Energie solaire et production-transformation des produits locaux : 20 coopératives du Zondoma, du Bam et du Sanmatenga améliorent leurs conditions de travail

Lancé en mars 2018, le projet « Femmes et énergies durables », est financé par l’Union européenne à hauteur de 918 339 800 FCFA. Il a permis à 20 Sociétés coopératives simplifiées (SCOOPS) de femmes des provinces du Sanmatenga, du Bam et du Zondoma d’augmenter leurs chiffres d’affaires par l’amélioration de leurs capacités de production et de transformation. Quels bilan et perspectives à quelques semaines de la clôture de cette expérience de soutien aux femmes pour la production et la transformation des produits locaux ? Grand reportage !

La coopérative «Wend La Neeré» de Gourcy fait partie des 7 Sociétés coopératives simplifiées (SCOOPS) de la province du Zondoma bénéficiaires du projet « Femmes et Energies Durables ». C’est en 2019 que l’aventure a commencé pour « Wend La Neeré ». Spécialisée dans la production maraichère, l’association a reçu un prêt de 7 000 000 FCFA pour booster son activité. Selon sa présidente, Haoua Mandé, l’association produisait du piment et de l’oignon sur un espace d’un demi-hectare.

« Mais avec la mise en œuvre du projet, cela a permis d’agrandir   leur espace à 1,5 ha et le clôturer avec du grillage. En plus du piment et de l’oignon, nous produisons du maïs, de la tomate, du manioc », précise la présidente. Le jardin est désormais équipé d’un système de forage et de pompes solaires photovoltaïques. A entendre Mme Mandé, grâce à ce système, le travail est devenu plus facile et moins fastidieux. «Aujourd’hui, nous menons notre activité toute l’année car il y a de l’eau en permanence. Avec le système des arrosoirs munis de tuyaux, le temps de travail a été réduit et nous pouvons vaquer à d’autres occupations», explique-t-elle. En plus de cela, la coopérative a reçu un magasin de stockage et de conservation d’oignon de 20 tonnes et un siège.  «Nous sommes à notre première campagne de production, mais déjà, nous sentons une nette amélioration de la production. Nous avons déjà récolté du piment. Nous estimons la production au triple de la production précédente. Auparavant, nous produisons environ 15 sacs de 100kg mais pour la présente, nous avons plus de 40 sacs. Il en sera de même pour l’oignon dont une partie a déjà été récoltée et stockée dans le silo», affirme Haoua Mandé.

Coopérative « Nong-taaba » à Kougouri-Sian

Comme la SCOOPS « Wend La Neeré », la coopérative «Nong-taaba» du village de Kougouri-Sian dans le Sanmatenga (17km de Kaya), a elle aussi bénéficié de deux magasins de stockage de 20 tonnes chacun, un grand hangar de tri équipé de l’énergie solaire (renouvelable).

«Nous utilisons ce hangar pour nos rencontres quotidiennes», confie le gestionnaire de la coopérative, Daouda Sawadogo. Le projet a également clôturé des plaines d’environ 2ha, sans oublier le soutien financier de près de 8 000 000 FCFA. « Cette somme nous a permis d’acheter des semences améliorées qui résistent à la pluie que nous avons semées » ajoute-t-il. En plus, des bassins de stockage de l’eau pour l’arrosage des produits ont également été réalisés. «Avant, si on utilisait 4 ha pour le maraichage avec l’eau du barrage et si l’eau tarissait précocement, on se retrouvait avec 500 000F CFA pour un investissement de plus d’un million. C’était une perte pour nous. Mais avec la disponibilité de l’eau grâce au forage équipé de système solaire, nous attendons un revenu oscillant entre 8 à 9 000 000 de francs CFA, voire plus pour cette année. C’est dire que la mise en œuvre du projet a amélioré nos conditions de travail et partant celles de nos vies », soutient-t-il.

