Claude Romba, SG du SYNATRA-CTB : « La mairie de Ouagadougou est au bord de l’asphyxie »

Depuis le 1er février 2022, les mairies ont été mises sous délégation spéciale. A cet effet, il a été demandé aux gouverneurs de région de procéder à la désignation des membres de cette instance. Jusque-là, la commune de Ouagadougou n’en dispose pas. Toute chose qui engendre des difficultés dans son fonctionnement selon le secrétaire général du Syndicat national des travailleurs des collectivités territoriales du Burkina/section Ouagadougou (SYNATRA-CTB/ Ouagadougou) Claude Romba.

Sidwaya (S) : La commune de Ouagadougou n’est jusque-là pas sous délégation spéciale. Comment se fait le travail ?

Claude Romba (C R) : La mairie de Ouagadougou est au bord de l’asphyxie actuellement, parce qu’évidemment n’ayant pas d’ordonnateur. C’est à dire qu’il y a certaines activités ou certaines dépenses qui sont en suspens. Ce qui fait que c’est difficile actuellement. C’est vrai que pour le moment, il y a l’expédition des affaires courantes, mais dans le fonctionnement, il y a des petits problèmes. Il y a certaines dépenses qui ne sont pas éligibles notamment les investissements. Ce qui fait que les activités de la mairie tournent véritablement au ralenti et même presque à l’arrêt.

S : Doit-on comprendre qu’il n’y a plus de travail à faire à la mairie de Ouagadougou ?

C.R. : Les travailleurs essaient de faire ce qu’ils peuvent, mais, je ne sais pas jusqu’à quand, les travailleurs pourront tenir dans ce climat. A titre d’exemple, on travaille dans des locaux assez insalubres. Les bureaux ne sont plus nettoyés. Les travailleurs sont obligés eux-mêmes de nettoyer. Soit, ils se cotisent pour permettre le nettoyage afin de pouvoir travailler dans un environnement propre. Il y a également un gros souci de papier. Les papiers rames sont devenus une denrée très rare au niveau de la commune de Ouagadougou. Pourtant, quand vous prenez un service comme l’Etat civil, il y a de nombreux services d’actes qui sont rendus aux citoyens. Le manque de papiers fait que le travail devient difficile. Les pré-imprimés sont finis, on ne sait plus comment les avoir. Souvent, on est obligé de dire au demandeur de service d’aller faire des photocopies à ses propres frais. Mêmes les photocopies des pré-imprimés commencent à finir. Donc d’ici peu, peut-être qu’on ne pourra plus rendre ce service. Quand vous prenez mon service, la radio municipale, il est difficile d’imprimer le journal pour aller le lire à l’antenne parce qu’il y a un manque de papiers. Une autre difficulté, les carburants ne sont plus servis normalement. Si rien n’est fait je pense que les services à leur corps défendant ne pourront plus satisfaire les citoyens.

S : Vous qui êtes le porte-parole du syndicat, est-ce que vous avez approché les autorités dans l’optique de décanter la situation ?

C.R. : Je ne pense pas que la responsabilité relève de ceux qui gèrent les affaires courantes. Parce que pour le moment, il n’y a pas de délégation spéciale. A partir du moment où les mairies ont été dissoutes, il y a certaines dépenses qui ne sont pas éligibles. Du coup, il faut attendre. A part les salaires qui sont servis normalement, pour le reste, il faut jongler. Les commissions n’arrivent plus à réunir. Est-ce parce qu’il n’y a pas de délégation spéciale ou que la mairie est dissoute que les travailleurs ne doivent pas avancer ? Est-ce que les commissions d’avancement, de reclassement et bien d’autres commissions qui permettent aussi à la mairie de fonctionner ne doivent plus exercer ? Si par exemple, une école vient à être décoiffée par le vent aujourd’hui à Ouagadougou comme c’était le cas à Gaoua, les communes ne peuvent pas réagir devant une telle situation d’urgence. Ce sont les populations qui vont en pâtir.

S : Selon vous qu’est-ce qui bloque au point qu’une délégation spéciale n’ait pas été mise en place jusqu’à présent ?

