Fermeture de la mine d’or de Taparko: « Notre commune va traverser un déficit budgétaire important», dixit Issaka Yaméogo, ancien maire de Yalgo  

L’ancien maire de Yalgo, Issaka Yaméogo : « La fermeture de la mine et le facteur sécuritaire plombent l’économie locale et créent une situation très difficile à gérer »

L’annonce de la fermeture de la Société des mines de Taparko (SOMITA) du Groupe russe Nordgold a créé une onde de choc dans la commune rurale de Yalgo, collectivité hôte de cette société minière. L’économie locale, le budget communal alimenté pratiquement à 100% par les recettes minières vont prendre un coup dur, voire fatal. Pour en savoir davantage, le journal de tous les Burkinabè, Sidwaya, s’est entretenu avec l’ancien maire de Yalgo, Issaka Yaméogo, par ailleurs président du réseau des communes minières du Burkina Faso. Chiffres à l’appui, il décrypte les perspectives sombres qui guettent sa commune, mais aussi les collectivités voisines, si la fermeture annoncée devenait une réalité.

 Sidwaya (S) : Le 9 avril dernier, l’opinion nationale apprenait la nouvelle annonçant la fermeture de la mine de Taparko. Dans la commune de Yalgo, hôte de cette société minière, comment avez-vous accueilli cette information ?

Issaka Yaméogo (I. Y) : Nous avons accueilli cette annonce avec beaucoup de tristesse. Cette information crée un souci majeur aussi bien pour la commune de Yalgo et ses populations que pour les communes environnantes impactées par cette exploitation minière. SOMITA fait partie des premières mines d’or du Burkina Faso, après celle de Poura. Officiellement ouverte en 2006, elle totalise près de 16 ans d’exploitation et est à cheval entre les communes de Yalgo, Tougouri, Nagbingou, Boala, Bouroum, Mané ; elle couvre deux provinces, le Namentenga et la Gnagna, de deux régions différentes à savoir le Centre-nord et l’Est. C’est une mine qui a contribué efficacement à l’économie locale, au développement des collectivités ci-dessus citées.

De 2016 à 2022, le budget de la commune de Yalgo a été alimenté par des recettes minières à plus 4,7 milliards F CFA.

S : Quelles seront les conséquences de cette fermeture sur la commune, d’abord sur le plan des recettes communales, ensuite sur l’économie locale ?

Y : J’ai été élu maire de la commune de Yalgo en 2016. De 2016 à 2022, la contribution de cette mine au budget, à travers le paiement des impôts et taxes comme la patente, la taxe sur les biens de mainmorte, la taxe superficiaire, le fonds minier s’élève à plus de 4,7 milliards F CFA. Les prévisions de recettes minières pour la commune en 2022 sont de 436, 9 millions F CFA pour la patente, 4,7 millions F CFA la taxe superficiaire et de 161,7 millions F CFA pour le fonds minier. Aujourd’hui, la mine contribue pratiquement à 100% du budget de la commune. Car, au regard de la situation sécuritaire, depuis 2017, nous n’avons plus collecté aucun impôt local, notamment la contribution du secteur informel. Avant la crise sécuritaire, outre la contribution de la mine, nos recettes venaient aussi des taxes que nous collectons sur la place du marché.

Avec cette fermeture annoncée, notre commune va traverser un déficit budgétaire très important. Nous craignons aujourd’hui que la commune ne parvienne pas à boucler son budget 2022 évalué à plus d’un milliard FCFA, étant donné que le budget communal repose essentiellement sur les taxes et impôts miniers.

Avec cette mine, nous avions pu faire de notre collectivité une commune exceptionnelle en termes d’investissements. Entre 2018 et 2020, nous avons lancé la construction d’un marché moderne de plus d’un milliard F CFA, exécuté à plus de 80% et qui est l’un des grands marchés de la région. La commune a également réalisé des infrastructures importantes dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’eau, de l’assainissement.

En toute sincérité, si la fermeture de cette devenait effective, il y aura un impact sur la vie des communes Tougri, Nagbingou, Koala, Mané et particulièrement Yalgo. Outre les recettes minières perçues directement, la mine contribuait au développement local des collectivités à travers la mise en œuvre de sa politique de responsabilité sociétale et environnementale (RSE). En termes de RSE, nous avons pu bénéficier de la mine, une ambulance pour Taparko en 2018, la construction de salles de classes pour la normalisation de certaines écoles, des salles d’hospitalisation, des maisons de jeunes.

Sans perdre de vue les royalties que l’Etat central perçoit et qui sert, entre autres, à alimenter le Fonds minier de développement local. Ce qui veut dire que Taparko ne sera plus une mine à comptabiliser dans la contribution au fonds minier ; et cela aura une incidence sur le taux de mobilisation des ressources de ce fonds !

