Alimentations et supermarchés à Ouagadougou : les prix s’envolent, les consommateurs s’inquiètent

Les Ouagalais vivent depuis un mois la situation sociopolitique marquée par un changement de régime politique dû à l’avènement du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration, couplé à l’insécurité et à la COVID-19. Ils sont nombreux à déplorer la hausse des prix des denrées alimentaires dans les alimentations et supermarchés de la place.

Le soleil est déjà dans le ciel pour y amorcer sa course. Il est 10h 15 mn dans la capitale burkinabè. Les lieux de consommation de produits alimentaires, notamment les alimentations et les supermarchés, accessibles aux clients fonctionnent au ralenti au regard de la situation sociopolitique marquée par le changement de régime politique, en plus de l’insécurité et de la COVID-19.

Les produits dans les alimentations et supermarchés à Ouagadougou connaissent un envol des prix dans l’ensemble.

Le constat fait dans ces lieux montre que la clientèle, inquiète de cette situation, se montre réservée à faire ses emplettes. Aux alentours du grand marché (Rood Woko), au supermarché Scimas Self Service qui a ouvert ses portes depuis 1957, l’affluence n’est pas au rendez-vous. A notre arrivée à 10h 26 mn, quelques clients étaient dans les rayons, à l’intérieur du bâtiment. Ils refusent de décliner leur identité pour des raisons personnelles. Dans le pur anonymat, une cliente laisse entendre que la situation actuelle au Burkina Faso est difficile pour tous les Burkinabè en l’occurrence les consommateurs qui assistent impuissants à la flambée des prix des produits. « En dépit de tout, nous allons nous y adapter car nous n’avons pas le choix », déclare-t-elle. Un fournisseur du supermarché qui a, lui aussi, requis l’anonymat, avise que la période que traverse le « pays des Hommes intègres » a été précédée de la double crise sécuritaire et sanitaire. Pour lui, le coup d’Etat du Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) ne suffit pas pour expliquer l’envol des prix des produits de première nécessité dans les lieux de commerce. Mais, il dit reconnaître que cet évènement a bloqué le fonctionnement normal de l’économie nationale. Le gérant et directeur commercial du supermarché Scimas Self Service, Majd Hachem, indique que le pouvoir d’achat de ceux qui fréquentent sa structure a baissé de près de 30%. « Nous souhaitons que la paix revienne au Burkina Faso. Nous espérons qu’une solution sera vite trouvée », espère-t-il.

Autre lieu, même réalité

Après le centre-ville, le cap est mis dans le quartier Gounghin, à l’ouest de la capitale. A Marina Market, il ne manque pas d’hommes et femmes venus s’approvisionner en marchandises. Mais, impossible d’arracher le moindre mot au gérant qui recommande d’adresser une correspondance avant tout entretien. Néanmoins, il fait remarquer que le mois de février, depuis le début, est difficile sur le plan des affaires et des investissements. La même réalité est constatée au quartier Larlé à l’ « Alimentation générale Naré » qui regorge d’une gamme variée de produits. A notre arrivée à 11h 44 mn, il n’y avait pas d’acheteurs. Le gérant, Abdoul Rachid Tapsoba, affirme qu’actuellement, les clients se plaignent des prix élevés des produits.

« Nous les comprenons mais le prix au niveau des grossistes même a augmenté expliquant la même chose chez nous », lance-t-il. Il en veut pour preuve la hausse brusque, par exemple, du coût de la petite boîte de tomate de 550 FCFA à 600 FCFA. Il fait également remarquer que les prix ont flambé et d’ajouter que la clientèle de son alimentation a réduit sa fréquentation. « Vous voyez que nous sommes assis sans rien faire ! Avant, l’on ne pouvait pas constater cette morosité », fait-il savoir. A son avis, les Ouagalais sont prudents car ils ne savent pas ce que sera demain. D’où, à l’en croire, le fait qu’ils se réservent de faire beaucoup d’achats. Dans une alimentation au quartier Ouidi, les responsables, après avoir compris l’objet de notre visite, nous suggèrent d’ignorer le nom de leur lieu de commerce dans le « canard ». « Je ne veux pas que le nom de notre alimentation soit publié », insiste le gérant Halila Younga qui a accepté tout de même parler. Pourquoi cette peur exprimée ? Face à cette question, il nous lance un bref sourire avant d’affirmer qu’il est obligé d’augmenter le prix de ses articles pour faire aussi face à leur cherté chez les grossistes. « Au début, les clients étaient confus, mais aujourd’hui, ils comprennent », ajoute-t-il. Halila Younga déplore le fait qu’il ait perdu près de 20% de sa clientèle.

