Centenaire de la naissance de Joseph Ki-Zerbo: Se réarmer de la pensée de l’homme

Le 21 juin 2022 marque le 100e anniversaire du Pr Joseph Ki-Zerbo, décédé le 4 décembre 2006. A l’occasion de ce Centenaire de la sa naissance, le Comité international Joseph Ki-Zerbo pour l’Afrique et sa diaspora, « N’an laara an sara » (CIJKAD –NLAS), à travers la présente déclaration, appelle à revisiter la pensée et l’œuvre de ce grand historien panafricaniste, à « célébrer sa vie, et donc la lutte pour la Vie ».

Joseph Ki-Zerbo aurait eu 100 ans ce 21 juin 2022.Nous remercions l’Université fédérale de Rio de Janeiro et  l’Université Abomey Calavi de lui avoir consacré un colloque.

A l’occasion du Centenaire de Joseph Ki-Zerbo, nous tenons à saluer les Historiens qui ont contribué à l’Histoire général de l’Afrique et les intellectuels panafricanistes décédés au cours de ces dernières années.

Nous saluons particulièrement la mémoire de Djibril Tamsir Niane, Olabiyi Yaï, André Salifou décédés récemment.

Nous saluons également le retour des reliques de Lumumba en République démocratique du Congo, un pas vers la vérité historique, qui augure de la possibilité de relations apaisées entre peuples africains et européens, par-delà le traumatisme colonial. A condition que les circonstances de l’assassinat du héros soit clairement établies. En rappel l’auteur de Histoire de l’Afrique noire (1972) avait placé en exergue cette phrase de Lumumba à son épouse : « un jour l’Afrique écrire sa propre histoire ». Ils s’étaient rencontrés à Conakry.

Nous saluons l’action des Diasporas africaines vers leur active participation citoyenne et notamment l’alternance démocratique en Colombie, marquée par l’élection de Francia Marquez, militante écologiste et féministe afro-colombienne comme Vice-Présidente.

Nous saluons tous les militants de la justice, des droits humains.

Celui qui a laissé comme héritage l’une de ses formules consacrées, « N’an laara an sara », Si nous nous couchons nous somme morts », repose en Paix aujourd’hui en dans son village Toma. Mais comme durant sa vie, par la pérennité de sa Pensée, l’œuvre de Ki-Zerbo ne se reposera jamais, elle sera renouvelée, quand il s’agit de combattre l’oppression et l’injustice. Elle sera pour longtemps une source d’inspiration.

Son pays le Burkina Faso, le Sahel et d’autres régions de l’Afrique et du Monde, vivent des heures de désarroi. La mort est quotidiennement au rendez-vous, de manière brutale et à grande échelle. Les massacres se répètent. Dans le Sahel ( Mali,  Burkina Faso, Niger),  au Nigeria,  autour du Lac Tchad  (Cameroun, Tchad), à l’est de la République Démocratique du Congo, au Mozambique, au Sud-Soudan, dans le Corne de l’Afrique. Et cela sans compter les violences que les dictatures et les régimes des « Présidents à vie » infligent aux peuples africains.

En décidant de détruire sauvagement la Lybie et son dirigeant, Mouammar Khadhafi en 2011, les dirigeants occidentaux, à travers l’OTAN, ont violé impunément la souveraineté de cet Etat, humilié l’Union africaine et les peuples africains et ont surtout déstabilisé durablement la région.

Le Mali d’abord, puis tous les Etats sahéliens ont subi les conséquences de cette stratégie de la terreur et de l’erreur, consciente cependant. On le sait : il s’agissait aussi par le meurtre, de freiner les velléités panafricanistes et anti-impérialistes du leader libyen, tout en prenant position dans des espaces richement dotés en ressources naturelles.

Aujourd’hui le prix est payé et il est connu : c’est l’effondrement des Etats fragilisés par l’étau néolibéral, avec pour corollaire des centaines de milliers de morts et de déplacés dans le Sahel.

Toute cette triste actualité des violences en Afrique aurait interpellé directement le Professeur et acteur politique, le panafricaniste et patriote Joseph Ki-Zerbo. Il n’aurait pas pris un fusil mais aurait pris la parole pour inciter le peuple à l’union sacrée pour la patrie.