S : Si cette fermeture venait à être effective, quels seraient les secteurs de l’économie locale qui seraient les plus affectés ?

L’ancien maire de Yalgo, Issaka Yaméogo : « L’Etat doit prendre toutes les dispositions pour éviter la fermeture des industries minières »

Y : Une fois de plus, l’impact sur l’économie locale serait majeur. Il y a des acteurs locaux qui sont en contrat avec la mine pour la restauration, la fourniture de biens et services. Par exemple, une association féminine locale est en contrat avec la mine pour la gestion des emplois journaliers. Le chômage va davantage frapper la jeunesse dont un effectif important travaille dans la mine. Nombre de travailleurs de la mine louait des maisons dans la localité. Que va devenir ces maisons construites en fonction de la demande liée à la présence de la société minière ? Sans oublier les achats, la consommation locale venant des employés de la mine !

La boucherie, la restauration, les produits locaux notamment maraichers, le commerce du détail sont les secteurs qui vont être les plus affectés, au regard de l’important effectif du personnel de la mine qui représente une bonne partie des consommateurs.

S : Quelles sont les mesures prises au niveau local pour atténuer le choc et gérer l’après-mine ?

Comme toute commune minière, notre ambition au niveau du conseil municipal était de préparer l’après-mine. Certes, sur le plan de l’autonomie financière de la commune, nous avons réalisé des investissements structurants notamment la construction d’un grand marché moderne, d’une radio, des boutiques de rue, une auberge, qui pourraient nous permettre de continuer d’avoir des ressources pour alimenter le budget communal.

Nous devrions préparer cet après-mine avec la population, tous les acteurs impactés directement ou indirectement par les retombées de cette mine. Mais malheureusement, nous n’avons rien pu préparer.  L’annonce de la fermeture de la mine de Taparko est un grand choc que nous supportons difficilement. La principale raison invoquée est l’insécurité, qui affecte aussi la commune.

La fermeture de la mine et le facteur sécuritaire plombent l’économie locale et créent une situation très difficile à gérer.

S : Avez-vous un appel à lancer aux responsables de la mine et aux autorités gouvernementales ?

Y : J’ai un cri de cœur. Je demande aux autorités actuelles de prendre toutes les mesures idoines pour que cette mine ne se ferme pas. Quoi qu’on dise, si sur le plan national, l’exploitation minière est vue par certains comme un échec, il faut reconnaitre qu’il y a aussi des grands succès. Si cette mine venait à se fermer, c’est l’espoir de tout un peuple, de toute une population, d’une zone qui va s’effondrer. Le développement, l’émergence des collectivités va s’assombrir. Nous soutenons nos autorités et leur demandons de prendre des mesures fortes pour éviter que n’arrivons pas à cette fermeture. Car, son impact, aussi bien au niveau local, régional que national, est très majeur.

Nous sommes dans une transition politique qui est une période difficile à traverser. Mais, avec la détermination et l’engagement des autorités actuelles, nous espérons que nous allons faire un pas en avant. En tant qu’acteur des communes minières, j’invite les nouvelles autorités de se pencher sur les mesures adéquates à prendre pour protéger les industries minières. Aujourd’hui la production a contribué et continue de contribuer au développement de ce pays.

En moins de quatre ans, le fonds minier de développement local a permis de mobiliser plus de 91 milliards F CFA au profit des communes du Burkina Faso. C’est extraordinaire, exceptionnel ! Depuis le début de la décentralisation, aucun partenaire, aucun programme n’a injecté autant de moyens financiers pour appuyer le développement local.

La plupart de nos mines sont situées dans des zones à fort défi sécuritaire. Il y a un gros travail à faire et l’Etat doit prendre toutes les dispositions pour éviter la fermeture des industries minières, qui contribuent à plus de 300 milliards F CFA au budget. Sans perdre de vue leur impact sur l’économie locale, sur l’emploi ; car il y a des milliers de nationaux qui travaillent dans ces compagnies minières.

Nous ne sommes pas en service, mais nous sommes prêts à soutenir l’Etat, le gouvernement pour éviter que nos mines ne se ferment pas afin de permettre aux collectivités de continuer à avoir de quoi financer leur développement.

Interview réalisée par

Mahmadi SEBOGO

Windmad76@gmail.com

 

 

Année Patente Taxes sur les biens de mainmorte Fonds minier Taxes superficiaires
2016 562 736 930
2017 55 665 875
2018 633 679 245 26 679 850
2019 284 269 679 61 785 718 33 828 000 5 228 519
2020 451 501 283 143 806 283 81 696 896 4 798 800
2021 501 273 309 146 813 799 64 645 204 4 798 800
2022 (prévisions) 436 992 000 161 788 265 4 798 800

Recettes minières (en FCFA) perçues ou versées à la commune de Yalgo

Source : Mairie/Yalgo

 

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