Les enjeux d’un rapprochement

Le conflit qui oppose le Maroc au Front Polisario ne tarit pas en termes de rebondissement. En effet, le bras de fer qui oppose depuis 1975 le royaume chérifien aux indépendantistes sahraouis du Front Polisario, soutenus par le pouvoir algérien, a connu un nouvel épisode. Par le jeu des alliances, le bateau battant pavillon espagnol est en train de virer vers les côtes marocaines au grand désarroi de son rival algérien. Le vent nouveau qui souffle en sa défaveur a conduit à une levée de bois vert du président algérien, Abdelmadjid Tebboune. Il a qualifié, samedi dernier, le revirement de l’Espagne en faveur de la position marocaine sur la question du Sahara occidental d’inacceptable « moralement et historiquement ».

Dans une interview accordée aux médias, Abdelmadjid Tebboune a dénoncé l’annonce le 18 mars 2022 par le gouvernement espagnol de son soutien à un plan d’autonomie sous souveraineté marocaine, proposé en 2007 par Rabat. Et pourtant, l’ancienne puissance colonisatrice de la zone avait une position traditionnelle de neutralité. D’où est donc venue l’idée de considérer la vision marocaine comme la base la plus réaliste pour résoudre définitivement ce différend ? Alger attend toujours une réponse. Pendant ce temps, le chef du gouvernement espagnol, Pedro Sanchez, est attendu ce jeudi au Maroc à l’occasion d’une visite officielle de deux jours censée marquer la fin d’une crise diplomatique majeure entre les deux pays et relancer les relations bilatérales. Les relations entre l’Espagne et le Maroc étant brouillées, depuis avril 2021, cette rencontre sera certainement une occasion pour les deux voisins de regarder dans la même direction. Au-delà de ce rapprochement, les Etats n’ayant pas d’amis mais des intérêts, il est évident que les attentes du Maroc iront au- delà de la question du Polisario. A la suite de l’accueil du chef des indépendantistes sahraouis, Brahim Ghali, atteint de la COVID-19 à Madrid pour des raisons humanitaires, le Maroc regardait en chien de faïence son voisin espagnol. En représailles, Rabat avait fait pression en jouant la carte migratoire en relâchant, pendant quelques jours, ses contrôles frontaliers et laissant ainsi passer par la plage ou par la mer, plus de 10 000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta, située au nord du Maroc.

Le rapprochement entre les deux pays pourrait donc s’expliquer par le souci de l’Espagne de protéger son espace de l’immigration irrégulière. Mais, à contrario, elle pourrait effriter ses intérêts en Algérie. L’Espagne est très dépendante de l’Algérie pour ses approvisionnements en gaz. Début avril, le groupe pétro-gazier public algérien Sonatrach avait évoqué une hausse des prix du gaz livré à l’Espagne, en raison de la flambée enregistrée sur les marchés, sous l’effet de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ainsi donc, Madrid se retrouve être prise en étau par les deux pays ennemis. En se penchant en faveur du plan d’autonomie marocain, le socialiste Pedro Sanchez place l’Espagne aux côtés de la France, de l’Allemagne et des Etats-Unis. Cependant, il est désormais critiqué au sein même de sa coalition, notamment par le parti de gauche radicale Podemos, favorable à l’auto-détermination des Sahraouis. C’est donc dire que la position de l’Espagne peut encore varier au gré des pouvoirs en place. Loin de se complaire dans cette position, le royaume chérifien a intérêt à battre le fer pendant qu’il est temps pour atteindre son objectif avant que le vent ne change encore une autre direction.

Abdoulaye BALBONE

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