Colonel Bertrand Tapsoba, directeur des forêts et de la reforestation : « Nous comptons mettre en terre 900 000 plants en un jour »

La Journée nationale de l’arbre a été instaurée depuis 2019 pour un engagement plus écologique et éco-citoyen de l’ensemble des acteurs. Dans cet entretien, le directeur des forêts et de la reforestation, le colonel Bertrand Tapsoba, fait le point des trois éditions passées, puis évoque les innovations pour la IVe édition prévue, le 6 août 2022 à Kaya, dans la région du Centre-Nord.

Sidwaya (S) : La Journée nationale de l’arbre (JNA) est célébrée depuis 2019. Qu’est-ce qui a justifié son instauration?

Bertrand Tapsoba (B.T.) : La JNA a été lancée pour susciter une mobilisation générale de toutes les couches socio-professionnelles pour la restauration des forêts et des terres dégradées. Nous avons constaté que chaque année, nous mettons en moyenne six millions de plants au niveau du territoire national. Mais c’est seulement 1/10 des plants mis en terre que nous arrivons à récupérer. L’un des objectifs de la Journée nationale de l’arbre est de magnifier l’arbre dans ses multiples fonctions : économique, sociale et culturelle. C’est également une journée de reconnaissance et de récompense des plus méritants dans le domaine de la protection de l’environnement.

S : Trois ans après la première édition, quel bilan peut-on faire de cette initiative ?

B.T . : Nous pouvons dire que le bilan est satisfaisant dans la mesure où nous avons augmenté le taux de survie des plants. De moins de 25%, nous sommes à 46,4% au niveau national. En vue d’obtenir ces résultats, nous mettons les plants sur des sites sécurisés, c’est-à-dire clôturés avec des entrées et nous assurons un minimum d’entretien à travers notamment des forages pour arroser les plants. Ce qui fait que le taux de survie des plants pour la JNA est de 60%, plus élevé que le niveau national.

S : Quel est le nombre de plants mis en terre au cours des différentes éditions de la JNA et leur taux de survie ?

B.T. : Le nombre de plants mis en terre dans le cadre de la Journée nationale de l’arbre pendant les trois dernières éditions est de 800 000. Mais, pour ce qui est de la compagne de reforestation, nous sommes à plus de 18 millions de plants puisque nous mettons en moyenne six millions de plants sur une production d’environ 10 millions de plants par an.

S : L’autre équation concerne la poursuite de l’initiative par l’entretien des plants mis en terre, qu’est ce qui est fait à ce niveau?

B.T. : En ce qui concerne la JNA, les plants sont mis sur des sites sécurisés, c’est-à-dire que sur le plan foncier, le site ne doit pas avoir de problème. Parce que si vous plantez sur un site où dans deux ans, on sera obligé de nettoyer pour une autre destination, cela va compromettre les objectifs. Ces sites sont entièrement clôturés pour éviter aux animaux et d’autres adversités de détruire les plants. Pour l’entretien, il y a des comités qui sont mis en place. Les sites officiels des JNA sont équipés de forages qui permettent de faire l’arrosage.

S : Comment la JNA a-t-elle été accueillie par les populations de façon générale?

B.T. : La JNA a été bien accueillie. Il y a de l’engouement qui se profile d’édition en édition. Nous n’arrivons plus à honorer la demande en termes de plants pour la population.

S : Avec cet état de fait, peut-on dire que la prise de conscience de la nécessité de restaurer le couvert végétal par les Burkinabè est désormais un acquis ?

B.T. : Je peux dire oui et non. Oui, dans le sens où, effectivement, la population a pris conscience qu’il faut restaurer le couvert végétal. Elle a également pris connaissance que les arbres font partie du bien-être, car c’est une source de revenus pour elle. Les Burkinabè ont compris que sur le plan culturel, l’arbre joue un rôle important. Mais dire que c’est un acquis, c’est trop dire par rapport à une situation de vulnérabilité de certaines couches d’acteurs bien déterminés. Si je prends l’exemple des Personnes déplacées internes dont le nombre croit de jour en jour, leur pression sur nos ressources forestières est énorme à telle enseigne que cette année, la JNA leur est dédiée.

S : La IVe édition de la JNA se tiendra, le 6 août prochain à Kaya, dans la région du Centre-Nord, quels sont les objectifs assignés à cette édition de la JNA ?

B.T. : Les objectifs sont nobles et ambitieux. Cette année, nous comptons mettre 900 000 plants en terre pour la seule journée. Des initiatives ont été développées dans ce sens pour que les écoles aussi participent. Les sites sont dédiés aux PDI parce que nous voulons mettre à profit ces personnes qui détruisent l’environnement sans le vouloir. Si elles prennent conscience, elles peuvent aussi développer des initiatives pour le restaurer.

S : Quelles sont les innovations prévues cette année afin de corriger les imperfections des éditions passées ?

B.T. : L’une des innovations de cette année, c’est le choix des plants et l’implication des acteurs directs dans le choix des plants parce que ce n’est pas intéressant de mettre des espèces dans lesquelles les intéressés ne vont pas trouver leur compte. Donc, nous priorisons les espèces utiles. En d’autres termes, ce sont des plants fruitiers. Les acteurs choisissent les espèces, donc nous savons qu’ils vont les protéger. Nous allons aussi vers les plantations privées. Quand ce sont des individus qui ne vivent que de cela, il s’agit de les accompagner à multiplier les capacités d’entretien de ces plants.

S : Pourquoi la tendance de nos jours est de planter des arbres fruitiers qui sont notamment à l’origine des produits forestiers non ligneux ?

B.T. : C’est en fonction des besoins des acteurs que nous orientons notre stratégie. Ils ont besoin d’arbres qui leur sont utiles. Vous conviendrez qu’il y a eu des moments où on plantait des eucalyptus et des nimiers pour le bois de chauffe. Mais dans un pays où se nourrir est devenu difficile, il faut planter des arbres qui vont contribuer au bien-être des populations. Dans les villages, les écoliers mangent des karités et des raisins au retour des classes. C’est donc encourager les gens à lutter contre l’insécurité alimentaire.

Interview réalisée par Aly SAWADOGO

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