Société si vile ?

Mon voisin a tenu une réunion hier nuit chez lui. Vous savez bien que plus rien ne semble être comme avant depuis que le Mouvement a mis fin au mouvement. Mon voisin m’a proposé de créer un Mouvement Patriotique pour le Salut et la Révolution (MPSR). Je ne sais pas ce qui l’a inspiré mais je l’ai vite arrêté net, parce que la ressemblance du sigle de son mouvement prête à confusion. Il m’a rétorqué que même dans la vie il y a des homonymes parfaits et que justement c’est la preuve que les bonnes intentions sont toujours en mouvement les unes vers les autres.

Il m’a dit de regarder autour de moi, car tous les noms d’organisations de la société civile qui luttent pour le peuple sont des noms bandants, des noms chocs ! Oui voisin, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut choquer les sensibilités ! Et il se mit à citer : Mouvement C’est Maintenant ou Jamais (MCMJ), Mouvement des Patriotes en Colère (MPC), Mouvement Cci et Maintenant (MIM)… Il m’a même dit que si j’avais une phobie pour les homonymes, il allait simplement placer le ‘‘S’’ après le ‘‘R’’ (MPRS). Voisin m’a expliqué que cette fois ça passe ou ça casse ; il m’a confié qu’après l’insurrection, il y a eu trop de frustrations au détour des déviations parsemées de manipulations. Il m’a dit que si nous créons un mouvement à côté du Mouvement, nous pouvons faire un mouvement d’ensemble vers ce qui nous ressemble et nous rassemble tous : la patrie.

Il ne faut pas attendre que les choses bougent vers nous ; il faut faire un mouvement vers les choses. Il m’a même dit que cela répondait à une dynamique irréversible. Tout est mouvement, c’est même une théorie et une loi de la physique : l’attraction ! Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud, le vin est déjà tiré… Mon voisin m’a dit que nous devons faire vite pour nous faire voir et amener les gens à nous croire et surtout taper dans l’œil de qui de droit. Il a même déjà un lambeau de discours griffonné sur une feuille volante et il est prêt à se jeter en pâture à la presse. Ce ne sont pas les questions qui comptent mais plutôt les réponses aux questions et en la matière, il n’y a pas mille réponses. La ritournelle est déjà dans le sac : « heu, nous sommes nés depuis l’insurrection et nous étions les premiers à sortir dans la rue pour dire non à la dictature et à la démocrature et demander le départ pur et simple et sans condition d’un président décadent au système de mal gouvernance labélisé. Croyez-nous, notre engage-ment n’est pas un banal calcul d’intérêt personnel. Nous nous battons avec passion pour la résurrection de la Nation. C’est pourquoi, nous soutenons les nouvelles autorités et nous sommes prêts à les accompagner jusqu’au bout, au prix du sacrifice ultime ». Et le tour est joué en attendant l’heure du partage du gâteau national au Conseil national d

e la transition. Le bruit porte des fruits mais tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute. Comme mon voisin, il y a des Burkinabè qui mesurent les défis de la nation à l’aune de leur embonpoint et à la hauteur de leur nombril. Il suffit de regarder l’univers des OSC pour se rendre compte que souvent certaines sont de véritables cloches de chapelles politiques qui résonnent au gré des vents favorables. Selon donc les intérêts du moment, chacun sort faire son boucan commandé et engrange les dividendes de l’effort de la compro-mission. Hier, le Burkinabè suait dignement pour manger à sa faim ; aujourd’hui, il mange la honte à tous les râteliers en suant à grosses gouttes sur sa fin. Parfois, c’est cette société si vile qui se retrouve sur le strapontin du mérite pour décider de nos destins. Comment peut-on être de la société civile et ne s’intéresser qu’aux questions politiciennes, pendant que dans nos hôpitaux sans chapiteau, on opère pour l’enfer à la lueur d’une lampe aveugle ? Peut-on être de la société civile et ne pas élever de la voix pour la cause des FDS et du VDP qui tire en comptant ses balles ?

Est-ce qu’on peut appartenir à la société civile et ne pas dénoncer la barbarie silencieuse que subit l’enfant de cinq ans qui pleure en quémandant dans la rue, la main vide d’espoir ? Et que dire de l’insécurité qui galope dans nos quartiers sombres et sans routes ; de ces gros camions qui défient la loi pour circuler aux heures de pointe et écrasent l’innocent usager arrêté aux feux tricolores ? Il n’y a donc pas que les menus fretins politiques, il y a aussi la vie de la cité au quotidien. Malheureusement, l’ère de l’intégrité est en proie à une éclipse de valeurs. On ne se pose plus la question qu’est-ce-que je peux faire pour le pays mais plutôt ce que le pays peut ou doit faire pour moi. On feint de jouer le patriote convaincu mais à la moindre odeur de soupe politique, on est prêt à retourner sa veste, à se déplumer et pire, à repeindre son propre plumage pour voler avec les vautours au-dessus de l’hécatombe de sa propre espèce. Société civile ou société si vile ?

Clément ZONGO

clmentzongo@yahoo.fr

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