Mali-France : Renouer avec le dialogue

Le ministre français des affaires étrangères, Jean Yves Le Drian n’est pas passé par quatre chemins, le jeudi 27 janvier 2022, pour fustiger les « mesures irresponsables » d’une junte « illégitime », après que les autorités maliennes ont exigé le retrait des soldats danois qui venaient d’être déployés au Mali. A la suite de cette sortie on ne peut plus provocatrice, son homologue malien, Abdoulaye Diop a regretté les propos « méprisants » de Jean Yves Le Drian et annoncé de facto que le Mali en tirerait les conséquences.

En effet, près de 4 jours après, l’ambassadeur de la France au Mali, Joël Meyer se voyait sommé de quitter le territoire malien dans les prochaines 72 heures. Pour masquer cette humiliation, la France décide de rappeler son ambassadeur. Alors qu’on croyait cette guerre des tranchées au point mort, le Premier ministre malien, Choguel Maïga vient à nouveau de jeter un pavé dans la mare de ces relations franco-maliennes déjà troubles.

En effet, au cours d’une rencontre, le lundi 7 février 2022, avec le corps diplomatique accrédité à Bamako, le chef du gouvernement malien n’y est pas allé du dos de la cuillère pour accuser la France de velléités sécessionnistes « Takuba, c’est pour diviser le Mali. C’est le sabre, en langue songhai et en tamasheq, ce n’est pas un nom qui a été pris par hasard » du Mali. Comme si cela ne suffisait pas dans cette envolée des piques par médias interposés, il a qualifié les éléments de la force Barkhane, de « légionnaires » et de « mercenaires ».

C’est une lapalissade de dire que les relations franco-maliennes se détériorent de jour en jour sans que l’une des parties ose courageusement jouer la carte de l’apaisement et du respect mutuel. Si la France, au moment où nous tracions les lignes, n’a pas officiellement apporté de réplique aux autorités maliennes, il est cependant légitime de se demander jusqu’où ira cette escalade entre la France et son ancienne colonie ? Bien malin qui saura répondre à cette lancinante question.

C’est un secret de polichinelle que le désamour entre la France et le Mali s’est accentué depuis l’arrivée au pouvoir du colonel Assimi Goïta. En plein « redéploiement » de son dispositif Barkhane, la France a toujours vu d’un mauvais œil ce mariage russo-malien accusant sans ambages la Russie de Vladimir Poutine de vouloir (ou d’avoir voulu) déployé des mercenaires de la société privée Wagner sur le sol malien.

Bien évidemment, ces accusations, jusqu’à ce jour, ont toujours été réfutées par les autorités maliennes. Cela ne les a toutefois pas empêchées de filer le parfait amour, au grand jour, avec la Russie, qui apparaît de plus en plus à leurs yeux comme son principal et providentiel soutien à l’international. Quelles pourraient être les conséquences de cette union contre-nature, du moins aux yeux du président Emmanuel Macron et de ses partenaires européens ?

Il n’est pas exclu que le Mali se mette à dos une bonne partie de la communauté internationale. Et les choses sont susceptibles d’aller de mal en pis, si dans ce contexte de « nouvelle guerre froide » (qui semble opposer les Etats-Unis à la Russie notamment à propos du dossier de l’Ukraine), le pays de l’Oncle Sam décide de prendre parti pour la France et les autres pays européens.

Le Mali pourra-t-il compter sur la seule Russie comme partenaire pour pouvoir répondre aux légitimes aspirations du très engagé peuple malien ? Rien n’est moins sûr. Mais le pire scénario, cette fois pour la France, sera de voir d’autres pays (Guinée, Burkina Faso, etc.) emboîter le pas au Mali, l’union fait la force, dit-on.

Mais, disons-le tout net, chacune des parties sortira perdante de ce bras de fer inutile au regard des intérêts géostratégiques, politico-économiques et des liens historiques entre la France et le Mali. D’où la nécessité pour Paris et Bamako de renouer au plus vite le dialogue afin d’établir ou de rétablir des relations franco-maliennes saines, débarrassées à la fois de tout paternalisme et de sentiment anti-français.

W. Aubin NANA

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