Smarty, artiste-musicien à propos de son concert : « Ce sera la fête de la musique burkinabè »

Le rappeur Smarty : « C’est la symbolique pour moi qui est importante, c’est-à-dire, faire une très belle fête, remettre les Burkinabè au défi ».

Le rappeur burkinabè, Smarty, de son vrai nom Louis Salif Kiékiéta organise, le samedi 20 novembre prochain au stade municipal Issoufou-Joseph-Conombo à Ouagadougou, un concert pour célébrer ses 20 ans de carrière et marquer son retour après neuf ans d’absence sur la scène musicale. Dans cet entretien, tout en promettant un concert de qualité aux fans et mélomanes, il les invite à effectuer massivement le déplacement le jour J.

Sidwaya (S) : Comment ton récent album, Odyssée, a-t-il été accueilli par tes fans et les mélomanes ?

Smarty (S.) : L’accueil a été très positif. Cela a été au-delà de mes attentes. Parce que, c’est un album qui était quand même attendu. Cela faisait plus de neuf ans que je n’avais rien sorti comme œuvre discographique. Donc, le public attendait impatiemment qu’on puisse le satisfaire. L’album est effectivement sorti depuis le 29 octobre 2021. Et sincèrement jusque-là, je suis hyper satisfait. Je suis content des retours qui me parviennent. Cela prouve qu’on n’a pas été au studio, ou qu’on n’a pas travaillé pour rien.

S : Quels sont les thèmes qui sont abordés dans cet album ?

S : C’est toujours le volet social. J’essaie de peindre un peu la vie, de me raconter moi-même parce que le titre de l’album, c’est Odyssée. Ce sont neuf années de silence, mais neuf années de voyage, neuf années d’apprentissage à nouveau, neuf années où j’ai côtoyé des personnes. Je suis allé dans plusieurs pays.

C’est la somme de toutes ces expériences que j’ai mises dans cet album-là. Mais tout en restant fidèle à ma philosophie qui est toujours de décrire, de critiquer, de toucher du doigt tous les problèmes qu’on vit le jour au jour. J’ai essayé comme cela, d’apporter ma petite contribution à travers cet album-là. Ce sont 16 titres qui traitent de thèmes assez variés.

S : Le titre Rien à prouver a suscité une vive polémique. S’agissait-il d’une autocritique ?

S. : Oui. Rien à prouver (RAP) était une autocritique, mais aussi une façon pour moi-même de guérir de quelque chose. C’est-à-dire que c’était une façon de refermer la porte du passé. Tout ce qui m’avait touché, j’en faisais un bilan. Mais un bilan pour dire aux gens que je ne reviendrai plus sur cela.

Mais il s’agissait aussi d’envoyer un message aux jeunes et aux enfants qui me suivent pour leur dire que si j’ai pu vivre et passer par cela et que je suis resté toujours. Mon message était tout simple : c’est possible aussi d’y arriver et les coups qu’on prend souvent ne sont pas forcément des coups négatifs. Quand on sait les utiliser pour rebondir, cela peut être positif.

Si je n’avais pas eu ces coups-là, peut-être que je ne serai même pas là et que je n’aurai pas fait autant d’efforts. RAP est sorti et a reçu toute cette polémique sans que je le veuille. Je ne m’attendais pas à toutes ces réactions-là, mais plus que la polémique, je pense que c’est une chanson qui a reçu un écho positif.

S. : Pour présenter ton album, tu comptes organiser un concert au stade municipal Issoufou-Joseph-Conombo. Pourquoi le choix de ce stade ?

S. : Ce n’est pas principalement pour présenter l’album. Pour moi, le principal, c’est de marquer mon retour. Cela fait 20 ans que je suis dans ce métier. C’est un peu une façon pour moi aussi de le célébrer sans en faire une mise en avant. Il y a beaucoup de points à l’intérieur de ce concert-là. C’est la symbolique pour moi qui est importante, c’est-à-dire, faire une très belle fête, remettre les Burkinabè au défi. On le sait, on est très friand de défis, c’est-à-dire, montrer aux yeux du monde qu’on peut y arriver quand même à marquer notre temps, notre époque par des actions très fortes. L’idée pour moi, c’est cela. C’est une célébration et on invite tout le monde à venir.

