Souveraineté alimentaire en Afrique : La société civile appelle à un financement conséquent de l’agroécologie

En prélude au Forum annuel sur la révolution verte en Afrique (AGRF), la société civile africaine, sous le leadership de Alliance for food sovereignty in Africa (AFSA-Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique) a animé une conférence de presse en ligne le 1er septembre 2022 pour dénoncer les politiques agricoles en Afrique qui font la part belle aux engrais chimiques et qui rendent l’agriculture africaine dépendante des multinationales occidentales.

La société civile africaine ne veut pas de l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) qui promeut un modèle de développement qui désarticule l’agriculture sur le continent et entrave sa marche vers la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Elle appelle plutôt à une réorientation des financements vers une agriculture durable basée sur l’agroécologie.

Cette position de non-retour, elle l’a fait savoir le jeudi 1er septembre 2022, au cours d’une conférence en ligne organisée par Alliance for food sovereignty in Africa (AFSA-Alliance pour la souveraineté alimentaire en Afrique).

Placée sous le thème : « Notre Afrique, notre agriculture : Les paysans africains et les chefs religieux demandent la fin de la révolution verte qui a échoué », cette rencontre avec les hommes et les femmes de médias du continent, se tient en prélude au Forum annuel sur la révolution verte en Afrique (AGRF).

Les conférenciers appellent à un financement conséquent de l’agroécologie dont l’avenir du continent dépend.

Selon l’agro écologiste à BIOGI (Bio Gardening Innovations) dans l’ouest du Kenya, Ferdinand Wafula, l’Afrique et ses agriculteurs veulent d’une agriculture qui protège leurs terres cultivables pour les générations futures.

« Nous utilisons la terre mais elle ne nous appartient pas. Nous avons le devoir de la léguer à nos enfants », a-t-il martelé. C’est pourquoi il faut combattre cette sorte d’imposition des engrais chimiques produits par les firmes étrangères dans l’agriculture africaine.

Pour Anuradha Mittal de Oakland Institute, cette domination par les intrants chimiques n’est ni plus ni moins qu’une recolonisation de l’Afrique, une volonté de rendre la production agricole et alimentaire sur le continent dépendante des grandes entreprises étrangères, et donc, de confisquer au continent son droit à une souveraineté alimentaire.

Mettre fin à l’agriculture industrielle

Ces géants industriels, a-t-elle poursuivi, travaillent à amener les gouvernements africains à adopter des politiques agricoles en phase avec leurs programmes. Selon Mme Mittal, ces intrants chimiques ne profitent qu’aux industries du Nord qui amassent de gros chiffres d’affaires ; certaines d’entre elles réalisent des profits de 250%, et ce, sur le dos du paysan africain, a-t-elle dénoncé.

Selon Gabriel Manyangadze de l’Institut pour l’environnement des communautés religieuses d’Afrique australe (SAFCEI), l’Afrique n’a pas besoin de d’intrants chimiques qui empoisonnent ces sols, affecte ses moyens de subsistance.

Gabriel Manyangadze, de l’Institut pour l’environnement des communautés religieuses d’Afrique australe (SAFCEI), s’est offusqué contre la révolution verte portée par l’AGRA. Pour lui, l’Afrique n’a pas besoin d’intrants chimiques qui empoisonnent ses sols, affecte l’employabilité de ses jeunes et femmes.

« En tant que religieux, nous demandons à AGRA de mettre fin à cette industrialisation de l’agriculture sur notre continent, d’arrêter de porter atteinte à nos moyens de subsistance », a-t-il lancé.

Il a appelé les bailleurs de fonds à mettre un terme au financement de cette agriculture néfaste. L’Afrique qui est moins émettrice de gaz à effet de serre, mais plus victime du changement climatique, mérite un meilleur regard, a ajouté M. Manyangadze.

Mais dans un contexte de crise climatique, de croissance démographique galopante, de rareté des pluies, le continent africain peut-t-il se nourrir sans recourir aux intrants chimiques tant décriés ?

A cette question des journalistes, les conférenciers du jour sont on ne peut plus clair : Oui, ont-ils clamé à l’unisson !

Mieux, il faut éviter le piège de voir en ces engrais industriels un mal nécessaire, a prévenu Mme Mittal.

Financer l’agroécologie

Le continent africain a les moyens de se nourrir convenablement et la réponse réside simplement dans l’agroécologie. Et des expériences concluantes d’agriculture écologique, scientifiquement prouvées, existent partout sur le continent, a relevé Leonida Odongo de Haki Nawiri Afrika.

Anuradha Mittal de Oakland Institute (gauche) : « Il faut travailler à empêcher les gouvernements africains de permettre aux grandes entreprises de recoloniser l’Afrique ».

L’agroécologie qui est respectueuse de l’environnement, protège la biodiversité, restaure la fertilité des sols et assure une meilleure gestion foncière peut être mise à l’échelle, a-t-elle insisté.

Mais pour y arriver, il faudrait réorienter et mobiliser des financements conséquents en faveur de cette forme d’agriculture durable dont l’Afrique a besoin.

Il faudrait aussi que les africains s’engagent pour l’agroécologie, auprès des petits paysans, pêcheurs, pasteurs du continent.

« Il faut travailler à empêcher les gouvernements africains de permettre aux grandes entreprises de recoloniser l’Afrique », a insisté Anuradha Mittal.

Pour elle cette levée de bouclier contre l’AGRA ne s’inscrit pas dans une démarche d’opposition stérile ; mais répond plutôt à l’impératif d’une souveraineté alimentaire pour l’Afrique.

Pour les animateurs de cette conférence de presse, il faut œuvrer en sorte que cette révolution verte qui n’a pas fonctionné en Asie ne prospère pas en Afrique.

En tout état de cause, l’avenir du continent réside dans l’agroécologie, a conclu Anne Maina de l’Association kényane pour la biodiversité et la biosécurité, modératrice de la conférence.

Mahamadi SEBOGO

Windmad76@gmail.com

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