de savoir que le Sénégal est invité d’honneur de ce FESPACO.  Certains ont eu des initiatives comme celle de Yacine Sané, qui consiste à rallier Ouagadougou par la route à travers une caravane. Elle a cru en son projet, malgré  tous les obstacles, toutes les interdictions d’y aller. Mais aujourd’hui, grâce à son idée, beaucoup d’acteurs sénégalais qui ont 20, 30 ans de carrière et qui n’ont jamais eu cette opportunité d’être au FESPACO, vont y être pour la première fois.  Je souhaite que cette possibilité qui est offerte au Sénégal puisse continuer à exister, pour magnifier, pas seulement le Sénégal, mais toute l’Afrique. C’est excellent de voir ce festival fabriqué par les Africains pour les Africains. Il faudrait que nous travaillions à renforcer nos initiatives. Car personne n’est éternel, mais les organisations et le travail doivent être pérennes ».

Mada NDiaye, réalisatrice/productrice, promotrice de la plateforme Wassa TV: « Le Sénégal arrive en force … »

« C’est vraiment une bonne nouvelle, un honneur ! Nous nous sommes dit qu’il faudrait que nous y soyons pour répondre à l’honneur qui nous est fait ! Et les artistes, les cinéastes sénégalais sont prêts pour être bien présents au FESPACO 2021! Tout le Sénégal est prêt ! Et j’espère que le Burkina Faso est prêt pour nous accueillir car le Sénégal arrive en force ! »

Hubert Laba Ndao, réalisateur, auteur de Dakar Trottoir: « Cet honneur fait au Sénégal vient à point nommé ».

« C’est une excellente nouvelle. A travers le Sénégal, c’est toute la sous-région qui est honorée. Le FESPACO reste un moyen de promotion, de vulgarisation, d’exploitation des films africains. Il est le plus grand festival africain et de sa diaspora. Il constitue un tremplin pour le 7e art du continent. A travers cet honneur fait au Sénégal, c’est un hommage que le FESPACO rend à ses pionniers comme Sembène Ousmane, Djibril Diop Mambéty et beaucoup d’autres cinéastes. J’ai d’ailleurs vu qu’il est prévu une cérémonie d’hommage aux aînés comme Ababacar Samb Makharam. Il y aura une projection sur ses œuvres. Je trouve que c’est une excellente chose. Et ce choix du Sénégal comme pays invité vient à point nommé ! Pour moi, cela est une façon de rendre hommage au développement du cinéma sénégalais, à ses cinéastes, mais au-delà, aux cinéastes africains. Nous espérons que le Sénégal aura son troisième sacre, l’Etalon d’or de Yennenga. Mais on ne fait pas de la fixation sur ce trophée ! Au-delà de la compétition, ce qui est important est que le Sénégal soit présent à toutes les éditions du FESPACO, que notre cinéma soit présent à ce festival. En sus de l’aspect cinématographique, il faut que les populations africaines soient sensibilisées, édifiées sur la culture africaine, soient amenées à découvrir le contenu du cinéma africain. Cela me parait extrêmement important. Je souhaite que le FESPACO reste toujours au Burkina Faso et continue davantage d’être une vitrine internationale pour les œuvres cinématographiques de toute l’Afrique et de sa Diaspor ».

Léopold Diouf, juriste d’entreprise: « Aujourd’hui, quand on parle de cinéma africain, ces deux pays sont incontournables »

« C’est un honneur qui est fait au Sénégal mais cela n’est pas un fait du hasard. Le Sénégal et le Burkina Faso sont des pays frères qui ont partagé beaucoup de choses en commun. Aujourd’hui, quand on parle de cinéma africain, ces deux pays sont incontournables. Le Sénégal a connu de grands cinéastes et n’est pas en reste en matière de cinéma africain. Si aujourd’hui, le Sénégal est honoré par le Burkina c’est pour davantage raffermir les liens entre les deux pays, entre leurs populations. En tant que Sénégalais, je m’en réjouis ! J’adore le Burkina Faso pour deux raisons. Je suis champion d’Afrique de karaté et je connais ce pays pour y avoir séjourné deux fois en 2014 et en 2016. Je connais bien l’esprit, la philosophie burkinabè qui est la simplicité, l’humilité, la joie de vivre. J’aime cette philosophie car j’ai été éduqué de cette manière. Aujourd’hui, ce que le Burkinabè a de plus que le Sénégalais, c’est l’humilité. Le Burkinabè croit en lui-même. C’est une valeur inestimable que nous, Africains, devons imiter pour que notre continent puisse avancer dans le sens positif. Quand j’arrive dans un pays, la première chose à observer est comment les populations se comportent! Et j’ai aimé l’attitude des burkinabè ».

