RDC-Rwanda : Renouer avec le dialogue

Depuis le début de la semaine, la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda ne semblent pas être en odeur de sainteté. En effet, le lundi 28 mars 2022, la RDC a annoncé avoir arrêté deux soldats rwandais au cours d’une opération d’interpellation de rebelles du M23 accusés d’avoir attaqué des positions des forces armées congolaises dans l’est du pays. Le Congo accuse non seulement son voisin de ne pas respecter ses engagements et pire, de « le poignarder dans le dos ». Cette annonce relayée dans un premier temps par le gouverneur du Nord-Kivu et par la suite le gouvernement congolais a suscité une réaction du côté de Kigali.

Les autorités rwandaises ont formellement démenti comme à l’accoutumée toute implication de leurs soldats dans les combats en RDC. Si cette nouvelle situation presque inattendue n’est pas bien négociée, elle risque de saper les efforts pour un retour à la stabilité dans la sous-région. La RDC a toujours vu une main rwandaise derrière le M23, ce groupe rebelle à dominance tutsi ayant quitté le Congo sous la puissance de feu de l’armée congolaise en fin 2013 pour trouver, selon plusieurs sources, refuge en Ouganda et au Rwanda. Convaincue de sa position, la RDC a convoqué l’ambassadeur du Rwanda à Kinshasa au ministère des Affaires étrangères pour des explications. Ce regain de tension mérite une attention particulière de la communauté africaine et internationale. Beaucoup d’efforts ont été consentis de part et d’autre pour un retour à l’ordre normal qu’il serait inapproprié de s’arrêter en cours de chemin. Dans ce sens, des accords ont été signés en 2013 à Nairobi consacrant la réintégration dans la vie civile pour certains combattants du M23 et l’intégration dans l’armée pour d’autres. Ces accords sont restés lettre morte jusqu’à ce jour. Les rebelles accusent les autorités congolaises de trainer le pas sur le dossier. Ce qui pourrait expliquer les incursions sporadiques au Nord-Kivu.

En janvier, Kinshasa avait fait état de la présence au Congo d’environ 200 ex-rebelles du M23 venus d’Ouganda dans une localité de l’est de la RDC. Le gouvernement ougandais avait admis avoir perdu la trace de 40 ex-rebelles du M23 cantonnés sur son territoire et annoncé l’arrestation de 101 autres qui tentaient de rejoindre la RDC. Par contre, le Rwanda rejette toute information sur la présence de rebelles M23 sur son sol. D’où les relations timorées aujourd’hui entre ces deux pays. Les calculs égoïstes ou aventuristes de certaines composantes du conflit pourraient raviver la flamme. Toute chose qui serait encore désastreuse pour les populations de la localité. Ces laissés-pour-compte gagneraient donc à contraindre les dirigeants des deux pays à ouvrir un dialogue sincère dans l’optique d’éponger les sujets qui fâchent au risque de mettre en péril la sous-région. Cela passe nécessairement par l’application des accords de Nairobi.

Abdoulaye BALBONE

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