Un autre front

Dans les pays côtiers où les groupes terroristes ont étendu leurs actions, le Bénin apparait, à bien des égards, comme une cible privilégiée. Moins actifs en Côte d’Ivoire et au Togo, ces derniers mois, les djihadistes multiplient désormais les attaques au pays de Hubert Maga. Plus d’une vingtaine d’actes terroristes y ont été dénombrés, depuis décembre 2021, à en croire le gouvernement béninois. La dernière attaque en date s’est produite, le dimanche 26 juin 2022, contre le commissariat de Dassari, dans le Nord du pays, à la frontière avec le Burkina Faso. Le bilan officiel de cette basse besogne affiche deux policiers tués, un autre grièvement blessé et deux terroristes neutralisés. La liste des victimes du terrorisme s’allonge donc au Bénin, pays qui était à l’abri du phénomène.

Une dizaine de soldats sont déjà tombés sous les balles assassines des terroristes dans ce pays. C’est évident, les groupes armés présents au Niger et au Burkina Faso ont gagné du terrain en ajoutant le Bénin à leur tableau de chasse. Le déploiement de l’armée béninoise au Nord du pays pour empêcher les incursions des djihadistes, peine à produire l’effet escompté. Le diable est entré dans la maison. Le Bénin est désormais en guerre contre le terrorisme, comme l’a récemment soutenu sa vice-présidente, Mariam Chabi Talata. La partie du pays la plus touchée par les attaques terroristes est bien le Nord, en particulier le parc de la Pendjari. Cette zone forestière d’une superficie de 32 250 km² est devenue sans conteste un sanctuaire pour les groupes armés au Bénin.

En juin 2021, un chercheur de l’Institut des relations internationales de Clingendael aux Pays-Bas, Kars de Bruijne, avait indiqué dans un rapport, que pas moins de cinq cellules terroristes sont actives dans le parc de la Pendjari. Aussi, l’ancien royaume du Dahomey est-il la cible des narcotrafiquants opérant depuis l’Amérique latine. Les récurrentes attaques au Bénin marquent l’ouverture d’un autre front dans la lutte contre le terrorisme en Afrique de l’Ouest où le phénomène sévit depuis des années. La Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a incontestablement du pain sur la planche, dans ce contexte d’insécurité sans précédent. Déjà que la situation sécuritaire préoccupante au Mali, au Niger et au Burkina Faso donne du fil à retordre aux dirigeants de l’espace communautaire, celle naissante du Bénin trouble davantage leur sommeil. Il faut à tout prix trouver un remède au cancer qui est en train de se métastaser dans la sous-région. Des mesures sont prises à l’intérieur des pays ouest-africains touchés par le terrorisme, mais elles ne paraissent pas adaptées à cette guerre asymétrique.

Des partenariats sont également développés entre les Etats en matière de renseignements et d’opérations militaires ponctuelles contre les groupes terroristes, mais il en faut encore plus pour décourager les forces du mal. Une véritable stratégie sous-régionale portée par la CEDEAO s’impose, car jusque-là, on a l’impression d’assister à une solidarité de façade, malgré les discours de bonne foi. Il faut une mutualisation concrète des moyens humains, logistiques et financiers pour réduire sensiblement où à jamais les actions terroristes en Afrique de l’Ouest. La CEDEAO gagnerait à mettre en place une force militaire pour lutter contre le terrorisme, avec des moyens endogènes. L’expérience de la force du G5 Sahel, compromise par des intentions de financements non concrétisées de la communauté internationale, donne à réfléchir. Nous devons compter sur nos propres capacités…

Kader Patrick KARANTAO

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.