S. : Concrètement, qu’est-ce qui est fait comme communication pour remplir le stade municipal lors de ce concert ?

S. : La campagne a commencé. Subtilement, depuis le mois de janvier, on a commencé à mener la campagne. Il faut dire que le choix du stade municipal est venu des internautes, du public et de ceux qui me suivent. J’avais laissé trois salles au choix : la maison du Peuple, le SIAO et le stade municipal.

Et, ils ont choisi le stade municipal. Moi, je respecte ce qu’ils ont dit et on se lance tous ce défi. On se dit qu’on l’a déjà fait une fois avec le groupe Yeleen. Floby l’a déjà fait et je le refais encore une fois. Je pense que cela ne devrait même pas être un défi, mais une habitude pour tous les artistes d’y être. L’idée pour moi, c’est de tuer aussi ce mythe qu’il y a autour des grandes salles.

Pour moi, ce n’est pas simplement amener un monde. Le défi n’est pas simplement de remplir une salle, mais aussi d’offrir un spectacle de qualité, c’est-à-dire, que les gens viennent, et qu’ils repartent satisfaits. Je ne veux pas au lendemain du concert dire que j’ai fait le plein du stade, non. J’aimerais qu’on dise que les gens qui sont venus ce jour-là ont vécu un moment fort. Ils ont retenu des instants forts et aimé un spectacle.

Ils ont retenu des chansons parce que quand on amène des gens dans un spectacle, c’est pour passer des messages. C’est pour que véritablement, ils soient dans un esprit et qu’ils repartent vraiment remplis d’énergie positive. L’objectif premier, c’est cela. S’il y a du monde ce jour-là et qu’au niveau du spectacle, vous n’êtes pas au-delà des attentes des gens, on dira que le spectacle n’a pas été bon. Pour moi, un spectacle réussi, c’est quand certes, il y a du monde mais quand aussi l’artiste s’acquitte de son engagement qui est d’offrir un très beau spectacle.

S. : En se déplaçant au stade municipal, qu’est-ce que tes fans et le public verront le jour du concert ?

S. : Ils verront deux heures de spectacle en live. On ne va pas tricher. Cela va être du live, mais 100%. Ils verront quand même du son, de la lumière, une organisation carrée. Au niveau de la sécurité aussi, tout a été prévu. On a même prévu la tribune officielle spécialement pour les enfants, les parents, les handicapés et ceux qui ne pourront pas éventuellement aller sur la pelouse.

C’est pour dire qu’il y a un travail minutieux qui a été fait pour que ceux qui se déplaceront puissent le faire en toute sécurité et repartir aussi en toute sécurité. Il y aura également plein de surprises. C’est difficile de dévoiler tout ici et de dire que cela va être ci ou ça. Il faut que les gens se déplacent pour qu’ensemble, on puisse vivre ce moment-là.

S : Lors de ce concert, quels sont les messages qui seront véhiculés ?

S. : C’est le même message de paix et d’unité, surtout et surtout unité. Avec ce que traverse le pays en ce moment, je pense que faire ce type d’évènement permet quand même d’apaiser les esprits. C’est vrai, cela ne nous soigne pas tout de suite. Cela ne nous guérit pas de tout ce qui nous arrive mais cela a quand même vocation à calmer nos douleurs. Les messages seront des messages d’espoir, de paix, de gaieté et surtout de croire que demain peut être meilleur. Le message principal sera cela.

S : Quelle est l’invite que tu as à lancer, pour que les gens se mobilisent au stade municipal pour le concert ?

S. : Je leur dirai qu’on est à quelques jours et qu’on a l’impression que, c’est long. Mais le temps est hyper court. C’est inviter tout le monde véritablement à faire le déplacement. Il ne faut pas rester uniquement à la maison et dire que le stade va être plein ou je vais être bousculé. Il n’y aura pas ce problème-là. Qu’ils sortent massivement parce que le monde nous regarde.

