Utilisation du mercure dans l’orpaillage : «Un danger pour les populations », Roger Baro, Point focal national de la Convention de Minamata sur le mercure

Le mercure est si nuisible qu’il a suscité la plus jeune convention en matière d’environnement dénommée convention de Minamata en 2013 à laquelle le Burkina a adhéré en 2017. Le Point focal national de la Convention de Minamata sur le mercure, Roger Baro, aborde les dangers de cette substance et les actions mises en œuvre pour protéger les burkinabè. Il présente la technologie d’extraction de minerais d’or sans mercure.

Les consultations avec les artisans miniers montrent une adhésion complète à la technologie d’extraction de minerais sans mercure.

Sidwaya (S) : Le mercure est naturellement présent dans l’environnement. Pourquoi donc son utilisation inquiète au point de susciter l’adoption de la convention de minamata juridiquement contraignante ?

Roger Baro (R.B.) : Mise à part sa présence naturelle, le mercure circule dans le monde entier à travers l’environnement, de sorte que ses émissions et ses rejets affectent la santé humaine et l’environnement même dans des endroits particulièrement reculés. Au 20e siècle, dans la ville de Minamata au Japon, des milliers de personnes ont été empoisonnées par des effluents industriels contaminés au mercure, provoquant des syndromes paralysant qui prirent le nom de maladie de Minamata. Aucun pays ne pouvant à lui seul contrôler les effets transfrontaliers du mercure, la coopération internationale était donc l’unique moyen de combattre ce fléau. D’où l’adoption du texte de la Convention de Minamata sur le mercure, lors de la conférence diplomatique tenue le 10 octobre 2013 à KOUMAMOTO au Japon, en vue de protéger l’environnement, la santé humaine et animale contre les émissions et les rejets de mercure.

S : Quels sont les impacts du mercure sur la santé ?

R. B. : Avec ses divers composés, le mercure est particulièrement nocif pour le système nerveux, la thyroïde, les reins, les poumons, le système immunitaire, les yeux, les gencives et la peau. Il peut entrainer des pertes de mémoire ou des troubles du langage. Les dommages qu’il cause au cerveau sont irréversibles. Il n’existe pas de niveau d’exposition au mercure élémentaire qui soit sans risque pour le corps humain, des effets pouvant être constatés même à de très faibles concentrations. Les fœtus, les nouveau-nés et les enfants sont parmi les plus vulnérables et les plus sensibles aux effets nocifs du mercure.

S : Quels sont les impacts du mercure sur l’environnement ?

R. B. : Les impacts sur l’environnement se résument aux pollutions, notamment la contamination de l’air par les émissions de mercure. Les rejets de mercure sur le sol se retrouvent dans les plantes avec des concentrations très élevées. Lorsque le mercure est rejeté dans les eaux de surface, on le retrouve dans les poissons à de fortes doses.

S : Qu’est ce qui justifie précisément la ratification de la Convention de Minamata par le Burkina Faso ?

R. B. : A travers l’utilisation quotidienne de produits contenant du mercure (amalgames dentaires, lampes à mercure…) et le développement anarchique de l’exploitation artisanale à petite échelle d’or, exposant directement les populations concernées à une contamination par le mercure et les composés du mercure, le Burkina Faso est conscient des menaces que le mercure présente pour la santé humaine et l’environnement mondial. De ce fait notre pays a signé puis ratifié la Convention le 10 avril 2017, devenant le 42ème pays partie à la Convention.

S : Quels sont les partenaires pour la mise en œuvre de la Convention ?

R. B. : Une convention internationale comme celle de Minamata ne saurait se mettre en œuvre en vase clos. L’ancrage institutionnel de la convention est le ministère en charge de l’environnement. Cependant plusieurs partenaires concourent à la mise en œuvre de la convention. Au niveau international on peut citer l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel, le Programme des Nations unies pour l’Environnement, l’Organisation mondiale de la santé, l’Organisation des Nations pour la Formation et la Recherche, Clean Lighting Coalition. Au niveau sous régional, la CEDEAO et l’UEMOA sont les partenaires de la mise en œuvre de la convention. Au niveau national il y a des départements ministériels (santé, mine, fonction publique, action humanitaire), des ONG sur le terrain (Artisanal Gold Council, Alliance pour une Mine Responsable, etc.)

S : Quelles sont les actions mises en œuvre par le Burkina Faso depuis la ratification de la convention ?

