Guinée : sortir de l’ornière

La junte guinéenne conduite par le colonel Mamady Doumbouya qui a renversé Alpha Condé au petit matin du 5 septembre 2021 avait initié des concertations avec toutes les composantes sociales avant de former un gouvernement. Mais depuis lors, les autorités semblent avancer seules sans donner une idée claire de leur feuille de route et de la transition. En décidant de convoquer des assises nationales le 22 mars prochain avec les partis politiques, la société civile et les religieux, le gouvernement a sans doute compris la nécessité de rompre avec cette attitude qui commençait à faire grincer des dents.

La conduite des affaires du pays a donné l’impression à certains observateurs que les autorités se sont enfermées dans une tour d’ivoire. Déjà les concertations entre le ministère de l’Administration du territoire et cinq coalitions de partis politiques en prélude aux assises ont quelque peu décrispé l’atmosphère sociopolitique. D’autant plus que les leaders politiques décriaient ce qui ressemblait à une absence de dialogue entre eux et les autorités de la transition.

L’option de reprendre langue avec l’ensemble des forces vives dénote d’une prise de conscience par le gouvernement des griefs qui étaient exprimés çà et là. La nature ayant horreur du vide, toutes sortes de supputations ont commencé à se faire entendre quant à la volonté de la junte de faire bouger les lignes dans le sens d’un retour à l’ordre constitutionnel dans un délai bien défini.

Les concertations en cours permettront donc aux autorités d’apprécier la situation dans toute sa dimension avant de passer aux assises qui vont déboucher certainement sur la feuille de route de la transition et partant, de sa durée. Dès sa prise de pouvoir, le colonel Doumbouya avait indiqué qu’il était temps que tous les fils de la Guinée se retrouvent pour appréhender ensemble le renouveau du pays. Il n’a pas intérêt à étouffer l’espoir relatif qu’a suscité son avènement au pouvoir.

Tout le monde sait que le troisième mandat du président déchu Alpha Condé avait laissé de profondes lézardes dans le tissu social guinéen. Le coup d’Etat de septembre 2021 a été accueilli par bon nombre de citoyens guinéens comme une sorte de délivrance des mains d’un opposant historique devenu autocrate à l’exercice du pouvoir.

Mamady Doumbouya et son gouvernement ont la responsabilité de tracer les sillons d’une véritable réconciliation dans le pays et d’ouvrir une nouvelle page dans laquelle tous les Guinéens, par-delà les considérations ethniques, régionalistes et politiques, écriront l’hymne de la fraternité et de la lutte contre la pauvreté. Après sept mois à la tête du pays, le président Doumbouya a eu la latitude de connaitre les véritables maux qui entravent sa bonne marche depuis des lustres.

A l’occasion de ces assises, il devra œuvrer à ce que le dialogue soit le plus fécond et le plus fructueux possible afin de dégager les pistes qui conduiront le pays à bon port. Comme on le dit couramment, il n’est jamais tard pour mieux faire. Après sept mois sans une direction claire, les assises du 22 mars 2022 offrent une occasion idéale au président pour battre en brèche ceux qui lui prêtent des ambitions de vouloir confisquer le pouvoir ou de tourner en rond à la tête du pays.

La Guinée doit rompre avec ce cycle de gouvernance claudicante pour mettre en valeur ses potentialités humaines, culturelles et ses richesses insoupçonnées. Le colonel Mamady Doumbouya, s’il aime vraiment son pays et son peuple, a cette lourde mais exaltante responsabilité de donner la chance à la Guinée de sortir de l’ornière.

Karim BADOLO

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