Le report de trop

Le dialogue inclusif tchadien annoncé, en grande pompe, par les autorités militaires au pouvoir, depuis son lancement l’année dernière, piétine. C’est du moins ce qu’on peut se dire après un troisième report sine die de ces pourparlers dont le pré-dialogue se déroule à Doha, au Qatar. Initialement prévu pour se tenir ce 10 mai 2022, à N’djamena, les travaux de cette rencontre tant attendus ont, en effet, encore été ajournées. Cette fois-ci, cela a été à la demande des autorités Qatari qui parrainent ces négociations entre le pouvoir militaire et les mouvements socio-politiques.

L’information a été donnée, la semaine dernière, par le chef de la diplomatie tchadienne, Mahamat Zen Cherif. Sans être une surprise, certains acteurs ayant exigé son report, la démarche est tout de même diversement appréciée, au sein de la classe politique, en raison de la sensibilité du dossier. Ce dialogue inclusif tchadien a été l’une des ambitions de Mahamat Idriss Déby, lancé quelques semaines après sa prise du pouvoir en avril 2021 par le Conseil national de Transition.

Son objectif, faut-il le rappeler, est de permettre aux groupes rebelles, à la junte et à l’ensemble de la classe politique de panser les plaies, aplanir les divergences de toutes sortes et de jeter de nouvelles bases politiques. Cela, à l’effet de garantir une paix durable dans le pays, naguère en proie à des conflits meurtriers. Si l’opposition politique et une partie de la société civile saluent la décision du report, des interrogations, non moins pertinentes, subsistent quant aux véritables mobiles qui ont prévalu à ce report.

Est-ce à dire que les conditions nécessaires d’un véritable dialogue et sincères ne sont- elles pas encore réunies au point de ne pas pouvoir le tenir ? Qu’est ce qui pourrait plomber l’avancée des discussions qui, du reste, n’ont que trop duré ? Ces interrogations, de nombreux analystes de la situation sociopolitique tchadienne se les posent. Autant comprendre qu’après cette énième atermoiement, bon nombre de tchadien soupçonnent, à tort ou à raison, les autorités militaires de manœuvres dilatoires dans l’unique objectif de prolonger la Transition et s’éterniser au pouvoir.

Partant de cela, il n’est donc pas exagéré d’affirmer que ce report est de trop pour ce pays d’Afrique central, en quête de stabilité et d’un retour à un ordre constitutionnel normal. Pourtant, en accord avec l’Union africaine et les partenaires du pays, les dirigeants avaient conclu un délai de 18 mois pour la période transitoire. Mais, ce qui est connu, c’est que les dirigeants Tchadiens n’ont pas donné de nouveau calendrier des prochaines rencontres, laissant planer le doute à plusieurs niveaux.

Qu’à cela ne tienne, cette prorogation pourrait aussi avoir l’avantage de permettre aux parties prenantes, de l’intérieur comme de l’extérieur, de bien peaufiner « les choses » à l’effet de parvenir à une véritable refondation. Le souhait de tous étant d’obtenir une refondation qui fasse l’unanimité et qui ne souffrira d’aucune contestation de la part des acteurs et de la population du pays. Et, le président Tchadien et toute la classe politique devront s’atteler à cela. Car, c’est à l’aune de ce défis que le Conseil militaire de Transition sera jugé et si ses premiers responsables veulent inscrire leurs noms au tribunal de l’histoire.

Soumaïla BONKOUNGOU

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