CDP : Eviter le naufrage

L’ancien parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) a réélu à sa tête, hier dimanche au terme de son 8e congrès ordinaire, son président sortant Eddie Komboïgo. L’élection ne mettra cependant pas fin à la saga judiciaire et aux querelles byzantines qui émaillent le parti de Blaise Compaoré et qui opposent la vieille garde au camp de l’actuel président. Une élection en trompe l’œil donc, car le CDP est, en plein, dans une zone de haute turbulence. Entre la direction du parti et certains membres du bureau politique national, rien ne va plus. Empêchant ainsi les militants à la base et dans tous les hameaux de culture de faire leur jeu.

Tout serait parti d’une disposition écrite des statuts du parti (notamment les articles 77, 78,79 et 80) antérieurement appliquée sans bagarre et qui ferait du fondateur, l’ancien président Blaise Compaoré, le « vrai propriétaire » du CDP dont les orientations, avis et décisions sont appliqués à la lettre. Et qui fait du président du parti, un vrai « exécutant ». Cette mesure qui fédérait dans un passé récent est désormais perçue par la direction du parti, tenue par Eddie Komboïgo, comme un boulet lourd à traîner. En somme, il y a comme des “indépendantistes” qui veulent s’affranchir de la tutelle des fondateurs. En face, ils ont des « blaisistes fidèles » qui ne jurent que par le fondateur.

Entre les deux tendances qui se définissent, l’un comme l’aile futuriste d’un parti qui a du mal à décoller et l’autre comme une aile historique qui refuse de rompre les amarres avec le fondateur, il y a ce présent implacable qui colle à tous dans un contexte national où l’heure commande la tempérance et l’union sacrée dans toutes les chapelles politiques. Le CDP joue gros dans cette turpitude qui cache mal un difficile basculement vers le changement générationnel. Le parti pourra-t-il s’en sortir ? Tout porte à croire qu’il y a comme cette eau versée dans une bouteille d’huile, qui, ne pouvant indéfiniment restée au fond, finit par monter. Pour nombre de militants, Eddie est un ouvrier de la 25e heure, donc qui n’était pas là au moment de la gestation du CDP. Un envoyé qui ne reconnait pas sa véritable « place » : traire la vache sans compter les veaux. Le cheminement du CDP depuis l’après Blaise Compaoré connait des soubresauts avec la démission de cadres qui sont, soit allés voir ailleurs, soit créer leur parti.

Cette fois-ci, tout semble indiquer que le schisme est consommé. Parce que même si par extraordinaire, le bon sens visitait les uns et les autres, le niveau du langage dans les échanges entre les deux parties n’augure pas de retrouvailles sereines. Au contraire, le rubicond, s’il n’est pas franchi depuis, ne l’est pas moins, faisant place maintenant aux conséquences à gérer. Le risque de voir le CDP suivre le destin du Front populaire ivoirien se dessine de plus en plus nettement. Qui a le contenant, qui a le contenu ? L’option judiciaire montre que le CDP avec ou sans le fondateur Blaise Compaoré n’aura plus cet éclat, et que la case opposition se mue en cage de laquelle, personne ne s’en sortira. S’il n’est pas tard pour sauver les meubles, il y a que la conjoncture nationale avec le triptyque Sécurité-Santé-Réconciliation verra cette embrouille comme des personnes qui, quoiqu’on dise, ne seront pas capables d’apporter leur grain de sel dans la dynamique de la réconciliation. S’ils n’arrivent pas entre eux à créer une osmose favorable à un minimum consensuel, pourront-ils apporter ce message de retrouvailles nationales ? Le fondateur, expert es-réconciliation, pourra certainement, même de là où il se trouve, apporter la thérapeutique pour éviter le naufrage au CDP. C’est tout le mal que les Burkinabè souhaitent à une formation politique qui a fait la pluie et le beau temps, il y a à peine sept ans au pays des Hommes intègres.

Mahamadi TIEGNA

ahamaditiegna@yahoo.fr

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