Gouvernement Albert Ouédraogo : L’aube d’un Burkina nouveau ?

Le gouvernement de la Transition est connu depuis, le samedi 5 mars 2022. Comme convenu aux assises nationales, c’est une équipe de 25 membres comprenant six femmes et 19 hommes qui a été rendue officielle. Fait majeur, l’on note qu’il n’y a pas eu de changement profond dans la dénomination des différents départements ministériels. Hormis quelques modifications opérées à certains niveaux, ils ont conservé, pour l’essentiel, leurs anciennes appellations. Toutefois, l’on assiste à la création d’un ministère dédié aux affaires religieuses et coutumières. Une première de mémoire de Burkinabè, du moins sous cette appellation.

Qu’à cela ne tienne, les nouvelles autorités, contrairement aux gouvernements précédents, ont sans doute décidé de mettre ici en exergue, la place prépondérante qu’occupent ces entités dans notre vivre-ensemble. Que dire d’autre de la composition du gouvernement Albert Ouédraogo ? Si d’aucuns sont nommés pour la première fois ministres, certains l’ont déjà été dans des gouvernements précédents.

C’est le cas par exemple de Yéro Boly qui s’est vu confier le poste de ministre d’Etat auprès du président du Faso, chargé de la cohésion sociale et de la réconciliation nationale. De 2004 à 2011, il a été à la tête du ministère de la Défense. Ministre de l’Administration territoriale et de la Sécurité dans les gouvernements de Roch Marc Christian Kaboré (alors Premier ministre) du 11 juin 1995 et de Kadré Désiré Ouédraogo du 9 février 1996 au 7 novembre 2000, plusieurs fois ambassadeur du Burkina dans des pays comme la Côte d’Ivoire, la Libye et le Maroc, Yéro Boly va certainement apporter sa longue expérience dans la gestion des affaires publiques, notamment celles relatives à la cohésion sociale et à la réconciliation nationale, surtout dans le contexte actuel difficile pour le pays des Hommes intègres.

Si d’aucuns voient en sa présence au gouvernement le retour des caciques du régime Blaise Compaoré, d’autres penchent plutôt sur ses compétences qui pourront être très utiles aux nouvelles autorités. Autre surprise, et non des moindres est sans conteste la réapparition sur la liste de l’équipe gouvernementale du Général de brigade, Aimé Barthélémy Simporé. Il a été nommé ministre d’Etat, ministre de la Défense et des Anciens combattants. Le même poste qu’il occupait récemment sous le régime Roch Marc Christian Kaboré avant le coup d’Etat du 24 janvier 2022.

Les Burkinabè ont d’ailleurs toujours en mémoire que c’est le Gal Simporé himself qui est apparu sur les écrans de la Télévision nationale, le 23 janvier 2022, lorsque les Ouagalais s’étaient réveillés aux crépitements des armes, pour rassurer la population. Que s’est-il passé ? Etait-il de connivence avec les putschistes ? Ou a-t-il été convaincu pour accompagner la Transition ? Ou encore son expertise est-elle nécessaire dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et la restauration de l’intégrité du territoire ?

Autant de questions que bon nombre de Burkinabè se posent. Ils se perdent encore en conjectures sur son cas. L’autre figure gouvernementale qui alimente également les débats, c’est bel et bien, Bassolma Bazié, l’ancien secrétaire général de la Confédération générale du Travail du Burkina (CGT-B), démissionnaire de la fonction publique en tant que professeur certifié de SVT en 2021. Connu pour son militantisme syndical et son franc-parler, ils sont nombreux les Burkinabè surpris de le voir dans un gouvernement issu d’un coup d’Etat alors qu’en septembre 2015 il avait sonné la mobilisation générale pour contrecarrer le putsch du Général Gilbert Diendiéré.

Saura-t-il rester fidèle à ses convictions tout en assumant ses fonctions de ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Protection sociale ? A l’épreuve de l’exercice, l’on saura apprécier. Une présence et non des moindres dans le gouvernement, c’est aussi celle de Me Barthélémy Kéré, ancien président du barreau burkinabè et ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

Depuis son départ de la commission électorale en 2016, Me Kéré est resté relativement discret jusqu’à sa nomination comme ministre de la Justice et des Droits humains, chargé des relations avec les institutions, garde des sceaux. Trêve de supputations ! A présent que le gouvernement est formé, il reste à dérouler la feuille de route de la Transition avec en ligne de mire le défi sécuritaire et le retour des personnes déplacées internes dans leurs localités d’origine.

Osons parier que l’équipage saura faire face à ses responsabilités afin que le Burkina puisse renouer avec l’ordre constitutionnel dans les délais prévus. En attendant, cette période de Transition devra être une occasion pour chacun, individuellement et collectivement, d’interroger sa propre responsabilité dans le devenir du pays. Il sied que chaque citoyen, qui qu’il soit, fasse l’effort d’être porteur du rêve de changement qualitatif tant attendu. Sans ce minimum de sacrifice, l’aube d’un Burkina nouveau se fera toujours attendre.

Karim BADOLO

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