Ce spectacle-là, son annonce a traversé les frontières du Burkina et beaucoup de gens en dehors du pays vont le regarder avec beaucoup d’intérêt, que ce soit au niveau de l’engouement ou au niveau du rendement de ma personne artistiquement parlant. J’invite tout le monde à faire le déplacement. Mais, je ne doute pas de ce public-là et des Burkinabè. Ils me l’ont montré plusieurs fois, avec mon groupe et en solo. Voilà, je n’ai aucun doute, cela va être au top.

S : Smarty est ambassadeur national de bonne volonté de l’UNICEF au Burkina Faso. Quel est le rôle que tu dois jouer en tant qu’ambassadeur ?

S. : Le rôle d’un ambassadeur de l’UNICEF, c’est accompagner les actions de l’UNICEF, c’est parler de protection de l’enfant. C’est aborder tous les thèmes qui peuvent permettre l’épanouissement et l’équilibre de l’enfant et surtout aussi faciliter les personnes qui veulent faire des actions en faveur des enfants et qui ont besoin de l’appui de l’UNICEF. C’est vrai, je suis ambassadeur de l’UNICEF, mais tout le monde l’est à sa manière.

On est tous papa. On a tous été enfant et je pense que la responsabilité de l’éducation et de la protection de l’enfant nous incombe à tous. D’ailleurs, il y a une caravane qui est initiée. Elle va traverser huit villes, huit régions. J’invite les régions en question à se préparer parce qu’on va faire un tour là-bas pour sensibiliser la jeunesse. La caravane, c’est face aux jeunes et on va leur parler.

Il y aura des ateliers et des formations. On va discuter des thématiques liées à la jeunesse et la parole sera donnée à des jeunes. Voilà, nous, on est en train de quitter le cap de la jeunesse. C’est pour dire qu’on va tendre le micro aux jeunes qui vont nous exposer leurs préoccupations. C’est une caravane qui leur appartient et porte leurs projets. C’est une caravane qui porte leur voix.

Cela va être avec l’UNICEF. Mon engagement est à 100% avec eux. Il est pour la protection des enfants et surtout pour leur bien-être.

S : On a vu Smarty collaborer avec des grands noms de la musique africaine comme le groupe Magic System. Comment est née cette collaboration ?

S. : Cela s’est fait naturellement. C’est une histoire d’amitié avec le groupe Magic System. Cela fait plus de 20 ans qu’on se connait. Quand ils étaient en train d’enregistrer leur album et qu’ils voulaient une collaboration, ils ont pensé à moi. Ils m’ont appelé et cela s’est fait tout naturellement.

Après, je n’avais même pas parié que la chanson allait connaitre un tel succès. Mais Dieu faisant bien les choses, les gens ont apprécié le travail qui a été fait et cela a été un bon tremplin pour moi aussi en termes de visibilité. Cela m’a permis de jouer avec Africa2020 à Montpellier et il y a des dates aussi qui sont en cours.

Avec Magic System, franchement, c’est une histoire d’amitié et de fraternité. Donc, nous voir en featuring, ce n’est vraiment pas quelque chose de nouveau. C’est dans l’ordre normal des choses.

S : A quand le retour sur scène du groupe Yeleen, composé de Smarty et de Manwdoé ?

S. : Yeleen est déjà de retour avec l’album « Odyssée » parce que le dernier titre de l’album qui est Jacoby est en featuring avec Manwdoé. Yeleen est présent.

S : Mais, c’est juste un featuring. A quand un album du groupe Yeleen ?

S. : L’album viendra. Je pense qu’il faut laisser la nature faire les choses. Personne n’avait prédit qu’on allait sortir ce titre. Personne n’avait prédit qu’un jour, il y aura une collaboration. Cela s’est fait à l’insu de tout le monde. Cela a été une grosse surprise. L’album aussi, s’il doit se faire, se fera et il viendra aussi comme une grosse surprise.

S : Smarty est considéré comme un poète, d’où te vient cette maîtrise des mots ?

