Le déclic pour la réconciliation nationale

Après la rencontre du ministre en charge de la réconciliation nationale, Yéro Boly, avec les membres des associations de victimes des crises sociopolitiques, relative aux dédommagements, et la rencontre des chefs d’Etat prévue pour se tenir demain, il apparaît que l’on se dirige progressivement vers des assises nationales devant donner un contenu clair, précis et concis à cette réconciliation que nous appelons tous ardemment, même si elle ne cesse de faire des gorges chaudes. Prématurée pour les uns qui invoquent certains dossiers pendants en justice pour se justifier, inappropriée pour les autres qui penchent pour la solution radicale de punition des coupables.

On en est à se demander si cette volonté de l’Exécutif ne met pas la charrue avant les bœufs et si le forum à venir ne sera pas un «flop», impression renforcée avec les débats houleux que suscite le retour présumé de certains exilés politiques. Dans cette attente, disons que si forum il venait y avoir, les objectifs seront à rechercher dans la prise de conscience individuelle et collective des Burkinabè de leurs insuffisances, l’apaisement des cœurs, l’engagement du processus de réconciliation nationale par le pardon et les réparations diverses et l’engagement de faire en sorte que cela ne se reproduise plus. Une véritable catharsis sociale qui commande que la conception manichéenne de la réconciliation qui veut que les «bons» châtient les «méchants» soit mise de côté, d’autant plus qu’elle ne ressort pas du vécu culturel burkinabè, où le pardon franc et sincère est un préalable à toute réconciliation, nonobstant la réparation des torts causés. Les Burkinabè doivent se demander pardon pour tous les manquements graves qui ont eu lieu depuis l’indépendance du pays.

La reconnaissance des fautes commises résulte d’un examen et d’une prise de conscience, et de la ferme volonté de tous de se repentir et de s’engager à ce que cela ne se reproduise plus jamais. Au bout du processus, il y aura le renforcement de la paix, de la justice, de la concorde et la consolidation d’une démocratie toujours en construction. Cette démarche n’entrave en rien les procédures judiciaires déjà engagées, mais il ne faut pas faire du préalable de la justice un impératif avant d’aller au pardon. A terme, cela pourrait porter préjudice à toute la société burkinabè qui traîne ce lourd fardeau depuis des années et qui est éprouvée de nos jours par une crise multidimensionnelle. Tenons compte donc de nos spécificités culturelles pour réaliser ce sursaut national, en ayant à l’esprit qu’au Burkina Faso, il n’y a ni ange ni démon et que nous sommes tous comptables de notre histoire sociopolitique soit par omission, soit par action. Acceptons d’exorciser le mal pour repartir d’un bon pied, afin que ceux qui sont morts, puissent enfin dormir du sommeil des justes.

Boubakar SY

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