Tirer les enseignements de la pandémie de tuberculose

Dr. Morounfolu Olugbosi

Alors que les pays du monde entier – du Kenya au Canada, de l’Afrique du Sud à la Suède – se félicitent de la perspective d’une transition non officielle de la pandémie de COVID-19 en maladie endémique et commencent à assouplir les restrictions liées à la pandémie, de nombreuses personnes au sein de la communauté de lutte contre la tuberculose ont du mal à comprendre cette attitude. Dans le cas de la tuberculose, nous savons ce qui peut arriver lorsqu’une pandémie devient un fait accepté.

Naturellement, à travers le monde entier les gens sont impatients de revenir à la normale. La COVID-19, pense-t-on, a évolué pour devenir moins virulente, il est donc temps de ne plus s’inquiéter et de reprendre la vie normale. Bien que le virus soit toujours présent, beaucoup pensent qu’il a atteint des niveaux endémiques et les restrictions sont donc levées dans le monde entier, malgré les avertissements de plusieurs épidémiologistes.

Les pandémies qui continuent de tourmenter l’humanité ne manquent pas. Le paludisme a tué plus de 620 000 personnes en 2020. La tuberculose a causé la mort de plus de 1,5 million de personnes en 2020, et plus d’un tiers de ces décès ont eu lieu en Afrique subsaharienne.

Avant la COVID-19, il semblait possible que la pandémie de tuberculose commence à refluer. Au cours de la dernière décennie, les taux d’incidence et de décès ont progressivement diminué tandis que les efforts de recherche et de développement ont abouti à des percées.

Après quatre décennies sans nouveaux médicaments approuvés pour traiter la tuberculose, trois ont été approuvés au cours des dix dernières années. La nouvelle technologie peut non seulement diagnostiquer la tuberculose plus facilement et plus rapidement qu’auparavant, mais aussi déterminer si l’infection présente une résistance aux médicaments. Cela représente un progrès dans le monde de la tuberculose, mais il reste toujours le défi de faire parvenir ces technologies aux personnes qui en ont besoin. Et c’est là que la pandémie de COVID-19 a vraiment eu un impact dévastateur.

En 2020, les statistiques les plus récentes recueillies sur la tuberculose, le nombre de décès est égal à celui de 2017, avec cinq années de progrès éliminées. On estime que 9,9 millions de personnes avaient des infections tuberculeuses, mais seulement 5,8 millions ont été diagnostiquées. Nous avons perdu dix années de progrès par rapport à ce critère de référence. Et environ un tiers seulement des 450 000 personnes estimées atteintes de tuberculose multirésistante ou résistante à la rifampicine ont commencé un traitement en 2020, soit une diminution de 15 % par rapport à l’année précédente.

En Afrique, des pays comme le Nigéria, l’Afrique du Sud et l’Ouganda ont fait des progrès dans la lutte contre la tuberculose,décès dus à la maladie diminuant régulièrement, mais ces baisses ont pris fin en raison de la pandémie de COVID-19 et des mesures de contrôle connexes.

En 2015, le monde s’est engagé à réduire les décès liés à la tuberculose de 90 % d’ici 2030, et nous sommes loin d’atteindre cet objectif. Les épidémiologistes évaluant l’impact de cet échec ont constaté qu’avant le début de la pandémie de COVID-19, l’Afrique subsaharienne avait durement été touchée par la tuberculose, avec un impact économique et des pertes de vies importantes pour ne pas avoir atteint cet objectif ambitieux.

Et pourtant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) rapporte qu’en Afrique subsaharienne, les dépenses nationales consacrées aux services de prévention, de diagnostic et de traitement de la tuberculose diminué au cours des 10 dernières années. Il n’est pas étonnant que les pressions de la COVID-19 aient détruit le filet de sécurité contre la tuberculose. Nous aussi, en Afrique, avions décidé qu’il était acceptable de vivre avec une maladie mortelle.

Oui, les dépenses mondiales globales consacrées à la maladie représentent moins de la moitié de ce qu’elles devraient être, mais pour nous en Afrique, la tuberculose n’est pas une maladie d’ailleurs. Elle est ici et nous devons retrousser nos manches et riposter ou elle ne cessera jamais de nous affliger.

Aucune maladie ne devrait être tolérée, notamment les maladies infectieuses mortelles comme la tuberculose et la COVID-19. Toutes les maladies doivent être combattues avec les nouvelles technologies et la sensibilisation nécessaire pour s’assurer qu’elles soient utilisées de manière appropriée. Le statut de maladie endémique n’est jamais acceptable.

Dr. Morounfolu (Folu) Olugbosi, MD est le directeur principal, Développement clinique, TB Alliance. Il travaille au développement clinique des produits du portefeuille TB Alliance. Ill aide à superviser les essais cliniques dans les pays d’endémie tuberculeuse et dirige le bureau d’Afrique du Sud.

 

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.