Quel est ton cercueil préféré ?

Avant-hier, j’ai pouffé de rire devant un cercueil et je me suis donné un coup de poing à la gueule. Cela peut paraître indécent et même malséant, mais j’ai ri quand même. C’était un cercueil pas comme les autres ; un cercueil sans écueil plus douillet qu’un fauteuil et qui fait oublier le deuil. Il était taillé par des mains d’orfèvre dans de l’or blanc pur avec des bordures argentées et auréolé d’une sorte de couronne éblouissante. Je n’ai jamais contemplé la mort dans toute sa beauté hideuse, dans toute sa sublime cruauté.

Je ne savais pas que la mort avait une version en or et que les corps n’étaient pas tous des dépouilles de même douille. Il y a des cercueils qui tentent la vie et donnent des envies, mais touchons du bois. Je n’ai jamais vu un cercueil aussi beau que la vie, mais tristement chargé de pâté humain sans vie. Je n’ai jamais vu autant de bêtise humaine taillée dans le marbre de la démesure, de l’ignorance dans toute son exubérance. Ah, comme les cimetières mangent la vie !

Il paraît que le défunt homme n’était pas n’importe qui. C’était un millionnaire, non, un milliardaire qui pouvait vendre ou acheter la terre entière et ses locataires. Puissant et intouchable, il était, semble-t-il, craint et adulé à la fois. Soudain, au cœur du deuil, j’ai failli applaudir la mort et marcher sur le linceul du célèbre « minable » refroidi qui faisait pleurer tant de « crocodiles ».

En écoutant le sermon de l’homme de Dieu, j’ai failli perdre la foi sous le poids des éloges démérités qu’il déversait sur l’impénitent croyant de façade que fut le richissime regretté. Même la parole de Dieu peut parfois paraître déconcertante quand elle est dite avec une complaisance éloquente. Il paraît qu’on ne doit pas vilipender les morts même quand on a raison de les en vouloir. C’est peut-être la miséricorde qui pousse parfois les hommes à s’abstenir de trop tirer sur la corde.

C’est peut-être la bienséance qui nous oblige à ne pas être rabat-joie, à être courtois, même quand le mort n’était pas droit. Sinon, rien ne sert de s’engouffrer dans un cercueil de confort à prix d’or pour paraître fort et moins mort. Un mortel est un mortel, peu importe qu’il vive dans une citadelle ou dans une poubelle, la fin reste telle. C’est au cimetière que les hommes sont vraiment égaux. Et dire qu’il y a des « croyants » ici-bas qui refusent et condamnent le fait d’enterrer un mort de telle ou telle religion dans tel cimetière !

Et dire qu’il y a des esprits plus lumineux que celui du ciel qui pensent qu’un croyant ne doit pas être enterré à côté d’un « mécréant » en oubliant que Dieu ne regarde que le coeur ! On a beau avoir des cimetières réservés à tel ou tel classe ou groupe social, professionnel ou sectaire, la mort s’en fout. Au cimetière, la tombe du riche tape à l’œil pour son superflu, mais il suffit de creuser six pieds sous terre pour ramasser les mêmes ossements que ceux de la tombe du pauvre.

Rien ne sert de faire de sa tombe un immeuble bâti en dur et entretenu comme un jardin de villégiature. Qu’il soit indigent, mendiant, ministre ou président, la mort nous met tous sur un pied d’égalité et nous montre que la vraie grandeur n’est ni dans les titres ni dans les fonctions périssables de cette vie. La vraie grandeur se trouve dans l’utilité de l’homme pour son prochain. A quoi sert-il d’avoir les moyens sur terre sans être capable d’aider les autres ?

Comment peut-on être riche et thésaurisé à hauteur de milliards, sans être capable de payer dignement et régulièrement ses propres employés ? De quelle richesse parlent les hommes de la terre quand le riche qui triche meurt et se fait enterrer dans un cercueil dont le prix peut construire une école, équiper un hôpital, reloger des sans-abris ou mieux, armer le soldat qui se bat presqu’à mains nues ?

A quoi servent tous ces comptes en banque, ces terrains accaparés de gré ou de force, au détriment de la veuve et de l’orphelin, toutes ces gloires éphémères de tous ces téméraires au destin de feu de paille programmé pour le festin des termitières ? Quand je pense à l’homme aux bijoux en or ou en diamant ; l’homme aux parfums les plus rares et exquis ; l’homme des délices mondains ; l’homme aux gardes du corps armé jusqu’aux dents, bref, quand je pense à tous ces « gâchis » de la terre qui mourront à coup sûr et pourriront demain ou après-demain dans une fosse sans salon ni chambre, sans champagne ni harem, je brandis mon pouce en l’air et je « kiffe » la mort pour tous ses records.

L’oiseau a beau voler et s’ébattant dans les éthers, il ne pourra jamais échapper à la loi de l’attraction terrestre. Ainsi, on ira se faire soigner dans les meilleurs hôpitaux du monde à coût de millions, voire de milliards, loin du mouroir national ; à la fin de l’agonie, on reviendra se faire enterrer dans un cercueil en or dans une tombe creusée à la sauvette par une machine sans coeur ou par ceux qu’on a négligés et méprisés hier. Finalement, quelle différence y a-t-il entre la dépouille du cercueil doré, celle du cercueil en bois ou celle de la natte qui emballe mal ? Quel est ton cercueil préféré ?

Clément ZONGO

clmentzongo@yahoo.fr

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