Mali/France : Le sens de l’histoire

Ainsi donc à en croire un communiqué de presse du Quai d’Orsay, le président français, Emmanuel Macron, s’apprête à effectuer une visite de travail à Bamako, le 20 décembre prochain, pour discuter avec son homologue malien, le colonel Assimi Goïta, de la coopération entre Bamako et Paris, dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle s’est fortement grippée de nos jours au point que certains esprits malins en sont à parler de relations « covidiennes » entendez mortelles.

Si d’aucuns s’accordent à dire que cette visite est une « défaite  » pour le président français qui a traité Assimi Goïta dans un passé récent de « fils de deux coups d’État » (sic), il convient d’aller au-delà de cette satisfaction morale, pour en restituer la substantifique moelle qui est qu’elle ramène l’histoire dans son vrai sens, si tant est que l’Occident a toujours été dépendante de l’Afrique au niveau aussi bien économique que culturel, notre continent ayant été le berceau de la civilisation humaine et le ventre de toutes les richesses qui permettent aux occidentaux de faire tourner leurs économies et de nous traiter (suprême injure) de « négrillons » qui ne sont pas entrés dans l’histoire, à fortiori prétendre en influencer le cours.

Si un président français a pu clamer cela sans sourciller à Dakar, c’est bien parce que nombre d’Africains ignorent le passé glorieux de notre continent pour s’enorgueillir de quelques exploits que ce soient, réalisés par nos ancêtres, installés au bord du Nil, il y a six millénaires et qui ont bâti la plus belle et la plus glorieuse civilisation que le monde ait connue, à une époque où les autres peuples erraient en hordes sauvages dans les steppes et la toundra eurasiennes.

Une civilisation dont l’humanité continue de s’extasier sur les plus beaux fleurons, à savoir les pyramides, dont celle de Kheops est la plus aboutie. Loin de nous l’idée de nous gargariser béatement sur ce passé glorieux, le recours à celui-ci nous permettant comme l’a souligné un de nos glorieux aînés Mahamoudou Ouédraogo, de resituer les choses dans leur contexte, afin d’envisager l’avenir avec confiance et sérénité. Car, oui, le théorème dit de Pythagore, sort de l’imagination des Egyptiens de la vallée du Nil, tout comme la « science » de Platon et de son maître Socrate sont l’œuvre des prêtres et scribes égyptiens auprès desquels l’un comme l’autre sont allés s’abreuver.

De même, les médecins ne devaient point prêter le serment d’Hypocrate, mais plutôt celui d’Imhotep, le père de toutes les sciences humaines et exactes que les Egyptiens avaient érigé au rang de dieu, tant son apport avait été considérable pour la survie de leur civilisation qui a défié le temps pour nous apparaître dans toute sa majesté.

Oui, l’Afrique est la mère de toutes les civilisations et, au moment où Mansa Kankan Moussa effectuait son fastueux pèlerinage à la Mecque (au 13ème siècle), l’Europe sortait tout juste de la barbarie des invasions gothiques et scandinaves et vivait dans un moyen âge glauque et terne dont elle ne sortira que grâce aux Maures (qui étaient eux-mêmes Noirs, le métissage ayant donné entre autres les Espagnols, dont les traits et la culture notamment en Andalousie, permettant de vérifier cette assertion ) qui s’étaient abreuvés à satiété de cette civilisation égyptienne.

Et, pour revenir à Mansa Kankan Moussa dont le voyage avait fait chuter le cours de l’or à l’époque, disons que c’est ledit voyage plus que les contacts antérieurs, qui ont ouvert les yeux des Occidentaux sur les fabuleuses richesses du continent, précipitant son invasion barbare par les Occidentaux qui, depuis, sont accrochés à ses mamelles nourricières comme des sangsues. La faute, là aussi, à nos ancêtres qui, bien qu’ayant inventé la poudre à canon, n’ont pas jugé bon de la transformer en instrument de guerre en raison de leur nature pacifiste, due à un climat doux et généreux, au contraire de celui eurasien austère et rugueux.

Un handicap donc au moment du choc entre les deux civilisations, et, on peut parier que Boukary Koutou, pas plus que les résistants du Bani Volta et des autres peuples africains n’auraient plié devant l’envahisseur à armes égales. Sur le plan des richesses économiques, nous nous garderons d’en faire l’exégèse, la RD Congo à elle seule permettant d’en situer l’ampleur.

Un continent riche culturellement et économiquement donc, qu’on s’évertue à présenter comme le plus pauvre avec la complicité d’élites en rupture de ban avec leurs peuples. Heureusement qu’il y a des éclairs dans cette grisaille, et, Assimi Goïta, dans la lignée de ses glorieux devanciers peut-être présenté comme l’un d’eux, en dépit d’une propagande qui tente de le présenter comme un anti démocrate primaire (sic), voire un satrape sanguinaire.

Eh bien, c’est cet enfant de deux coups d’État, que Macron s’est résolu à visiter, car il est resté droit dans ses bottes malgré les invectives et les effets de manches. C’est en cela qu’il resitue l’histoire dans son vrai sens et donne de l’espoir au petit peuple africain, qui voit en lui, le nouveau rédempteur. Puissent les mânes des ancêtres le protéger afin qu’il éclaire le chemin de la renaissance de « l’Osiris africain ».

Boubakar SY

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