A la jeunesse vaillante, il aurait dit, comme au temps du Collectif des organisations de masse et partis politiques: « héros ou zéro ».

Il aurait condamné les discours haineux et ethnicistes qui ne feront que précipiter davantage nos pays dans les affres de la guerre civile, comme au Liberia ou au Rwanda des années 1990.

À cet égard, en ce 21ème siècle on devrait relire sa réflexion de1974 sur « L’armée et notre avenir »et observer la pertinence de ses réponses sur la question du rôle de l’armée. Précisément sur la nature des relations entre la force armée et le peuple dans le cadre d’un processus de libération nationale, seul socle de la souveraineté.

Ce texte-manifeste étonne par sa proximité, en certains points, avec les orientations révolutionnaires de Thomas Sankara, malgré l’opposition entre la voie de la non-violence de l’intellectuel et le choix de la violence révolutionnaire du militaire politisé, qui constitua un obstacle au dialogue fécond entre ces deux progressistes.

Oui Thomas Sankara et Joseph Ki-Zerbo partageaient le même point de vue selon laquelle l’armée détermine aussi notre avenir : une armée du Peuple armé, une armée pour la libération nationale, pour et avec le Peuple, tout le Peuple.

Sans sécurité, tout le reste est hypothéqué. L’aube nouvelle tant attendue reculerait comme l’horizon. Il faut faire face. Résolument.

Le Professeur Joseph Ki-Zerbo aux côtés du Président Samora Machel, lors d’une Conférence de l’internationale socialiste , sur les pays de la ligne de front (Afrique australe) tenue à Arusha (Tanzanie) en avril 1984

Les armes ? Ce ne sont que pas que les fusils mais elles sont aussi des armes de la conscience, de la décolonisation mentale et de l’éducation patriotiques, l’une nourrissant les autres, pour que nous éclairent les rayons du soleil de la nouvelle indépendance.

Il faut s’armer de l’arme de la mémoire des luttes, de la théorie (Cabral), pour que les fusils servent la cause de la libération et non de l’asservissement. Souvenons –nous de la photo du Professeur Ki-Zerbo aux côtés du combattant Samora Machel, leader  de la lutte de libération du peuple mozambicain.

L’éducation, la justice sociale, le fédéralisme, la protection de la Nature, la lutte contre le réchauffement font partie de de cette théorie kizerbienne de la libération nationale.

C’est ce droit que revendique la Jeunesse d’Afrique et de la diaspora ainsi que la jeunesse progressiste du monde qui lance ce 21 juin 2022 un «Plaidoyer du Centenaire »..

Nous soutenons ce plaidoyer, annoncé dans le cadre du  Colloque  organisé du 21 au 23 juin à l’Université fédérale de Rio de Janeiro, au Brésil sur le Centenaire de la naissance du Professeur Ki-Zerbo.

Une thèse de doctorat est soutenue ce jour dans cette même université par Mariana Gino, la Secrétaire Générale de notre Centre, sur le thème « Joseph Ki-Zerbo : entre foi catholique et militantisme anticolonialiste »,

« Un grand homme », a souligné le Professeur Pierre Kipré, historien et ancien ministre, dans un hommage rendu à l’historien Ki-Zerbo le 17 juin 2022 à l’Université Jean-Jaurès de Toulouse, sur l’initiative du président de la Fraternité Boganda, Jean-Boniface Tomaye. Nous le remercions pour sa présence à nos côtés, ainsi que la professeure Catherine Coquery-Vidrovitch et tous les signataires de la lettre adressée au président de l’Union africaine.

Le Centenaire de la naissance de Joseph Ki-Zerbo est célébré, à travers plusieurs  activités qui vont s’étaler de juin 2021 à juin 2023. Pour célébrer sa vie, et donc  la lutte pour la Vie. Car, l’œuvre de Joseph Ki-Zerbo  est tendue vers le droit à la vie, et à la bonne vie.

Comme le soulignent la Charte de Kurukan Fuga et la maxime du pays de Barthélémy Boganda, la Centrafrique, «  Toute vie vaut une vie, un humain est un humain ». Zo kwe Zo en langue sango.

N’an laara an sara !

A Paris et Saint Laurent du Maroni le 21 juin 2022

Pour le CIJKAD-NLAS

Noël Magloire NDOBA, Président

Lazare KI-ZERBO, Vice-Président

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