« Nous demandons la baisse des prix »

Le gérant et directeur commercial du supermarché Scimas Self Service, Majd Hachem, indique que le pouvoir d’achat des clients a baissé de près de 30%.

« Nous demandons la baisse des prix pour pouvoir récupérer notre clientèle. Nous avons espoir que les choses iront bien », confie-t-il. Dans cette alimentation, le fournisseur de gâteaux, Kader Soulama, renchérit que le marché a considérablement pris un coup dur. « Les prises journalières de gâteaux chez nous sont passées de 80 sachets à 60 sachets car la demande a plongé », souligne-t-il. Il appelle les nouvelles autorités à mettre en place des mécanismes pour réguler les prix des denrées alimentaires. « J’habite Ouidi et je suis venue m’approvisionner au Bon Samaritain à Tampouy. Apparemment, les prix des produits ont augmenté. Est-ce le coup d’Etat qui explique cela ? Nous ne saurons le dire. Mais, avec la grâce de Dieu, tout va rentrer dans l’ordre », lance avec amertume la cliente Valérie Ilboudo. A ses dires, c’est un mal de payer un produit, par exemple, à 1 500 FCFA qui était auparavant à 1 000 FCFA. En tant que fonctionnaire, Valérie Ilboudo estime qu’une augmentation de salaire ne saurait être la panacée à cette cherté des produits de consommation si ce n’est qu’une baisse des prix. « Si les prix des articles diminuent, on pourra s’en sortir. Actuellement, nous avons peur que la situation n’empire, d’où ce sentiment de réserve de la part des clients », révèle-t-elle. Pour le citoyen Vincent Ouédraogo, les gens ont véritablement du mal à s’approvisionner.

Le gérant de l’alimentation de la station Shell près du rond-point des Nations unies, Cheick Oumar Dakouré : « les clients de la station ont réduit leur fréquentation ».

« Les denrées de première nécessité telles que l’huile, le savon, le riz, etc. ont connu une augmentation de prix. Nous lançons l’alerte aux autorités pour résoudre le problème pour de meilleures conditions de vie », dit-il. Selon la cliente Awa Compaoré, venue payer du beurre « Blue Band » dont le prix est passé de 750 à 900 FCFA, il y a une montée des prix qui est incompréhensible. « Cette situation a débuté bien avant le coup d’Etat et empire de jour au jour. Vraiment, nous ne savons plus à quel saint se vouer. Sincèrement, nous vivons dans l’inquiétude », explique-t-elle. A écouter le gérant de l’alimentation de la station Shell près du rond-point des Nations unies, Cheick Oumar Dakouré, il y a une baisse des achats des clients de la station. « Les clients viennent s’approvisionner en carburant et ne fréquentent pas l’alimentation comme auparavant », clarifie-t-il. Au supermarché Liza Market qui a nouvellement ouvert ses portes à la Patte-d’oie, la situation économique pèse aussi sur les activités. Le responsable marketing du Groupe Liza Market, Ephraïm Bamé, fait remarquer qu’à cause de la période que traverse le Burkina Faso, chacun essaie de faire des économies d’argent pour parer à d’éventuelles surprises. « Chacun mesure à peu près ses dépenses pour ne pas être en manque de liquidité », précise-t-il. Ephraïm Bamé laisse entendre que Liza Market vit la même réalité que les autres points de vente mais il dit avoir foi que les lendemains seront meilleurs en termes d’amélioration de la situation sociopolitique.

Boukary BONKOUNGOU

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