Centrafrique : un projet périlleux

Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, avait confié de vive voix, il y a plus d’un an, qu’il n’allait pas solliciter un troisième mandat. Mais par ces temps qui courent, on se demande, si ce professeur d’université, dont le second bail se termine en 2025, va tenir parole. Les agissements de son entourage permettent de deviner aisément, que le chef de l’Etat centrafricain veut s’accrocher à son fauteuil, comme l’ont fait certains de ses pairs africains. Ses partisans, avec principalement à la manœuvre le député Brice Kévin Kakpayen, ont présenté un projet de modification portant sur plusieurs articles de la Constitution. Cette révision de la loi fondamentale centrafricaine vise essentiellement à sauter le verrou de la limitation du mandat présidentiel à deux et le camp présidentiel ne s’en cache pas. « C’est en république centrafricaine, que nous avons mis un verrou pour dire que le chef de l’Etat peut être élu pour cinq ans et que ce mandat peut être renouvelable une seule fois.

Quand vous parcourez les autres pays de la sous-région, vous voyez que cette limitation de mandat n’existe pas », a récemment déclaré le député Kakpayen. Alors que la question des troisièmes mandats, pas toujours bien perçus, fait rage en Afrique, Touadéra et ses lieutenants ont décidé d’être la risée des défenseurs de la démocratie et de la bonne gouvernance. A la vérité, le pouvoir centrafricain n’avait pas pu mettre en discussion la question de limitation des mandats présidentiels lors du dialogue politique, tenu en mars dernier. Les principaux opposants, à l’image de l’ancien Premier ministre, Martin Ziguélé, avec lesquels ce point devait être discuté, avaient boudé la rencontre. La question de la révision de la Constitution n’ayant pas pu être mis en débat contradictoire, la majorité présidentielle revient autrement à la charge, en passant par l’un de ses députés, pour l’introduire à l’Assemblée nationale. Encore faut-il que ce projet jugé crisogène passe comme une lettre à la poste, tant il suscite de vives critiques dans les rangs de l’opposition et de la société civile. Des voix s’élèvent pour fustiger cette réforme constitutionnelle, qui permettra à Touadéra, de s’offrir un troisième mandat et pourquoi pas s’éterniser au palais présidentiel. Le Groupe d’action des organisations de la société civile pour la défense de la constitution, du 30 mars 2016, ou G-16, a déjà engagé le combat pour faire échec au projet du camp Touadéra. Pour bon nombre de Centrafricains, leur président a fort à faire pour remettre le pays en selle, que de penser à préserver son fauteuil, vu l’énormité des défis à relever.

L’insécurité (la résurgence des groupes armés est une réalité), la corruption, le détournement de deniers publics, le tribalisme et d’autres maux minent la Centrafrique qui a comme perdu la face. Le président Touadéra n’a-t-il pas lui-même dit, que son pays est devenu « le terreau des prédateurs et mercenaires recrutés, utilisés, financés par des conspirateurs et assoiffés de pouvoirs, déterminés à s’opposer à l’exercice du droit inaliénable du peuple à l’autodétermination ». La preuve, qu’il doit œuvrer à unir les Centrafricains, divisés et désemparés à cause de la situation sécuritaire difficile, que d’en rajouter une couche aux problèmes évoqués. Il ne faudrait pas créer une crise qui va alimenter davantage l’insécurité. Touadéra, qui avait enfilé la tenue du démocrate, du moins à travers son discours, doit tout faire pour ne pas se déshabiller. Il doit garder cet esprit, pour le bien de son pays et de ses compatriotes. Si deux mandats ne lui suffisent pas pour influer positivement sur la marche de son pays, ce n’est pas un autre mandat qui lui donnera satisfaction. Il ne faut pas se mentir. Vouloir faire passer ses intérêts personnels avant celui du peuple conduit inévitablement à des problèmes. Touadéra, homme politique avisé, le sait mieux que quiconque.

Kader Patrick KARANTAO

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