Le cas de la SCOOPS « Pagb neeré » de Gourcy

Située à Gourcy et spécialisée dans le stockage et la conservation des oignons, l’Association « Pagb neeré » est aussi bénéficiaire du soutien du projet «Femmes et Energies Durables». L’association achète les oignons en période de saison hivernale à vil prix et les revend en période de pénurie. « Grâce au projet, nous avons reçu un prêt de 6 000 000 F CFCA pour mener nos activités », souligne la présidente de l’association, Adjara Mandé. A cela s’ajoutent la construction d’un magasin de stockage et de conservation d’une capacité de 20 tonnes, l’achat d’un tricycle pour le transport de la marchandise et la clôture du silo. «Je trouve que la mise en œuvre dudit projet a été d‘un grand apport car d’ici là, nous allons commencer à acheter les oignons. Je suis convaincue que nous allons engranger des bénéfices pour cette saison. Car, l’année dernière, faute de silo, nous avons fait une perte de plus de 800 000 F CFA. L’eau de pluie a détruit nos oignons. Nous les avons achetés à 1 350 000 F CFA  et revendu à environ 500 000FCFA», atteste la présidente de la coopérative, Adjara Mandé.

Coopérative « Sougri-nooma » de Kaya

Selon Zalissa Diandé, présidente de la coopérative « Sougri-nooma », sise au secteur 6 de Kaya et qui œuvre dans la transformation des produits forestiers non ligneux(PFNL) en huile et savon, les plaques solaires nouvellement acquises grâce au projet «Femme et Energie Durable» leur permettront désormais de travailler de nuit comme de jour. «Les séchoirs nous permettront aussi de sécher nos produits en toute sécurité et propreté. Tout ce matériel contribue à élargir notre champ de travail. La clôture du siège nous met en sécurité surtout quand nous travaillons la nuit. En termes de finance, nos bénéfices n’excédaient pas 50 000 F CFA le mois. Aujourd’hui, avec les équipements du projet, nos bénéficies mensuels sont à environ 150 000F CFA. Avec la dotation en matériel roulant, nous dépensons moins pour le transport de nos produits. La différence est nette», confie la présidente. Même son de trompette chez la présidente de la coopérative « Relwende- Nong-taaba » de Gourcy, Awa Sawadogo. Sa structure excelle dans la transformation de l’arachide en pâte. Elle a bénéficié de séchoir solaire, de mini-centrale solaire, de thermo-soudeuse électrique, de Latrine-douche et d’une unité de transformation. « Nous transformons auparavant un sac de 100kg et demi.

Nous n’arrivions même pas à satisfaire notre clientèle. Mais aujourd’hui avec l’équipement qu’on a, nous transformons au moins 3 sacs d’arachides. Aussi notre produit est de qualité. Car, nous avons notre propre machine pour écraser l’arachide. Plus besoin pour nous d’aller moudre dans les machines de farine », indique-t-elle. En termes de bénéfice, la coopérative engrange chaque trimestre 400 000 FCFA au lieu de 300 000FCFA par an auparavant. Ce qui leur permet de rembourser leur prêt chaque trois mois à la banque. « Nous versons 300 000FCFA pour le remboursement », note-t-elle. Et le coordonnateur du projet et le directeur du CEAS BURKINA, par ailleurs président de la Coalition nationale de la société civile pour la promotion des énergies renouvelables et l’accès à l’énergie durable au Burkina Faso (CNPDER-BF), Charles Didace Konseibo de constater pour sa part, une nette amélioration des conditions de travail de ces femmes.

20 SCOOPS dans trois provinces

A l’image de ces coopératives que nous venons d’évoquer, les expériences aussi intéressantes les unes que les autres, ce sont au total 20 coopératives (12 du Sanmatenga, 1 du Bam et 7 du Zondoma) qui ont bénéficié de la mise en œuvre du projet «Femmes et Energies Durables». Elles évoluent toutes dans la production et la transformation agricoles, et la promotion des produits forestiers non ligneux et maraichers. A écouter le coordonnateur, l’objectif du projet était d’alléger la tâche des femmes dans leurs activités quotidiennes en mettant à leur disposition des équipements utilisant les énergies renouvelables en lieu et place de leurs activités traditionnelles. En plus, il note que des équipements pour le séchage ( le soumbala, le riz étuvé, la farine, les graines de nem et de balanites), des thermo-soudeuses, des frigos et des congélateurs solaires pour la conservation des jus locaux, des systèmes de forage équipés des pompes solaires photovoltaïques pour le maraichage, des locaux (unités de transformation, abris pour moulin, silos, latrines) avec des éclairages solaires ainsi que des magasins de stockage ont été remis aux bénéficiaires. Pour la pérennisation des acquis de tous les équipements reçus par les bénéficiaires, chacune d’elle a été formée à leur maintenance. Et ce n’est pas tout.

