Salam du Ramadan : le leadership de Bilqîs, la Reine de Saba

Louanges à Allah comme il sied à la majesté de Sa face ainsi qu’à la grandeur de Son trône. Paix et bénédiction sur Son bien aimé ainsi que sur tous ceux qui le suivent. Qui lit le Coran et s’arrête sur les versets de la Sourate « Les fourmis ; An-Naml » peut se rendre compte du modèle de gouvernance que nous donne Allah à travers la Reine de Saba. Son royaume est riche et prospère, vivant du négoce de l’or, des épices, de la myrrhe, de l’encens. Mais qui était donc cette reine de légende ?

La Reine de Saba est dépeinte comme dotée d’une très grande beauté, d’un fort tempérament et d’une subtile sagesse. Elle a comme surnoms « la Reine du Midi » ou « la Reine du Sud ». Dans cet univers patriarcal, la Bible fait allusion à sa sagesse de manière étonnante : « La reine du Midi était plus sage que les Juifs du premier siècle » (Evangile de Matthieu 12, 42). Bilqîs reçoit, un jour, une missive du Prophète et non moins Roi Souleymane (Salomon) afin de se soumettre au Créateur de ce monde… Ce qui est intéressant dans cette histoire racontée par le Coran, c’est la description que fait Dieu de cette femme… En effet, alors que la majorité des rois et gouvernants hommes cités par le Coran sont des despotes comme c’est le cas de Pharaon, de Néron et d’autres, le modèle de Bilqîs est celui d’une monarque certes, mais une monarque juste et éclairée. Le portrait est, donc, celui d’une dirigeante apparemment très à cheval sur les principes politiques d’équité et de justice. Les versets coraniques sont, en effet, très explicites quant à la manière de gouverner de cette illustre femme.

Dès la réception du message envoyé par Souleymane, elle convoque, immédiatement, un conseil de dignitaires, leur fait part du contenu de la lettre et leur demande de réfléchir sur la décision politique à prendre… Voilà ce que le Coran lui fait dire : « Dignitaires ! dit la reine, conseillez-moi dans cette affaire ; je ne prendrai aucune décision avant de connaître votre avis » (Sourate 27, verset 32). Il y a, dans cette attitude de la Reine, une belle leçon d’humilité et de modestie qui nous rappelle que quelle que soit sa position, on ne connait pas tout ; d’autant plus que Allah a fait de la consultation un principe de vie du musulman. Une femme dirigeante d’un des plus riches royaumes de l’époque et qui prend la peine de « consulter » les élus de son peuple ! Ces derniers vont, d’ailleurs, lui faire savoir que la décision finale lui revenait à elle seule mais qu’elle pouvait compter sur leur puissance physique et matérielle : « Nous sommes, répondirent-ils, un peuple fort et d’une puissance redoutable. Mais la décision t’appartient. Vois donc toi-même les ordres que tu veux bien nous donner ! » (Sourate 27 verset 34) Il y a un adage qui dit que si on t’envoie, il faut savoir, à ton tour, t’envoyer. Les élus concertés par Bilqîs, tout en lui laissant le choix de la décision finale, ont tenu à lui faire une démonstration de leur force et de leur puissance ce qui suggère qu’ils étaient plutôt en faveur d’une action belliqueuse. Cependant, Bilqîs n’était, apparemment, pas d’accord avec cette approche, puisqu’elle leur proposa comme première démarche, une solution pacifique à savoir celle d’envoyer à Salomon un présent dans le but de tester sa réaction…

Certains de nos leaders sont entourés de vautours qui pensent moins à la construction d’une Nation prospère mais bien à la politique de leurs ventres. Ils ne sont et ne seront jamais capables de dire la vérité sur les réalités de nos populations aux décideurs. Bilqîs faisait, donc, preuve de sagesse politique mais aussi d’intelligence, car en adressant le présent à Souleymane, elle prenait soin, d’abord, d’écarter, judicieusement, la proposition précipitée de ses conseillers afin d’éviter une guerre inutile puis, par la même occasion, elle se donnait un délai de réflexion qui lui permettait d’étudier la personnalité de ce Roi. Bilqîs voulait, ainsi, tester Salomon et voir ce qu’il y avait derrière ce message où il l’exhortait à se soumettre à « Dieu l’Unique ». Si ce roi acceptait son cadeau, c’est que sa missive était révélatrice d’une ambition terrestre. En revanche, tout refus signifierait que la motivation de Salomon était plus profonde autrement dit d’ordre spirituel… Une véritable stratégie diplomatique ! A travers le personnage de cette Reine, c’est celui de la femme dans toute sa féminité qui est mis en exergue. La femme qui, par son instinct et son intuition féminine innée, refuse les guerres et les conflits et préfère la paix et le dialogue. N’est-il pas dit que la femme personnifie une part quoiqu’infime de l’infinie clémence ou « Rahma » de Dieu sur terre ? Une souveraine qui règne politiquement avec raison et sagesse tout en gardant son humanité de « femme » comme un don de Dieu… C’est comme si elle humanisait, en quelque sorte, son action politique par cette sensibilité féminine qui la rend plus proche des réalités humaines quotidiennes… La description que nous fait le Coran de cette femme « chef d’état » est à elle seule une preuve indéniable contre toutes les allégations supposées de « l’hyperémotivité » des femmes qui « raisonnent » moins bien que les hommes du fait de l’ascendant affectif de leur personnalité. A toutes ces femmes, qui, sur la terre des Hommes, souffrent du fait de l’Homme. Vivement qu’elles soient libérées. Seigneur, pardonne-nous et fais-nous miséricorde.

NB : La foi musulmane est une foi active qui impose un devoir de présence.

Dr Inoussa COMPAORE Imam à l’AEEMB et au CERFI

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