Norbert Zongo pour toujours…

En cette fin d’année 2021, les journalistes burkinabè et d’ailleurs honorent la mémoire de leur confrère, Norbert Zongo, assassiné, le 13 décembre 1998, dans des circonstances non encore élucidées. Ce jour-là, il a été retrouvé, criblé de balles et carbonisé avec trois de ses compagnons, à Sapouy dans la région du Centre-Ouest.

Le souvenir de ce journaliste et écrivain émérite, qui a fait trembler, pendant quelques années, la république sous le régime de Blaise Compaoré, est encore vivace dans les esprits. Les lecteurs raffolaient, toutes les semaines, de ces éditoriaux percutants et enquêtes pointues sur les frasques des hommes politiques et des commis de l’Etat. Il faisait son métier sans état d’âme.

Au point que l’hebdomadaire ‟ L’Indépendant ”, qu’il avait créé et qu’il noircissait de sa plume de grande valeur, s’arrachait comme de petits pains. Mais personne ne s’imaginait que l’aventure, de Henri Sebgo (c’était son sobriquet) allait s’arrêter de la pire des manières, sous les balles assassines d’individus sans foi ni loi. De véritables fossoyeurs de la liberté d’expression, qui ont arraché au monde, un farouche défenseur des droits de l’homme et de la bonne gouvernance.

La mort n’arrête pas l’amour ; c’est pourquoi. Norbert Zongo, de par ses œuvres journalistiques de grande portée, a rejoint le panthéon des immortels. Contrairement à ses bourreaux qui n’ont pas encore payé pour leur crime, ce journaliste d’investigation réputé, a vécu utile, très utile. Son combat sans relâche pour la justice et contre l’impunité inspire de nos jours de jeunes journalistes à l’échelle planétaire, qui essaient de marcher sur ses pas.

Certains citoyens, nostalgiques des écrits de Henri Sebgo conservent jalousement des numéros de L’indépendant dans leurs bibliothèques privées ou archives. Norbert Zongo a fait sa part sur terre, il reste maintenant à faire rendre des comptes à ses assassins. La commission d’enquête indépendante, mise en place en janvier 1999 après les remous sociaux, avait abouti à la conclusion selon laquelle, Norbert Zongo avait été assassiné pour des « motifs purement politiques parce qu’il pratiquait un journalisme engagé d’investigation ».

Il fallait donc ouvrir une information judiciaire, selon la commission, ce qui fut fait, avec à la clé la désignation de quatre suspects sérieux, tous de la garde présidentielle de Blaise Compaoré. Des quatre personnes soupçonnées d’être impliquées dans l’affaire, seule l’adjudant Marcel Kafando avait été inculpé en 2001, pour « assassinat » et « incendie volontaire ».

Mais cette mise en accusation n’avait pas donné un résultat à la hauteur des attentes : celui-ci avait bénéficié d’un non-lieu, à la surprise générale. Norbert Zongo avait été enterré une seconde fois, à la désolation de ceux qui réclament et continuent de réclamer justice pour lui. A la vérité, le régime de Blaise Compaoré n’avait pas manifestement travaillé à ce que l’affaire Norbert Zongo soit tirée au clair.

Il devait avoir certainement de bonnes raisons. La disparition du journaliste, visé maintes fois par des menaces, semblait être liée aux enquêtes qu’il menait sur l’entourage de l’ancien chef de l’Etat. La plus marquante avait été celle relative à la mort sous la torture de David Ouédraogo, chauffeur de François Compaoré, frère cadet de l’ex-chef de l’Etat. Il a fallu la chute de l’« enfant terrible de Ziniaré » en 2014, pour que le dossier connaisse un rebondissement, avec de nouveaux éléments.

L’enquête avait été reprise en décembre de la même année, ce qui avait permis d’inculper quatre personnes, dont trois militaires de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) pour « assassinat » et François Compaoré, pour « incitation à assassinat ». Le frère cadet de l’ancien président du Faso, soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat de Norbert Zongo, est dans le collimateur de la justice.

Plus que jamais. Interpellé dans le cadre d’un mandat d’arrêt international à Paris, François Compaoré fait visiblement des pieds et des mains pour ne pas répondre devant le juge. Le Conseil d’Etat français a autorisé son extradition vers le Burkina, le 30 juillet 2021. Sauf que deux semaines après, et sur saisine de ses avocats, la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a suspendu provisoirement son extradition.

De quoi faire traîner le dossier, alors que la présence de François Compaoré à un éventuel procès est capitale pour la manifestation de la vérité. Cela fait 23 ans, que la famille de Norbert Zongo et ses proches espèrent voir ses présumés assassins à la barre. Selon des sources avisées, la décision de la CEDH ne saurait empêcher la tenue d’un procès.

Le dossier étant suffisamment avancé, on espère que les lignes vont bouger au palais de justice, quitte à ce que François Compaoré soit jugé en son absence. C’est une possibilité. La mort de Norbert Zongo ne doit pas restée impunie. Ses assassins doivent répondre de leurs actes, tôt ou tard !

Kader Patrick KARANTAO

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