C.R. : Le décret qui devrait permettre la mise en place de la délégation spéciale devait être en relecture. Donc, si ce décret est relu, il doit permettre au ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation de mettre en place la délégation spéciale. Mais pour le moment, ce n’est pas encore fait. Vous savez que qui parle de délégation spéciale parle de situation exceptionnelle. La participation à la gestion de la chose publique doit être inclusive. De par le passé avec les délégations spéciales, on assistait à un accaparement de l’appareil communal par l’Etat et par les fonctionnaires de l’Etat. C’était une situation qui permettait de faire venir beaucoup d’agents de l’Etat au niveau des communes en termes de mise à disposition. Cela étoffait, en ce sens qu’aujourd’hui au niveau des collectivités, il y a des cadres qui sont formés et qui sont capables d’assurer ces services. A titre d’exemple, pas pour jeter des fleurs, mais, il faut reconnaitre que le conseil municipal sortant qui a été dissout a beaucoup fait en matière de promotion et de formation des cadres. Il y a des cadres comme des administrateurs civils, des administrateurs financiers, des inspecteurs de trésor et des impôts. Il y a aussi des ingénieurs en génie civil, des journalistes et des conseillers en communication pour dire qu’il y a un éventail de cadres qui ont été formés par exemple, à l’Ecole nationale de la magistrature (ENAM). Il faut savoir qu’aujourd’hui la commune de Ouagadougou a huit administrateurs civils sur neuf qui sont en activité. Mais, que ce soit au niveau de la mairie centrale ou au niveau des arrondissements, aucun des administrateurs civils n’est nommé comme secrétaire général. Pourtant, la loi portant code de la collectivité territoriale à l’article 289, il est clairement dit que les secrétaires généraux sont recrutés soit par la mairie, soit sont mis à disposition ou en position de détachement. Dans l’article 316 du même code concernant les communes à statut particulier, il est dit que les secrétaires généraux au niveau des communes à statut particulier sont choisis parmi les cadres A de l’administration générale. Au niveau de l’article 321, cela concerne les arrondissements. Donc, vous voyez que même ces articles permettent évidemment de nommer les cadres de la collectivité. Mais ce n’est pas le cas.

S : Pourquoi le syndicat n’avait pas dénoncé cet état de fait ?

C.R. : Il faut reconnaitre que le combat qui a été mené par le syndicat depuis un certain moment est en train d’être compris et qu’avec le conseil municipal sortant il y a des dispositions qui avaient été prises pour que si la compétence n’existe pas à l’interne, qu’on puisse faire appel à un agent de l’Etat. Il y a eu des moments où des instituteurs étaient nommés chef d’Etat civil, or la place d’un enseignant c’est à l’école. Aujourd’hui quand même il y a des administrateurs qui sont formés et sont capables d’être à ces postes. Ce que nous demandons, c’est qu’on puisse quand même les promouvoir. Aussi, au niveau de la direction générale de la fonction publique territoriale devant permettre la mise en place de cette fonction publique territoriale. Ce ne sont que des agents de l’Etat qui y sont. Comment voulez vous que ces personnes puissent penser aux collectivités sans que ces dernières ne soient présentées à ce niveau ? C’est vrai, on nous dit qu’il y a un seul agent des collectivités qui est là-bas, mais il est dans un poste qui ne permet pas de prendre des décisions ou parler au nom des collectivités. Cela fait que nous avons plein de préoccupations qui ne sont pas prises en compte. Je prends un exemple très simple. La grille indemnitaire qui est arrimée au niveau du budget a été plafonnée à 15 milliards F CFA. Nous demandons à ce qu’on la déplafonne parce qu’elle n’arrange pas les travailleurs. Aujourd’hui, nous sommes en recette propre au niveau de la commune de Ouagadougou avec un budget de 36 milliards F CFA, or le plafonnement des indemnités est à 15 milliards F CFA pratiquement le double et on est en train d’aller vers le triple. Plus vous travaillez, plus vous devez gagner, mais ici ce n’est pas le cas. Le budget en recette propre était situé entre 35 et 36 milliards F CFA pour cette année 2022 et en terme global, le budget tourne autour de 55 milliards de F CFA. Nous allons demander la relecture de ce décret qui doit permettre aux agents de pouvoir arrimer la grille indemnitaire des travailleurs des collectivités sur le budget de l’Etat.

S : Il se susurre que le SYNTRA-CTB organise une assemblée générale dans les jours à venir. De quoi sera-t-il question ?

C.R. : Oui tout à fait ! Nous allons convoquer les travailleurs à une assemblée générale extraordinaire, vu tout ce que nous traversons comme difficultés. Aujourd’hui on demande aux agents de contribuer pour nettoyer leur bureau, vous voyez que c’est assez difficile. Aujourd’hui on ne sait pas si on aura du carburant pour ce mois. Il y a déjà un mois de retard de carburant qui n’a pas été payé parce que ce n’est pas une dépense éligible. Comment voulez-vous qu’on fonctionne ? Je ne sais pas jusqu’à quand les travailleurs pourront tenir dans cette situation. Voilà pourquoi nous allons convoquer les travailleurs dans une ou deux semaines pour une assemblée générale extraordinaire pour voir la conduite à tenir. Ce sera à notre corps défendant, mais nous sommes obligés de faire respecter nos droits.

Interview réalisée par Paténéma Oumar OUEDRAOGO

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