Vider le contentieux du 3e mandat

Depuis l’entretien que le président sénégalais Macky Sall a accordé à Jeune Afrique le 30 mai dernier, le débat sur les troisièmes mandats fait le chou gras des quotidiens dakarois et des réseaux sociaux. Le seul titre « Mon travail de Président est loin d’être achevé », annoncé avant la publication de l’interview avait déjà annoncé les couleurs. Le moment choisi pour remettre au goût du jour, cette épineuse question n’est pas fortuite. Elle intervient à deux ans de l’élection présidentielle. 2022 est en réalité l’année charnière pour les prétendants à la magistrature suprême comme le dit l’adage « qui veut voyager loin ménage sa monture ». Au début de son deuxième mandat en janvier 2020, Macky Sall avait fait dans la langue de bois en tentant d’esquiver la question. Pour lui, le moment n’était pas opportun d’aborder cette question. Cependant, depuis un certain temps, le président commence à être bavard sur le sujet.

En effet, il y a deux semaines de cela, devant des jeunes de la fondation French African, M. Sall, dans une posture d’un professeur d’université, avait fait une communication sur les mandats présidentiels en Afrique. En substance, le conférencier a, à demi-mot, pointé du doigt les mandats de 5 ans jugés très brefs au point de faire un bilan conséquent. Pour lui, la mise en œuvre de certains projets importants piétinent à cause des procédures des années 60 encore applicables à nos jours et qui conditionnent les décaissements.

A travers cette sortie publique et l’entretien accordé à Jeune Afrique, le président sénégalais est peut-être en train de dévoiler ses intentions de briguer un troisième mandat. Sur le terrain, son parti se prépare pour les élections législatives prévues pour le 31 juillet 2022. Le président « himself » a mouillé le maillot ,contrairement aux élections locales de janvier dernier qui ont vu l’opposition glaner quelques victoires hautement symboliques, notamment à Dakar. Certains observateurs pensent que le chef de l’Etat veut, à travers ce scrutin, tester sa force de frappe avant la présidentielle de 2024 et surtout s’octroyer une large majorité à l’Assemblée nationale pour parer à toute éventualité. Pendant ce temps, la coalition d’opposition Yewwi Askan Wi qui a vu certaines de ses candidatures recalées dénonce une « provocation inacceptable ». Ainsi, les candidats comme Ousmane Sonko en tête de liste, Cheikh Tidiane Youm du parti PUR et des personnalités comme Malick Gakou ou Déthié Fall ne peuvent pas participer à l’élection, et devront être remplacés par les suppléants. Ils annoncent une manifestation vendredi prochain à Dakar. Ce bras de fer n’augure guère de lendemains meilleurs au pays de la Teranga. Il pourrait être le signe annonciateur d’une guerre de tranchées entre les pro et anti troisième mandat. Les Sénégalais gagneraient à vider rapidement ce contentieux de troisième mandat avant qu’il ne soit trop tard.

Abdoulaye BALBONE

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