R. B. : Après la signature de la convention, le Burkina Faso a bénéficié d’un accompagnement par les partenaires techniques à travers le Projet Minamata Initial Assessment (MIA) de 2016 à 2018. Ce projet a permis de faire l’inventaire des sources d’émission de mercure, en établissant une situation de référence sur l’utilisation du mercure au Burkina Faso. Ainsi, l’apport total annuel de mercure émis et rejeté a été estimé à 353 590 kg provenant de 6 principales sources que sont la production primaire de métal, l’extraction de l’or par amalgamation au mercure, l’utilisation et élimination d’autres produits, les crématoriums et cimetières, la combustion d’autres combustibles fossiles et de biomasse et l’application d’amalgames dentaires.

Ensuite, le pays s’est doté d’un plan d’actions national sur la réduction de l’utilisation du mercure couvrant la période 2020-2029. A travers l’exécution du projet PlanetGOLD sur la période 20219-2024, il est proposé une alternative à l’utilisation du mercure aux artisans miniers, à travers la création d’un fonds, la conception des curricula de formation sur la technologie sans mercure et la mise à disposition d’une technologie d’extraction d’or sans mercure . Ce projet cours jusqu’en 2024 avec l’appui de Artisanal Gold Council. Il faut aussi relever la participation du Burkina Faso aux différentes conférences des parties (quatre au total). Notre pays a été vice-président de la COP4 qui s’est tenue du 21 au 25 mars 2022 à Bali en Indonésie et a été réélu comme vice-président de la COP5 qui se tiendra en 2023 à Genève en Suisse. Depuis son adhésion, le Burkina dispose d’un projet sur l’élimination de l’utilisation des dispositifs médicaux (thermomètres et sphygmomanomètres) contenant du mercure, c’est un projet international qui sera mis en œuvre dans 5 pays (Inde, Arménie, Ouganda, Monténégro, Burkina-Faso) de 2022 à 2027 ; ainsi que d’un projet sous régional sur le contrôle de l’utilisation des produits contenant du mercure ajouté avec le Sénégal, le Togo et le Burkina Faso qui sera mis en œuvre de 2022 à 2025. Une étude sur l’éclairage au mercure a été conduite en 2021.

S : En quoi consiste la technologie d’extraction de minerais d’or sans mercure ?

R. B. : Le système de traitement sans mercure repose sur des techniques de séparation gravitationnelle du minerai et fait appel à la concentration magnétique et/ou chimique en fonction de la minéralogie du minerai. Le système choisi prend en charge le traitement du minerai depuis les étapes initiales (comme le concassage du minerai extrait) jusqu’à l’élimination controlé des rejets. Il ne prend pas en charge l’extraction de minerai brute. Le minerai sera donc apporté par les artisans miniers pour traitement. Une expérience pilote est en cours sur le site minier artisanal de Gnipière à Dano, dans la région du sud-ouest.

S : Comment cette technologie est-elle accueillie par les artisans miniers ?

R. B. : Les consultations avec les artisans miniers montrent une adhésion complète à la technologie d’extraction de minerais d’or sans mercure. Les résultats de la phase pilote vont être capitalisés pour généralisation de la technologie. Nous allons lancer une vaste campagne de présentation de la technologie aux différentes parties prenantes. Au cours de cette campagne, nous allons procéder à la formation des artisans miniers sur les curricula qui ont été élaborés.

S : Vous avez participé en mars 2022 à la COP 4 à Bali, quelles ont été les grandes décisions ?

R. B. : la quatrième réunion de la conférence des parties à la Convention de Minamata sur le mercure, qui s’est déroulée à Bali, en Indonésie du 21 au 25 mars 2022, a été une semaine d’intenses négociations. Parmi les importantes décisions adoptées il y a la révision des annexes A et B de la convention avec l’élimination progressive de huit produits contenant du mercure, tels que les lampes fluorescentes compactes, les lampes fluorescentes à cathode froide, les pellicules photographiques et le papier, ainsi que les propergols pour satellites. L’élimination progressive des amalgames dentaires a également fait des progrès substantiels, avec deux mesures supplémentaires pour protéger les populations les plus vulnérables contre l’utilisation du mercure en vrac par les praticiens dentaires, ainsi que contre les amalgames dentaires pour le traitement des dents des patients de moins de 15 ans, des femmes enceintes et allaitantes. Sur la question de la révision de l’annexe A, la région Afrique peut se féliciter d’avoir exigé et obtenu une décision sur l’élimination progressive de l’utilisation des amalgames dentaires et des lampes contenant du mercure. Sur la question de l’amalgame dentaire, en perspective l’Organisation Mondiale de la Santé accompagnera le Burkina Faso pour l’élaboration d’une règlementation nationale.

Entretien réalisé par Nadège YE

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