« A cette formation, on a associé des artisans locaux des différentes localités (des soudeurs, des électriciens, des menuisiers) pour leur permettre de connaître ces équipements et assurer la maintenance en cas de panne. Aussi, ceux-ci ont-ils été mis en réseau et travaillent avec le CEAS BURKINA s’il y a de grosses pannes. En un mot, tout a été mis en œuvre pour que techniquement et financièrement, toutes les coopératives puissent aller de l’avant dans leurs activités.  Si l’évaluation finale montre que ces projets ont eu l’impact souhaité, on peut bénéficier de duplication dans d’autres localités ou d’autres pays», conclut Charles Konseibo. Enfin, selon le président de la Coalition (CNPDER-BF), le présent projet a mis en place un fonds à CORIS BANK International. Ce qui a permis aux bénéficiaires de prendre des crédits pour mener leurs activités.

Le respect des échéances, un problème

Le coordonnateur du projet, Charles Didace Konseibo, souhaite avoir d’autres projets similaires dans d’autres localités.

Le seul bémol est l’échéance accordée pour le remboursement des crédits. Haoua Mandé estime que son association a commencé ses activités en retard. « Nous venons de récolter le piment et une partie de l’oignon produit. La vente de tout cela ne suffit pas pour le remboursement. C’est pourquoi nous avons sollicité la révision de notre échéance », déclare-t-elle. Même son de cloche chez la présidente de la coopérative « Pagb neeré ». « Nos activités n’ont pas encore commencé mais déjà l’échéance pour le paiement est en cours. En sus, nous avons acheté le tricycle et fait la clôture du silo avec une partie de l’argent. Il ne nous reste plus grand-chose pour l’achat des oignons », s’inquiète Adjara Mandé. Quant à la SCOOPS «Relwende- Nong-taaba » de Awa Sawadogo à Gourcy , elle dit ne pas pouvoir honorer son remboursement pour le mois d’avril car sa recette ne vaut pas les 300 000FCFA. « A cause de l’insécurité, nous avons eu du mal à écouler notre marchandise. Certaines de nos clientes situées dans des localités comme Boussou ou Titao dans le Nord n’arrivent plus à acheter la marchandise. On n’a pu faire nos recettes de 400 000FCFA par trimestre», renchérit-elle, l’air désemparé.

L’insécurité, l’autre préoccupation majeure au Sanmatenga

Si dans le Zondoma, c’est le problème d’échéance de paiement des crédits qui inquiète les bénéficiaires, dans le Sanmatenga, en plus de cela, c’est surtout la présence des hommes armés non identifiés(HANI) qui sèment la « terreur ». Dans le village de Kougouri-Sian à 17 km de Kaya, les maraichers travaillent la peur au ventre. « Nous travaillons aux abords du barrage et la zone est menacée par ces personnes. Ce qui fait qu’on a des difficultés d’écoulement des produits et si cela continue nous risquons d’abandonner la zone  avec toutes les installations», confirme le gestionnaire de la coopérative «Nong-taaba» de Kougouri-Sian, Daouda Sawadogo.

Cela pourrait poser un problème de pérennisation des acquis du projet. En rappel, le projet initialement devrait intervenir dans trois communes de la province du Soum à savoir Arbinda, Baraboulé et Djibo pour une durée de 42 mois (février 2018 à août 2021). Mais, à cause de l’insécurité, il a été relocalisé dans les trois provinces que sont le Sanmatenga, le Bam et le Zondoma. Il a été mis en œuvre dans 4 pays que sont le Burkina Faso, l’Ethiopie, le Malawi et le Honduras. Au Burkina, c’est l’ONG Christian AID, qui est le partenaire international avec ses partenaires-terrains que sont le CEAS BURKINA et le Réseau MARP.

Fleur BIRBA

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