Burkinabè, s’unir ou subir !

Si les Burkinabè attendaient de la structure sous régionale, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), de se prononcer sur la durée de la Transition, ils auraient été surpris par le choix d’un médiateur dans la situation socio-politique de leur pays : l’ancien président du Niger, Mahamadou Issoufou, décrit comme un fin connaisseur de la sphère politique du Burkina avec plusieurs amis dans toutes les strates du pays. Ironie du sort, le Burkina Faso, pendant longtemps, a été le médiateur, ou le facilitateur dans tous les conflits de la zone ouest-africaine. Lorsque les instances régionales ou internationales se décident à faire appel à une compétence extérieure en vue de maintenir le dialogue, ou d’éviter les débordements dans un pays, cela sonne incontestablement, l’échec de l’intelligentsia à la fois politique que sociale, voire plus.

Et cela signifie tout simplement que les filles et fils du pays n’ont pas pu trouver ce minimum consensuel, cette ligne Maginot à ne pas dépasser pour éviter que le pire ne survienne. Dans le cas du Burkina, en plus d’avoir joué un rôle de pompier dans nombre de crises, le pays a, depuis des lustres, proposé des schémas pour œuvrer à la réconciliation nationale. Le président Blaise Compaoré avec la Journée nationale de Pardon, pensait avoir trouvé le bon bout pour remettre les Burkinabè ensemble. Le président Roch Marc Christian Kaboré avait fait de la réconciliation nationale un point d’honneur et avait créé un ministère plein, conduit par le chef de file de l’opposition devenu allié du pouvoir, Zéphirin Diabré. Les nouvelles autorités en place depuis le 24 janvier 2022 sont demeurées dans la même quête d’une réconciliation nationale perçue par tous comme le passage obligatoire pour faire face à l’hydre terroriste.

La CEDEAO a-t-elle compris que les Burkinabè entre eux, jamais n’arriveront à un minimum d’entente face à une question de survie qu’est le terrorisme ? Pourquoi le choix sur Mahamadou Issoufou ? Certains confessent que le président Issoufou ne peut pas être l’homme de la situation dans la situation actuelle du Burkina. Ils en veulent pour preuve le supposé lien « affectif » entre lui et l’ancien président Roch Marc Christian Kaboré, ainsi que feu Salif Diallo, homme lige du parti le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP). Ils lui trouvent des liens si forts qu’ils douteraient déjà de l’impartialité de Issoufou, que d’autres voient comme celui qui a contribué à faire chuter le régime du président Blaise Compaoré en octobre 2014.

Le Burkina Faso a-t-il besoin d’un médiateur pour sortir de la crise sécuritaire ambiante ? Ou alors, est-ce parce que l’armée nationale a pris ses responsabilités le 24 janvier pour mettre fin au processus démocratique en cours au Burkina ? Ce qui parait sûr, quelle que soit la personnalité sur qui portera le choix des instances régionales, il y aura toujours des grincements de dents sur sa supposée neutralité. Ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est que la CEDEAO ou les instances plus fortes comme l’Organisation des Nations unies (ONU) ne se donnent des prétextes pour fournir à notre pays une mission militaire pour sa sécurisation quel que soit le sigle. Ce sera alors une défaite de la classe dirigeante de notre pays. Si nous campons dans notre incapacité de fédérer, pour le moment, afin de faire face au terrorisme, arc-bouté chacun dans un schéma égoïste de donneur de leçons qui attend la chute du régime, alors, nous n’aurons pas le choix. Ce qu’il faut retenir, c’est que dans toutes les crises au monde, avec une force d’interposition, on connait avec exactitude la date d’arrivée des contingents, mais difficilement, on pourra fixer leur date de départ. Alors, Burkinabè de toute obédience, unissons-nous.

Jean Philippe TOUGOUMA

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