Verdict du procès Thomas Sankara : les acteurs partagés entre satisfaction et déception

Mousbila Sankara, ancien militant des Comités de défense de la révolution (CDR) : « en ôtant la vie des autres, on ne peut pas s’attendre à avoir sa liberté » « Nous souhaitons que le verdict de ce procès serve de leçon de façon pédagogique à tout le monde, aux parents des victimes que nous sommes, au public et aux autres. Car, ce jugement a concerné des nationaux et des sympathisants à l’extérieur. Nous souhaitons aussi que ce verdict calme un peu tout ce que nous avons comme ressentiment. Certains ont écopé la peine maximale et il faut que cela serve sur le plan pédagogique pour les condamnés. Il faut que ceux qui n’ont pas encore été condamnés sachent qu’on ne peut jouir de sa liberté en faisant du mal à son prochain. En ôtant la vie des autres, on ne peut pas s’attendre à avoir sa liberté ».

Maitre Mamadou Coulibaly, avocat de la défense : « il nous revient de tirer les conséquences » « Le procureur militaire avait demandé l’acquittement de mon client Albert Pascal Sibidi Belemlilga, adjudant-chef à la retraite, accusé de complicité d’attentat à la sûreté de l’Etat. Il a été condamné à une peine d’emprisonnement de 5 ans assortie de sursis. Je peux dire qu’il s’en sort bien. Il nous revient en tant qu’avocats des accusés d’analyser chacun de son côté le verdict et de tirer les conséquences. Il nous faut voir si la décision du Tribunal militaire s’inscrit dans le droit commun et voir pour la suite, la possibilité d’un éventuel recours dans un délai de 15 jours. Nous devons également expliquer à nos clients quelles sont les conséquences d’un recours criminel. Dans la salle, il y avait des personnes qui jubilaient de joie et d’autres qui s’indignaient après le verdict. Pour le moment, il faut prendre le verdict comme tel et réfléchir pour la suite à donner ».

Me Prosper Farama, avocat de la partie civile : « c’est un jour de délivrance pour les Burkinabè » « C’est un jour de délivrance du peuple burkinabè et pour les familles de toutes les victimes de ce procès qui ont souffert le martyre pendant près de 35 ans. Nous retenons que le peuple burkinabè, l’Afrique et le monde tout entier se souviendra qu’un peuple s’est battu pendant près de 35 ans pour que justice soit rendue à des hommes valeureux qui sont tombés un 15 octobre 1987, tués par la barbarie de leurs camarades. Notre espoir à l’issue de ce procès est que ce genre de crime odieux n’arrive plus jamais au Burkina Faso et nulle part en Afrique. C’est un jour de soulagement, à partir de ce procès, le véritable deuil de ces familles qui ont souffert commencera véritablement. C’est un verdict conforme aux débats qui ont eu lieu pendant 6 mois contrairement à ce que la défense à essayer de nous expliquer. Nous avons vu et compris à travers les témoignages depuis le déroulement du procès, que quelque chose a été ourdie froidement et exécutée en toute connaissance de cause. On a dit qu’il y avait un complot de 20 heures, durant les 6 mois du procès, nous n’avons vu aucun commencement de ce complot. Nous ne sommes pas à la fin du procès parce qu’il y a une possibilité d’appel pour les parties. Il y a également un volet international qui est en cours. Nous attendons qu’un juge soit nommé ».

Me Mathieu Somé, l’un des conseils de Gilbert Dienderé : « j’ai trouvé la décision aux antipodes des moyens que j’ai développés » « J’ai trouvé la décision aux antipodes des moyens que j’ai développés. Même la formulation de la question de la prescription qui a été posée n’a pas été formulée comme question soumise à une réponse attendue des membres de la juridiction. Déjà, quand il y a eu cette formulation, nous avons compris qu’il y a eu un problème. La question de la prescription soulevée qui est une fin de non-recevoir dit que lorsqu’on tranche cette question positivement on ne discute pas du reste. Alors, il faut poser cette question d’abord et que ceux qui sont chargés de décider puissent apprécier, donner leurs points de vue avant qu’on aborde le reste. J’assiste un client, nous sommes en matière pénale alors mon mandat s’arrête là. S’il le renouvelle dans le sens d’une déclaration du pouvoir, nous avons 15 jours, on va y aller. En tous les cas, la voie de recours est ouverte et c’est la loi qui permet cela ».

Me Eliane Marie Natacha Kaboré : « je trouve la peine de mon client lourde » « Mon client Yamba Elysée Ilboudo a écopé de 11 ans d’emprisonnement ferme. Je ne m’attendais pas à une telle décision mais je prends acte. Je trouve la peine lourde et je rendrai compte au bâtonnier. Nous avons attendu depuis 35 ans, aujourd’hui, le juge a donné son verdict. C’est la loi, donc tout le monde appréciera. Nous avons demandé la justice et la vérité. Nous pouvons dire que nous avons pris connaissance de beaucoup de choses dans ce procès. Le juge a fait ce qu’il faut faire. Le but aussi est que ces violences politiques qui se sont produits au Burkina finissent. Je pense que ce verdict va donner à réfléchir à beaucoup de personnes. Je remercie tout le monde et en particulier les médias qui nous ont soutenus depuis que cette plainte a été déposée ».

Colonel à la retraite Pierre Ouédraogo, Président du mémorial Thomas Sankara : « ce procès est un symbole » « Il n’est pas normal que des Burkinabè mettent fin à la vie d’autres Burkinabè. Ce procès est un symbole et nous espérons que cela marque une page, un point important de l’histoire du Burkina Faso et que ces évènements ne se reproduisent plus jamais. Ceux qui ont tiré sur Thomas Sankara étaient à ce procès. Il manquait quelques-uns et il y avait suffisamment de témoignages pour établir qui est coupable et qui a fait quoi. Il y a eu des bruits qui ont été répandus pour justifier l’assassinat de Thomas Sankara. On disait que Sankara voulait les tuer et cela est apparu comme étant faux, un mensonge. Plusieurs personnes sont allées voir Thomas Sankara pour qu’il réagisse avant, mais il a toujours dit « non ». Il a préféré plutôt mourir, que de faire un forfait, que de tuer ses amis, de faire couler du sang au Burkina Faso. Et cela est très important que dans le cadre de l’exercice du pouvoir, faire couler du sang ne soit plus quelque chose qui soit admissible dans ce pays ».

Propos recueillis par Abdoulaye BALBONE

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