Guinée-Bissau : Vaincre le signe indien

La spirale des coups d’Etat en Afrique de l’Ouest semble décidément avoir du mal à s’estomper. C’est le moins que l’on puisse dire après les événements survenus au Mali, en Guinée Conakry et au Burkina Faso. En effet, mardi 1er février dernier, c’est le président Umaro Sissoco Embalo de la Guinée-Bissau qui échappait « miraculeusement » à une tentative de coup de force alors qu’il était en conseil des ministres extraordinaire avec l’ensemble de son gouvernement.

L’assaut de la soldatesque qui a failli renverser le pouvoir en place à Bissau aurait causé de nombreux morts, selon plusieurs sources. S’il est de notoriété publique que le fauteuil présidentiel de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest n’a jamais été des plus stables, tant les coups de forces y sont légion, il convient tout de même de s’interroger sur les mobiles profonds de l’instabilité de cet Etat.

Faut-il le rappeler, depuis son accession à l’indépendance en 1974, le pays a connu quatre putschs dont la dernière date de 2012 et une kyrielle de tentatives de coup d’Etat. Rares sont les dirigeants ayant pu finir leur mandat sans être renversés ou assassinés. L’on a en mémoire, entre autres, Luis Severino Cabral, Joao Berbado Viera, Kumba Yala, etc. L’engagement pris par ses premières autorités en 2014, sous les auspices de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest(CEDEAO) et de la Communauté internationale pour un retour à l’ordre constitutionnel, au grand dam de tous, ne l’a pas préservé des turbulences.

La Guinée-Bissau saura-t-elle, un jour, tourner définitivement les pages sombres des coups d’Etat afin d’asseoir une véritable démocratie ? Ou encore faut-il inscrire cette tentative de coup de force contre le président Embalo dans le sillage de ceux perpétrés contre les présidents Ibrahim Boubacar Keita, Alpha Condé et Roch Kaboré ?

Au regard de l’histoire socio-politique du pays jalonnée, on le sait, par des remous incessants, l’on est tenté de croire que le problème bissau-guinéen est tout autre. Car, si au Mali comme au Burkina Faso, les militaires ont justifié leur prise du pouvoir par le fait d’une situation sécuritaire dégradante et en Guinée par le tripatouillage de la Constitution, il en va autrement pour la Guinée-Bissau.

L’instabilité politique et l’extrême pauvreté sont perçues par plus d’un comme les ferments de ce coup de force sanglant. Cela, d’autant qu’elles ont facilité, à plus d’un titre malheureusement, l’implantation de trafiquants de drogue avec la complicité présumée de hauts responsables de l’armée.

C’est dans ce sens qu’il faudrait comprendre, à tout le moins, les antagonismes au sommet de cette nation qui croule sous le poids d’une corruption endémique et passe aussi pour une plaque tournante du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe. Par-delà tout, les responsables bissau-guinéens devront travailler à rompre définitivement ce cycle infernal des putschs qui, disons-le, n’honore pas leur pays.

Pour y arriver, les instances sous régionales ne devront pas lésiner sur les moyens pour l’accompagner dans l’atteinte de cet objectif. Ainsi, plutôt que de continuer à condamner sans relâche les coups d’Etat à répétition dans le pays et même sous d’autres cieux, la CEDEAO devrait trouver les voies et moyens pour vaincre, ad vitam aeternam, le signe indien. Cela, à l’effet de permettre à ce pays peuplé de 2 millions d’âmes d’amorcer les bases véritables de son essor socioéconomique.

Soumaïla BONKOUNGOU

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