Concassage de granite à Koudougou : la pitance au bout du burin

Des femmes issues de milieux défavorisés de la cité du Cavalier Rouge travaillent sur un site de concassage de granite à la recherche de leur pitance quotidienne. Ainsi, depuis plus d’une vingtaine d’années, par la force de leurs bras et dans des conditions difficiles, elles subviennent aux besoins de leurs familles. Sidwaya les a rencontrées sur leur lieu de travail situé à la sortie de la ville, sur l’axe Koudougou-Sabou.

Ces tas obtenus par concassage des blocs de granite vendus autrefois à 500FCFA l’unité sont cédés à 400 F CFA.

Lundi 4 avril 2022, il est 9 heures. En ce deuxième jour de jeûne pour les fidèles musulmans du Burikina Faso, le soleil dans sa folle course vers le zenith dégage une chaleur terrible annonçant une journée difficile pour nos frères en islam. Nous sommes sur le site de concassage de granite de Koudougou situé à quelques encablures du collègue Saint-Joseph Moukassa en allant vers Sabou. Ce qui frappe immédiatement à l’œil, ce sont les petits tas de granite qui s’étendent sur plus d’un demi-kilomètre au bord du bitume sur le côté gauche. Ces tas de granite sont le résultat de la force de travail de femmes démunies, qui concassent les blocs de granite à l’aide de petits marteaux à longueur de journée. Mamounata Semdé, la cinquantaine bien sonnée, cache-nez ajusté est à la tâche et a déjà un gros tas devant elle. Sans changer la cadence des coups de marteaux, elle nous confie qu’elle fait partie des plus anciennes sur le site.

« Cela fait 20 ans que je travaille le caillou pour prendre soins de mes enfants » a-t-elle déclaré. Selon la concasseuse, grâce à la force de ses bras, elle a scolarisé son fils jusqu’en classe de terminale où elle payait environ 100.000 F CFA par an. Mais après son échec au Baccalauréat, il y a de cela deux ou trois ans, poursuit dame Semdé, il m’a dit ceci : « Maman, je sais que tu m’aimes et tu t’es assez sacrifiée pour moi. Je préfère chercher du travail que de reprendre le BAC et t’obliger à fournir plus d’efforts dans le travail du granite pour honorer ma scolarité ». Après avoir arrêté ses études, le jeune homme a passé son permis et conduit aujourd’hui un camion de transports de marchandises. Pour autant, Mamounata Semdé n’a pas arrêté de fréquenter le site, puisqu’elle a encore d’autres charges. Solange Zongo apparait comme la doyenne du site. Aujourd’hui sexagénaire, elle n’a plus la force pour donner des coups dans le granite mais elle est toujours présente sur le site en faisant de son mieux. « Peu importe l’âge, si tu n’as personne pour t’aider, tu es obligé de te débrouiller comme tu peux pour avoir ta pitance » confie-t-elle. Comme Solange et Mamounata, elles sont environ 50 femmes à passer la quasi totalité de leur temps sur ce lieu pour transformer les blocs de granite en petits morceaux pour la construction, notamment le béton. Le petit tas était vendu à 500 F CFA mais faute de marché, les femmes le cèdent aujourd’hui à 400 F CFA.

Aristide Nikiema, aide-maçon, déplore les conditions de travail des femmes du granite de Koudougou.

« Lorsqu’un client arrive, nous divisons sa commande entre nous afin que chacune rentre à la maison avec quelque chose », explique Mme Zongo, témoignant de la solidarité entre elles. « Sur la cinquantaine de femmes qui y travaillent, certaines totalisent plus de 20 ans, de métiers. On y retrouve même des filles nées sur le site qui sont aujourd’hui mariées », affirme la doyenne Zongo. Aristide Nikiema, aide-maçon et fidèle client des concasseuses déplore les conditions de travail. « Elles rendent beaucoup de service mais, elles travaillent dans des conditions très difficiles, sans matériels de protection », regrette l’aide-maçon. Clarisse Zoma est vendeuse de benga sur le site. Agée d’à peine 30 ans, elle dit avoir pris un jour le marteau d’une vieille, pour essayer un bloc de granite mais elle a renoncé seulement après trois coups. « Il n’y a plus de granite sur l’ancien site donc, elles vont chercher les blocs de granite sur un nouveau site un peu plus loin pour ramener sur le lieu de concassage », raconte la voisine restauratrice.

Mamounata Semdé, Solange Zongo et leurs sœurs demandent aux bonnes volontés de voler à leur secours. « Nous demandons aux autorités de la Transition et à toutes les bonnes volontés de nous aider avec du matériel de travail (marteaux, burins….) et protections (gants, lunettes, cache-nez…) », sollicite la porte-voix des femmes. Elles disent formuler des prières pour le retour de la sécurité au Burkina Faso afin que des gens qui font le même travail ailleurs, puissent aller chercher leur pitance sans être inquiétées.

Beyon Romain NEBIE beynebie@gmail.com

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