Sensibilisation « mana mana »

Pour s’attaquer à l’insalubrité qui étouffe dangereusement les villes du Burkina, les autorités de la Transition ont décidé de rééditer l’opération « mana mana » qui avait connu un franc succès sous la Révolution. En lançant officiellement les activités de salubrité publique, le samedi 30 avril 2022, le Premier ministre, Albert Ouédraogo, a invité tous les Burkinabè à renouer avec les bonnes pratiques en gardant leur cadre de vie propre et agréable à vivre. Désormais, chaque dernier samedi du mois, chaque Burkinabè devra se munir de balai, de pelle ou de râteau et consacrer deux heures de son temps pour débarrasser son environnement des déchets.

Cette initiative est salutaire dans un contexte où l’incivisme a gangréné tous les compartiments de la société burkinabè. Ce laisser-aller a installé chez bon nombre de citoyens une culture de la paresse et de la complaisance au point que s’accommoder de l’insalubrité est devenu presqu’une banalité. Il faut emprunter les ruelles de certains quartiers de Ouagadougou pour se rendre compte à quel point elles sont encombrées de toutes sortes d’ordures. Quand ce ne sont pas des eaux sales qui sont déversées à longueur de journée dans les rues, ce sont des ordures ménagères qui y sont déposées avec effronterie. Des espaces verts ont été littéralement transformés en dépotoirs dans l’indifférence générale. Les caniveaux dédiés à l’évacuation ont été simplement détournés de leur vocation initiale pour devenir des poubelles. L’on ne parle même pas des sachets qui font désormais partie intégrante de notre environnement quotidien. Comme des symboles de fierté nationale, ils flottent allègrement à tout vent dans tous les recoins du Burkina. Tous habitués à la critique facile ou à jeter l’anathème sur les autres, nous en sommes venus à nous débiner de notre responsabilité à prendre soin de notre environnement. Il était temps que l’on prenne conscience de cette situation dégradante en remettant au goût du jour l’opération « mana-mana ».

Maintenant qu’elle a été lancée, il faut éviter à tout prix qu’elle ne tombe sous le coup d’une simple campagne médiatique. C’est pourquoi il serait important de faire de la sensibilisation une alliée indispensable dans la réussite de cette œuvre de salubrité publique. Oui, il faut éduquer les gens à prendre conscience de leur devoir à assainir leur cadre de vie. Il faut les sensibiliser au respect du bien public d’autant plus qu’ils sont nombreux à croire que la voie publique n’est la propriété de personne et que, par conséquent, l’on pourrait lui affecter tous les usages qu’on souhaite. Si les premières autorités tiennent à ce que tous les Burkinabè s’approprient cette initiative, c’est véritablement sur le terrain de la sensibilisation qu’il faudra mettre l’accent. Tout le monde a impérativement sa partition à jouer dans cet élan à donner un visage propre et reluisant à notre pays. Les partis politiques tout comme les organisations de la société civile devront participer à éduquer les populations sur la nécessité d’avoir un environnement sain et propice à une vie meilleure. D’ailleurs, les OSC qui affirment leur soutien aux nouvelles autorités à travers des conférences de presse devraient saisir l’opération « mana mana » pour souligner concrètement leur adhésion. La citoyenneté ne saurait se résumer à réclamer des droits, elle implique aussi pour chaque citoyen de remplir ses devoirs. Prendre soin de son environnement immédiat pourrait être le début d’une prise de conscience quant au respect du bien commun. Convaincre les Burkinabè à conjuguer leurs efforts pour débarrasser leur cadre de vie des ordures pourrait dans une certaine mesure contribuer à raffermir davantage notre appartenance à une même communauté de destin.

Karim BADOLO

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