Mali : A quoi joue la CEDEAO ?

Les chefs d’États de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), réunis le dimanche 12 décembre 2021, en sommet ordinaire à Abuja, au Nigeria, ont durci le ton à l’endroit des autorités de la Transition malienne.

Les neuf chefs d’Etats présents à la rencontre ont, à l’unanimité, exigé le maintien des élections pour le 27 février 2022. Il est vrai qu’initialement, dans la charte de la Transition, c’est cette échéance qui a avait été retenue pour la tenue des élections afin de permettre au pays de renouer avec l’ordre constitutionnel normal.

Mais entre-temps, la Transition a été stoppée courant mai 2021 dans son élan avec le renversement du président Bah N’Daw. Il a fallu d’âpres pourparlers pour que le nouveau gouvernement soit mis en place et qu’une feuille de route soit tracée.

Dans l’agenda des autorités de la Transition, la priorité des priorités a toujours été l’organisation des assises nationales. Reportées à plusieurs reprises, elles auront finalement lieu en fin décembre 2021. Dans la logique du gouvernement de la Transition, l’issue desdites assises doit permettre de dégager une nouvelle date pour les élections.

En plus, le Premier ministre malien, Choguel Maïga, a, à plusieurs reprises, signifié clairement que la date du 27 février 2022 pour les scrutins présidentiel et législatifs étaient impossibles. L’on peut comprendre la position de la CEDEAO de vouloir un retour à la légalité constitutionnelle dans de brefs délais au Mali. Mais, dans certaines circonstances, il y a lieu de faire preuve de réalisme.

A l’heure actuelle, rien n’a été fait pour que le processus électoral devant conduire aux élections se mette en branle. L’organisation nécessite au préalable des préparatifs de plusieurs mois. A considérer la situation actuelle du Mali, enlisé dans une crise sécuritaire sans précédent, il est impossible de tenir des élections dans le délai prévu. Même dans un Etat qui fonctionne normalement, il serait surréaliste de pouvoir organiser un scrutin crédible dans ce laps de temps.

A moins que la pression de la CEDEAO ne soit une manière de pousser les autorités maliennes à étouffer leurs velléités de prolonger la Transition sur une longue période. Si l’institution régionale est soucieuse d’un retour à la stabilité au Mali, elle devrait s’inscrire dans une posture de concertations avec les autorités maliennes afin de trouver le juste compromis. S’il faut coûte que coûte voir en la tenue des élections une panacée à la crise multidimensionnelle que traverse le pays de Modibo Keïta, c’est une erreur d’appréciation qui risque de déboucher sur d’autres déconvenues.

Parmi les chefs d’Etats qui jouent à l’intransigeance face aux autorités maliennes, certains ont violé la Constitution de leur pays pour se maintenir au pouvoir. Donc, il serait inconséquent de vouloir attendre des autres ce que l’on ne s’est pas imposé à soi-même. Les coups d’Etat militaires sont similaires à ceux constitutionnels. Dans ce cas de figure, la CEDEAO gagnerait à privilégier le dialogue avec les Maliens au lieu de vouloir jouer les gendarmes. Le Mali a besoin de retrouver sa stabilité d’antan.

Et il faut l’accompagner à sortir de cette zone d’inconfort où le péril terroriste est en train de désagréger le pays. La CEDEAO devrait donc faire preuve de réalisme en s’engageant dans une dynamique qui permette aux autorités de la Transition de se résoudre à tenir les élections dans des délais raisonnables. Inutile de tirer sur l’ambulance.

Karim BADOLO

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