Un fauteuil, deux Premiers ministres

Le brouillard qui s’est emparé du champ politique libyen est loin de se dissiper. Alors que les plus optimistes pensaient à une sortie de crise 11 ans après la mort du colonel-président Mouammar Kadhafi, que ne fut pas leur surprise de constater que l’élection présidentielle du 24 décembre 2021 censée ramener la paix a été renvoyée aux calendes grecques. Et comme si cela ne suffisait pas, une autre crise vient rallonger la si longue liste de rivalités politiques et tribales auxquelles se livrent les différentes factions libyennes. En effet, depuis le 10 février dernier, deux personnalités libyennes se disputent le poste de Premier ministre. Il s’agit du Premier ministre « sortant » Abdel Hamid Dbeibah à la tête d’un gouvernement de transition depuis plus d’un an et l’ancien ministre de l’Intérieur, Fathi Bachagha, nouvellement désigné chef de l’exécutif par le Parlement libyen. Depuis lors, les deux hommes se livrent ce qu’il convient de dire une bataille de légitimité. Si M. Dbeibah a la baraka de l’ONU, son challenger Bachagha, lui, a le feu vert du président du Haut conseil de l’Etat. Jusqu’où ira ce combat pour un trône entre les deux frères libyens? Pour le moment, les deux tiennent mordicus au poste. L’ancien Premier ministre soutient qu’il ne lâchera l’affaire qu’à l’issue des élections tandis que le deuxième considère que sa désignation est le fruit d’un « accord historique » entre le Conseil de l’Etat et le Parlement.

Cette énième crise est la preuve que le cas libyen est complexe et mérite que les Libyens se décident résolument à œuvrer pour une sortie définitive de crise. Au regard des différents rebondissements dans le dossier libyen et des crises antérieures, l’on peut penser que ce dernier couac est surmontable. Certains analystes pointent du doigt Abdel Hamid Dbeibah d’être à l’origine de la non-tenue des élections en décembre dernier. Pour eux, M. Dbeibah devrait s’abstenir de présenter sa candidature aux élections pour éviter d’être à la fois juge et partie. Ce qui n’a pas été le cas. Lui retirer le poste de chef de l’exécutif apparait comme étant une volonté de rectifier le tir en vue de donner toutes les chances de tenir des élections libres dans un délai raisonnable. Fort de ce constat, les défenseurs d’une telle position semblent avoir plus d’arguments pour convaincre la communauté internationale et les Libyens sur leur position. En sus, le nouveau promu semble avoir une bonne partie de l’armée avec lui.

Toute chose qui pourrait peser dans la balance. En effet 116 brigades armées de Misrata, la ville d’origine des deux prétendants au poste de Premier ministre, ont annoncé leur soutien à Fathi Bachagha. Ce soutien de taille apparait comme un véritable désaveu pour M. Dbeibah et pourrait l’amener à entendre raison. Toutefois, si les deux n’arrivent pas à s’entendre, nul besoin de dire qu’il appartient au peuple libyen de prendre ses responsabilités. Las de subir ce bras de fer inopportun, les Libyens se doivent de siffler la fin de la récréation de l’élite politique qui se complait dans des querelles égocentriques au mépris de l’intérêt national. C’est dans ce sens qu’ils pourront parachever la feuille de route déjà tracée et créer les conditions d’un retour à une Libye de paix.

Abdoulaye BALBONE

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