Pr Roger Sombié, hépato-gastroentérologue : « Le hoquet ne représente pas un danger, mais peut provoquer un inconfort »

Pr Roger Sombié, hépato-gastroentérologue : « Le hoquet n’a pas un traitement ou un médicament spécifique».

Le hoquet est une contraction brutale coordonnée de tous les muscles inspiratoires, rapidement suivie par la fermeture des voies aériennes supérieures. Il résulte d’une activité nerveuse complexe. Dans cet entretien, le Pr Roger Sombié, hépato-gastro-entérologue au CHU/Yalgado- Ouédraogo, nous explique les causes et les moyens pour s’en débarrasser.

Sidwaya (S) : Qu’est-ce que le hoquet ?

Roger Sombié (R.S.) : Le hoquet est quelque chose de physiologique, c’est-à-dire que c’est un phénomène normal. C’est une contraction coordonnée de tous les muscles inspiratoires avec une fermeture des voies aériennes supérieures. Il s’accompagne d’un bruit caractéristique et le plus souvent d’une contraction des muscles intercostaux.

S : Concrètement comment cela se manifeste ?

R.S : Il y a trois types de hoquet. Un hoquet isolé ou banal. C’est ce que nous avons tous. Mais l’utilité du hoquet reste un mystère. Il survient quelques secondes et il très bref. Puis avec les petites mesures habituelles que nous connaissons tous, c’est-à-dire, boire un verre d’eau, inspirer et bloquer la respiration, chacun a sa petite méthode et il passe.

Le hoquet simple ou isolé peut intervenir chez l’enfant comme chez l’adulte. Il s’agit d’un mouvement respiratoire complexe chez tous les vertébrés. Un hoquet aigu dure moins de deux jours. C’est très embêtant, mais sans gravité. Il s’agit d’une expérience banale qui s’observe à tous les âges. Un hoquet chronique dure plus de 48 heures. Il est aussi appelé hoquet rebelle. Il peut être le symptôme d’une maladie ou d’une complication pathologique sous-jacente. Il est à l’origine d’une invalidité significative. C’est donc en règle générale le seul hoquet qui implique une prise en charge médicale sérieuse avec en particulier, une recherche de sa cause pour tenter un traitement.

S : Généralement quels en sont les causes ?

R.S : Le hoquet isolé qui dure quelques secondes ou minutes et qui passe sans qu’on ait besoin de prendre des mesures particulières est physiologique, normal, sans gravité. Pour le hoquet aigu, qui, lui dure moins de deux jours, les causes peuvent être un repas abondant ou un abus de boisson, avec un estomac qui est trop distendu. Cela peut être dû aux effets indésirables d’un médicament.

Quant au hoquet chronique, qui dure plusieurs jours, semaines, voire des mois de façon continue ou intermittente, ses causes sont multiples. Pour les causes digestives, l’œsophagite par reflux gastrique est la cause la plus fréquente. Il s’agit d’une irritation de l’œsophage par la remontée du liquide acide de l’estomac. Les autres causes abdominales de hoquet sont les cancers de l’estomac, du pancréas, du rein, les maladies du foie, une insuffisance rénale, les atteintes du diaphragme.

Au niveau thoracique, il s’agit des maladies pulmonaires : tuberculose, cancer, épanchement liquidien dans la plèvre (fine enveloppe qui entoure les poumons), ou le péricarde (fine enveloppe qui entoure le cœur). Au niveau cervical, le goitre peut être responsable de hoquet. Enfin les maladies neurologiques : un accident vasculaire cérébral, une tumeur cérébrale, une méningite ou une encéphalite, une hypertension intracrânienne. Bien entendu, il s’agit là d’une liste non exhaustive des causes de hoquet.

S : Le hoquet représente-t-il un danger qui peut conduire à la mort du patient ?

R. S. : Le hoquet ne représente pas en lui-même un danger pour le patient, ni conduire à la mort. Même s’il est passager, un hoquet provoque de l’inconfort. Il peut perturber le sommeil, générer de l’anxiété, entraîner des nausées, aggraver une douleur, nuire à la concentration et affecter les relations sociales. S’il dure, il peut conduire à un véritable épuisement physique et psychologique. Ce symptôme entraîne rapidement de l’inquiétude et du stress chez les proches.

S : Comment peut-on l’éviter ou s’en débarrasser ?

R. S. : Le meilleur traitement va être celui de la cause. Le hoquet isolé ou banal s’arrête tout seul, pas besoin de le traiter. Si, on pense que c’est un problème au niveau digestif, avec une irritation de l’œsophage en rapport avec un reflux du contenu gastrique, qui est très acide, il faut prescrire des médicaments qui vont contrôler et réduire l’acidité. L’estomac est protégé contre l’acide, mais l’œsophage non. On peut tenter des médicaments qui aident à vider l’estomac et son contenu.

Il s’agit du Métoclopramide et la Dompéridone. Ce sont des médicaments qui ont des effets soit périphériques ou centraux pour essayer d’empêcher le hoquet. Si c’est lié à un problème cérébral, une méningite, une tumeur, un accident vasculaire cérébral, à une hypertension artérielle, il faut traiter la cause.

Donc, cela peut être le cardiologue ou le neurologue qui fera les prescriptions médicamenteuses adéquates. Parfois, on peut même utiliser des médica- ments classés antidépresseurs, anticonvulsifs. Il s’agit de la Sertraline, de la Gabapentine, du Midazolam. Tous ces médicaments auront dans leurs mécanismes d’actions pour rôle de bloquer certains nerfs qui interviennent dans le mécanisme du hoquet.

S : L’on constate que certains parents prennent un morceau de tissu pour mettre sur la tête. Cela est-il conseillé ?

R. S. : Il y a pleins d’autres méthodes qui n’ont pas de rationnelle scientifique. Il y en a certains qui vont mettre un morceau d’étoffe, même souffler sur la tête de l’enfant. D’autres vont prendre un verre d’eau puis le boire sur le rebord à l’envers du verre… L’enfant qui a le hoquet fait « souffrir » sa maman, son papa, son entourage, etc. C’est pour cela qu’ils font toutes ces choses avec bonne foi.

Mais en réalité le hoquet prendra fin tout seul. Les mécanismes fondamentaux qui expliquent le hoquet, nous en avons compris une partie, mais pas tout. Il n’y a pas un traitement ou un médicament spécifique pour dire que cela soigne le hoquet. Compte tenu de la tendance spontanée forte du hoquet aigu à disparaître pour ne pas revenir, l’efficacité réelle de ces méthodes reste sujette à caution.

S : Est-il conseillé de s’en débarrasser avec de l’eau ?

R. S. : Oui, c’est conseillé. Cela marche souvent, mais ça peut ne pas marcher et le hoquet peut revenir. C’est une méthode qui permet simplement de stimuler la partie postérieure du pharynx.

S : Que faut-il faire pour éviter le hoquet ?

R. S. : Comme déjà dit, le hoquet reste un mystère. Le conseil, c’est d’avoir un mode de vie sain. Ce sera de manger dans un environnement calme, de prendre le temps de manger, de mâcher bien ses aliments, d’éviter de manger excessivement. Il faut aussi avoir une alimentation sobre, sans excès de gras, de sel, de sucre, ou de boissons gazeuses.

Abdel Aziz NABALOUM

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