Pâques, ultime but du carême !

Noyau dur de la foi catholique et fête centrale de l’année liturgique, Pâques, faut-il le rappeler, est la plus importante des fêtes chrétiennes parce qu’elle célèbre la résurrection du Christ, sa victoire sur la mort !

En célébrant la résurrection de Jésus-Christ, vainqueur de la mort, le troisième jour après sa crucifixion, les chrétiens croient que Dieu, par le Christ, a ouvert les portes de la vie éternelle. C’est donc une fête pleine d’espérance et de joie puisque pour les croyants, la vie terrestre n’est pas une fin mais un passage. Pâques, rappelons-le, signifie bien cela, vu que sa racine hébraïque, pessah veut dire « passer par- dessus », « passer à travers ». De même que l’ange exterminateur passa par-dessus les maisons des Hébreux en Egypte, leur laissant la vie sauve et que ceux-ci passèrent à travers la Mer Rouge, échappant aux Egyptiens lancés à leur poursuite, ainsi, Jésus passa par-dessus la mort dont il est sorti vainqueur pour toujours et pour tous. Il nous assure ainsi que la souffrance et la mort n’ont pas le dernier mot. C’est la victoire définitive de la Vie !

Et c’est bien pour cela que la Résurrection du Christ constitue bien l’assise de la foi chrétienne. La résurrection, pivot de la foi catholiqueLa résurrection est le pivot de la foi chrétienne. Et il est bon d’écouter saint Paul nous le redire en s’adressant aux Corinthiens : « Si Christ n’est pas ressuscité, notre foi est vide. (1 Co, 15, 14). De façon lapidaire, pour Saint Paul, c’est la résurrection ou rien. En effet, croire que le Christ est ressuscité et que nous aussi, nous allons ressusciter, de ce fait là, constitue une difficulté pour beaucoup de croyants d’hier et d’aujourd’hui. Certains Corinthiens étaient dans ce cas-là. Et c’est ce qui a amené saint Paul à affirmer que si on supprime la résurrection, la foi chrétienne n’a plus aucun sens, aucun contenu. Cette compréhension de l’importance de la résurrection du Christ ne faisait l’ombre d’aucun doute chez les premiers chrétiens. C’est de fait d’ailleurs que, pendant les trois premiers siècles, c’était la seule fête à être observée dans toute l’Eglise. Cette célébration était une vigile, du latin vigilia, veille ou veillée. Au tout début, c’était toute la nuit. Par la suite, elle commençait à minuit, cette vigile pascale. Mais de plus en plus, elle se célèbre à une heure convenable, l’essentielle étant de célébrer la lumière de la résurrection du Christ sur les ténèbres de la mort. Cette résurrection étant le signe d’un nouveau commencement, d’une nouvelle naissance, on comprend bien que les baptêmes des adultes soient célébrés au cours de cette veillée. Ce devoir de renouveau ou de renouvellement à Pâques est tel que le droit de l’Eglise fait obligation à tout chrétien de se confesser au moins à Pâques et de pouvoir communier dignement.

C’est de cette disposition canonique qu’est née l’expression « faire ses pâques ». En effet le canon 920 de l’ancien code de droit canonique disposait que : « Tout fidèle, après avoir été initié à la très sainte Eucharistie, est tenu par l’obligation de recevoir la communion, au moins une fois l’an durant le temps pascal. Dans les faits cette obligation a fini par s’étendre du premier dimanche de carême au dimanche de la Trinité, c’est-à-dire le premier dimanche après la Pentecôte. La législation actuelle précise au canon 989 que « tout fidèle parvenu à l’âge de discrétion est tenu par obligation de confesser fidèlement ses péchés graves au moins une fois l’an. »

L’importance de la fête de Pâques est telle que sa célébration se prolonge huit jours durant où chaque jour est Pâques. C’est comme si le seul jour de la résurrection avait une valeur de huit jours. Une manière de nous rappeler que la Résurrection se prolonge par-delà la fête pascale. Mieux, Pâques se déploie sur une durée de cinquante jours jusqu’à la Pentecôte. Cette cinquantaine pascale est vécue comme un grand dimanche de joie et d’exultation. Et chaque fidèle du Christ est invité à s’en imbiber pour le reste du temps, en laissant rejaillir sur lui, la lumière et la vie éclatantes du Christ. En réalité, la joie est l’un des traits de la foi chrétienne que souligne l’Evangile de Jean (Jn 15, 11). C’est pourquoi durant le temps pascal, le chrétien doit mener plus qu’auparavant, une vie de foi joyeuse, affichant partout, une ‘‘mine de ressuscité’’ que personne, ni les difficultés, ni les épreuves ni les obstacles ne peuvent altérer…

En définitive, célébrer Pâques, c’est célébrer des passages : Le passage de l’ange exterminateur juste avant la sortie d’Egypte du peuple de Dieu. Le passage de la Mer Rouge qu’un fort vent d’Est a asséchée de façon suffisante pour que les fuyards d’Egypte la traversent à pieds secs. Le passage de Jésus de la mort à la vie, la sortie du tombeau au matin de Pâques. Mais aussi et surtout le passage du péché (personnel, collectif ou originel) à la vie en Dieu. Sacrement de baptême, sacrement de réconciliation et eucharistie pascale nous donnent de vivre ce passage de la mort spirituelle à la vie éternelle. Mais entre nous, sied-il de parler de joie dans un contexte de crise aggravée comme celle que traverse notre pays, notre sous région, voire, le monde ? Et pourtant oui ! Car le cœur de la foi chrétienne se situe là précisément : croire l’incroyable, aimer le non-aimable, espérer contre toute espérance. Oui, la foi, l’espérance et l’amour sont possibles seulement si l’on croit à la résurrection. C’est dire que notre célébration de la Résurrection nous invite chaque année à aller au-delà de la surface des choses, des rites et même de nos alléluias de Pâques, pour chercher au plus fond de notre foi la raison de notre espérance et de notre amour, et, en dernière analyse, de notre joie pascale. Il s’agit alors de découvrir, comme le dit le pape François, dans son encyclique Gaudete et Exsultate, l’origine de cette joie : « Il y a des moments difficiles, des temps de croix mais rien ne peut détruire la joie surnaturelle qui (…) naît de la certitude d’être aimé au-delà de tout ».  Avec la certitude d’être aimé au-delà de tout, nous trouverons toujours le courage et la force de repartir, quoiqu’il arrive. Cette résilience a valeur de vœux pour ceux dont la joie pascale est oppressée d’une manière ou d’une autre, à commencer par les Burkinabé, en quête de paix…, plus que jamais.

Abbé Paul DAH

 

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