Nigéria : le bal des prétendants

La prochaine élection présidentielle nigériane, prévue en 2023, déchaine des passions. Les prétendants au trône se positionnent, de part et d’autre. L’opposition a déjà trouvé son candidat, en la personne de l’ancien vice-président, Atiku Abubakar. Ce septuagénaire, issu du Parti démocratique populaire (PDP) et originaire du Nord, va se jeter dans la course à la présidentielle, pour la sixième fois, avec l’espoir de vaincre le signe indien. Dans le camp présidentiel, on ne sait à quel saint se vouer pour le moment.

Les ambitions pour la magistrature suprême divisent les potentiels héritiers du général Muhammadu Buhari, qui, au pouvoir depuis 2015, a décidé de ne plus se représenter après son second mandat. A telle enseigne qu’un dauphin du chef de l’Etat n’a pas pu être dégagé au sein du parti au pouvoir, le Congrès des progressistes (APC). Quatre prétendants apparaissent au grand jour. Ce sont notamment l’actuel vice-président, Yemi Osinbajo, le gouverneur de l’Etat de Kogi, Yahaya Bello, l’ancien gouverneur de l’Etat de Lagos, Bola Tinubu et l’actuel ministre des Transports, Rotimi Amaechi.

Tous veulent prendre les commandes du pays mais, il faut bien une seule figure pour défendre les couleurs de l’APC. Conséquence, une élection primaire doit se tenir du 6 au 8 juin prochain, pour désigner l’heureux élu. C’est au candidat, qui aura la confiance des membres de l’APC, de s’imposer pour de bon. Autant dire que ce rendez-vous électoral interne s’annonce palpitant. Pour certains observateurs, Yemi Osinbajo, qui a maintenu le flou un moment sur ses ambitions présidentielles, pourrait se hisser au-dessus des trois autres candidats, vu sa position actuelle de vice-président.

L’intéressé lui-même ne s’est-il pas vanté d’avoir acquis une certaine expérience aux côtés du président Buhari, ce qui fait de lui le candidat idéal ? Yemi Osinbajo prétend vouloir s’inscrire dans la continuité de la gouvernance du chef de l’Etat et il en a fait son argument principal. Ses challengers, qui ne sont pas non plus des novices en politique, se targuent aussi d’être les meilleurs et il faut leur concéder le droit de vendre leurs images et idées.

Au-delà des candidatures à l’interne et peu importe qu’il soit de l’opposition ou de la majorité, le futur président du Nigéria va être confronté à plusieurs défis. Encore faut-il que le premier pays producteur de pétrole d’Afrique rompt avec sa tradition d’élections entachées de fraudes et de violences, pour permettre au prochain président d’asseoir son pouvoir dans un environnement serein.

La lutte contre l’insécurité généralisée apparait en haut du tableau des défis à relever. Depuis plus de 10 ans, le mouvement insurrectionnel et terroriste, Boko Haram, sème la terreur dans le pays et dans des Etats voisins, tels le Cameroun, le Niger et le Tchad. Prônant un islam rigoriste, ce groupe est à l’origine de nombreux massacres et attentats et des enlèvements à la pelle, avec un nombre réel de victimes difficile à cerner, en dehors des chiffres parfois avancés. Des bandes criminelles endeuillent également des familles à longueur de journée, dans le Nord-Ouest du Nigéria.

L’armée nigériane a beau bander les muscles, elle a toujours du mal à enrayer la menace jihadiste et à tenir en respect les grands délinquants. La relance de l’économie nigériane, affaiblie par la crise sanitaire de la COVID-19 et les fluctuations des prix du pétrole, devra aussi mobiliser les énergies du futur locataire du palais présidentiel. Le contexte est encore plus difficile pour les Nigérians, avec la guerre en Ukraine qui a des répercussions négatives sur les prix des carburants et des denrées alimentaires à l’échelle planétaire.

Ils tirent le diable par la queue, s’ils ne l’ont pas arrachée à cause de la vie chère. Le week-end écoulé, 31 personnes nécessiteuses ont perdu la vie dans une bousculade, consécutive à une distribution de vivres par une église, dans le sud du pays. La recherche de la cohésion sociale au Nigéria, qui compte 250 ethnies, demeure aussi un souci, à cause des divisions entre le Nord musulman et le Sud chrétien.

Malgré le système tacite de rotation du pouvoir entre les candidats du Nord et du Sud, les Nigérians ne regardent pas vraiment dans la même direction. Les clivages sont difficiles à contenir. Tout ceci, pour dire que le futur président ne doit pas être un jouisseur du pouvoir, mais un homme d’Etat, tant le pays a besoin de se refaire une santé sur tous les plans.

Kader Patrick KARANTAO

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