Faydy Dramé, journaliste à Ouestaf News, média sous-régional basé à Dakar : « C’est comme si on rendait à César ce qui est à César »

« C’est un honneur qui est fait au Sénégal qui n’est pas un inconnu du FESPACO. Notre pays a déjà remporté par deux fois l’Etalon d’or de Yennenga, avec Alain Gomis. Avant lui, nous avons connu de grands noms comme Sembène Ousmane, Djibril Diop Mambéty, etc. Mais aussi des acteurs qui ont joué dans plusieurs films à travers l’Afrique et le monde.  A mon avis, cet honneur fait au Sénégal est comme si on rendait à César ce qui est à César. Le FESPACO permet aussi de renforcer les liens entre le Sénégal et le Burkina Faso, qui sont des pays frères, des peuples amis ! Ce choix porté sur notre pays le démontre davantage. Le Sénégal est un pays qui est très présent au FESPACO, sur le plan cinématographique et sur le plan culturel. Les populations sénégalaises et burkinabè se connaissent bien. Je ne suis pas un expert du cinéma mais je pense qu’il n’est pas fait seulement pour égayer les gens. Il permet également de créer et de raffermir des liens d’amitié, de fraternité entre les peuples. Je pense que le cinéma peut contribuer à résoudre la crise sécuritaire que connaît la région sahélienne. Les activités du FESPACO et le cinéma de manière générale doivent être fondamentalement orientés vers la résolution de cette insécurité qui secoue l’Afrique de l’Ouest ».

Badara Fall, instituteur : « C’est un choix mérité »

« Nous ne pouvons que nous réjouir de voir que le Sénégal est le pays invité d’honneur du 27e FESPACO. Le Sénégal étant un pays par essence culturel, nous ne pouvons qu’être fiers de ce choix. Mais, c’est aussi peut-être un choix mérité au regard du parcours cinématographique  du Sénégal avec des grands noms comme Sembène Ousmane, et bien d’autres. Le FESPACO est une vitrine internationale du cinéma africain. C’est à partir de ce festival que l’on fait la promotion du 7e art de notre continent. Je félicite toutes les parties prenantes et souhaite bonne chance aux cinéastes en compétition pour cette édition ».

Marième Sow, professeur de lettres, d’histoire-géographie : « Je souhaite que les Sénégalais véhiculent des messages qui préservent nos valeurs»

« C’est une grande satisfaction pour le Sénégal d’être le pays invité d’honneur de ce FESPACO, d’autant plus qu’à travers ce festival nous avons l’occasion de faire la promotion de notre culture, en général et de notre cinéma, en particulier. Comme vous le savez, le Sénégal a connu de grands cinéastes comme Sembène Ousmane et bien d’autres qui ont été primés à des festivals à travers le monde. Nous remercions infiniment le Burkina Faso pour ce choix porté sur notre pays. Je souhaite que les Sénégalais qui vont nous représenter à ce festival puissent y véhiculer des messages importants qui permettent de préserver nos valeurs culturelles, de sorte que le cinéma ne soit pas un moyen pour pervertir la jeunesse africaine. J’invite tout le monde, les Sénégalais et les Africains, à préserver les valeurs africaines qui font notre identité et que l’Afrique ne se laisse pas emporter par cette perversion des valeurs humaines que l’on constate à travers le monde ! »

Bigué Bop, journaliste culturel : « On espère que le Sénégal saura apprécier à sa juste valeur cet égard »

« Mais je pense que le Sénégal doit cette considération et de déférence à feu Sembène Ousmane. Il a participé à le faire vivre. C’est un bien bel hommage qu’on lui rend en veillant à donner une place de choix au Sénégal aux éditions du FESPACO. On espère que le Sénégal saura apprécier à sa juste valeur cet égard. Concernant le cinéma sénégalais, je dirais qu’il se porte bien. On a bien de productions. On peut innocemment penser que c’est grâce au FOPICA. Il en est peut-être pour quelque chose mais pas entièrement. Personnellement, cela fait au moins deux ans que je n’ai pas eu échos des délibérations de ce fonds. Donc, au moins deux ans qu’il n’y a pas eu d’appels à candidatures. Aussi, certains des projets retenus lors du dernier appel n’ont pas tous reçu les fonds attendus. Il y a des cinéastes qui attendent toujours cet argent pour, soit commencer, soit terminer leur production. Ce qui est, en mon sens, un véritable frein. L’Etat du Sénégal, à un moment, a cru qu’il est plus pertinent de mettre cet argent ailleurs, payer des droits tv, que de les donner aux cinéastes. Ce qui est bien regrettable. Il n’empêche qu’il y a quand même des productions même si les longs métrages, fiction surtout, se font rares. Les appréciations varient. Certains trouvent que beaucoup d’entre elles sont de qualité moindre, mais dans un pays où il n’y a pas d’écoles de cinéma dédiées, on ne saurait prétendre à plus. Il y a plein d’initiatives qui aident les jeunes qui souhaitent tout de même faire du cinéma à avoir un bagage pour faire vivre leur passion. On a, dans ce cadre, le Up court ou encore CinéBanlieue. Je pense que le cinéma sénégalais a connu de bien meilleurs jours. Pour moi, avec tous les problèmes qu’il y a dont le financement et le manque de formation, c’est un miracle que ce pays arrive encore à faire des productions et de qualité surtout. Nos cinéastes ont du talent ».

Propos recueillis par

Joseph HARO

(josephharo4@gmail.com  )

Mahamadi SEBOGO

(Windmad76@gmail.com)

Envoyés spéciaux depuis

Dakar, Sénégal

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.