S. : C’est quelque chose qui est hyper compliqué à traduire ou à dire. L’artiste qui arrivera à expliquer son inspiration aura tout gagné. Souvent, on dit que l’inspiration est divine. Je pense qu’on est comme une sorte d’antenne par laquelle les gens passent pour véhiculer un message. Je ne suis pas allé loin à l’école. Tout le monde le sait, c’est 6e et moitié 5e.

Quand tu arrives à faire ce que je fais, tu ne t’appropries pas toi-même l’entière qualité de ce que j’écris. Les thèmes ont été abordés 100 à 150 fois. Chanter la femme a été fait des milliers de fois, mais ce qui va faire la différence entre une chanson qui traite par exemple du sujet de la femme qui va toucher plus qu’autre, c’est ce qu’on ne peut pas expliquer.

Il faut laisser cela au spirituel et toujours prier pour que cette petite flamme qui est derrière toi et qui t’inspire, ce petit ange puisse toujours rester et pouvoir te guider dans ce que tu écris. Je dirai merci à Dieu pour cette inspiration parce que je suis là, cela fait plus de 20 ans et j’arrive à faire des choses.

Il y a des moments où rien ne vient. Tu cherches et tu ne trouves rien. Tu es assis sept mois et il n’y a rien. Puis, un beau matin, en deux, trois et quatre semaines tu arrives à écrire quatre à sept chansons. C’est magique. Cela va être dangereux si tu t’appropries tout seul le mérite. Je préfère dire que c’est divin. Je remercie Dieu pour la chance qu’il me donne pour pouvoir écrire mes textes.

S : Quelles sont les perspectives de la carrière de Smarty ?

S. : Je prie Dieu pour que les choses se passent bien. Quand j’ai sorti Afrikan Kouleur, je ne savais pas que l’album allait être Prix découverte RFI et que cela allait me permettre de faire plus d’une vingtaine de pays en Afrique et que cela allait même me permettre de traverser le temps.

C’est-à-dire pouvoir tenir pendant neuf ans. Parce que l’album a été présent pendant neuf années. L’album Odyssée est sorti, je peux faire des calculs et dire que je vais aller là, mais peut-être qu’il y a le plan de Dieu. Mais pour ce qui est du reste, on va travailler. On va mettre beaucoup de force et d’énergie pour qu’aussi les bénédictions et l’apport du spirituel puissent nous pousser à aller de l’avant. Sinon, il y a beaucoup de choses qui sont prévues. Déjà, après le concert de Ouaga, j’ai un concert à Lyon.

Je reviens après Lyon et je fais la dédicace à Bobo-Dioulasso. Après, il y a le concert à Bobo-Dioulasso, le 10 décembre 2021. Ensuite, nous allons faire un concert privé au niveau de Canal Olympia et cela va boucler l’année 2021 et on va préparer 2022 pour l’international, pour des tournées à l’extérieur. Voilà, il y a beaucoup de belles surprises qui arrivent mais il faut laisser le temps faire son travail. On viendra vers vous pour vous donner beaucoup plus d’informations.

S : Nous sommes presque à la fin de cette interview. S’il y a un volet qu’on n’a pas abordé et que tu souhaites le faire, c’est l’occasion.

S. : Avant de terminer, je dirai merci à Sidwaya qui m’offre cette tribune de pouvoir parler de mon album et du concert qui arrive. Je remercie toute la presse écrite et les journalistes en général pour tout ce qu’ils font pour la culture et la musique burkinabè. Je suis fier de mon petit parcours et j’espère que le 20 novembre, tous ensemble, on va être là, pas uniquement pour fêter Smarty, mais pour fêter la musique burkinabè.

Après moi, il y a d’autres artistes qui arrivent. Il y a plein d’artistes qui iront aussi dans ce stade-là. Il est important pour nous d’envoyer un signal fort au monde et à l’Afrique et leur dire qu’il y a beaucoup de choses positives qui se passent ici et que pour la fin de l’année, on a monté la barre très haut et qu’on va désormais y rester. J’invite tout le monde à faire le déplacement le 20 novembre au stade municipal de Ouagadougou et le 10 décembre au Théâtre de l’amitié de Bobo-Dioulasso.

Propos recueillis par Timothée SOME

timothesom@yahoo.fr

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