Urgence humanitaire

Les attaques perpétrées le samedi 12 mars et hier dimanche sur les axes Dori-Djibo, Ouahigouya-Titao et Kaya-Dori (Taparko) sont un douloureux rappel que la lutte contre le terrorisme et la reconquête de l’intégrité du territoire national demeurent la mission principale des premières autorités du pays. Cette reconquête semble avoir pris le pas sur l’état d’urgence humanitaire dans lequel sont plongées plusieurs dizaines de milliers de Personnes déplacées internes (PDI) du fait de la situation sécuritaire dans leurs villages. Les chiffres du Conseil national de secours d’urgence et de réhabilitation (CONASUR) en disent long sur l’urgence d’une réponse efficace à la crise humanitaire provoquée par l’insécurité. Au 31 janvier 2022, 1 741 655 personnes déplacées internes ont été enregistrées au Burkina Faso, soit 160 000 déplacés en un seul mois.

Et le Burkina Faso détient le record du nombre de PDI parmi les trois pays du Sahel les plus touchés par les attaques, le Mali n’en comptant qu’environ 500 000 et le Niger 260 000. Comme si cela ne suffisait pas, certains pays donateurs- dont le niveau de respect des engagements était appréciable- ont exprimé l’intention de procéder à des coupes sombres dans les financements alloués à la réponse humanitaire au Sahel pour soutenir les opérations humanitaires en Ukraine, un autre pays en guerre contre la Russie, laissant aux Burkinabè, l’amère expérience de la loi de proximité. Cela, au moment où la hausse vertigineuse des prix des céréales et autres produits de première nécessité aggrave une situation déjà difficile.

L’on ne saurait compter sur « la natte des autres » dans un domaine humanitaire si souvent laissé à la mansuétude des partenaires. L’heure est donc à la mobilisation générale sur le front humanitaire, dans un élan national de solidarité avec comme ambassadeurs, les communautés religieuses (dont certaines disposent de mécanismes éprouvés de solidarité et d’entraide), les personnalités dignes de confiance et à même de jouer sur la fibre patriotique des Burkinabè pour reconquérir ce qui n’est ni plus ni moins que leur dignité. Derrière la neutralité des chiffres, il y a des milliers d’enfants déscolarisés du fait de la fermeture des écoles et des centres de santé dans les zones d’insécurité, des milliers de familles sans toit, sans accès à l’eau potable et en insécurité alimentaire sur les sites d’accueil… Ce qui risque, en l’absence d’une réponse appropriée, d’allier l’humanitaire à l’impératif sécuritaire dans la résolution de la crise. Le Président de la Transition, le lieutenant-colonel, Paul-Henri Sandaogo Damiba, a pris la mesure de la nouvelle donne humanitaire, en faisant appel au secrétaire général de la Croix- Rouge burkinabè pour diriger le département en charge de l’action humanitaire.

Et comme pour donner des gages de transparence dans la gestion des fonds, un communiqué rendu public en mi-février dernier a annoncé la création d’un compte spécial au Trésor public pour recueillir en toute transparence l’ensemble des contributions destinées aux financements d’actions humanitaires au profit des PDI et en soutien aux opérations de sécurisation du territoire. Des initiatives individuelles louables en faveur des PDI sont enregistrées dans certaines localités, en attendant une mobilisation massive des populations. La situation actuelle commande que nous agissions avec plus de diligence afin d’éviter qu’elle se détériore davantage. Cela appelle nécessairement à un sursaut d’orgueil de l’ensemble des Burkinabè .

Par Mahamadi TIEGNA

mahamaditiegna@yahoo.fr

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