Hausses des dépenses publiques : taxer les produits nocifs à la santé pour y faire face

Taxer les produits à la santé a l’avantage de mobiliser des ressources internes supplémentaires et de résoudre un problème de santé publique, selon le directeur mondial Macroéconomie, Commerce et Investissement du Groupe de la Banque Mondiale Marcello Estevão

La conjonction de crises internationales (Covid-19, guerre ukrainienne) a engendré une augmentation des dépenses publiques, notamment dans le secteur de la santé, à laquelle les pays en développement doivent face, surtout dans un contexte de rareté de ressources. Pour s’en sortir, le Directeur mondial, Macroéconomie, Commerce et Investissement du Groupe de la Banque Mondiale, Marcello Estevao, suggère d’opérer une sorte de fiscalité intelligente basée sur la taxation des produits nuisibles à la santé publique.

Les pays en développement ont vu leurs difficultés budgétaires s’aggraver du fait de la flambée des prix des denrées alimentaires, des engrais et de l’énergie, de la remontée des taux d’intérêt et du ralentissement de la croissance, dus à la guerre en Ukraine et à la Covid-19.

Dans un tel contexte difficile, les pays à faible revenus sont confrontés à la hausse de leurs dépenses publiques, notamment en matière de santé. Dans un environnement mondial de rareté de ressources, ils doivent inventer de nouvelles stratégies de mobilisation interne des recettes.

Le Directeur mondial, Macroéconomie, Commerce et Investissement du Groupe de la Banque Mondiale, Marcello Estevao, propose une alternative, sa recette. « Pour y parvenir, l’une des solutions consiste à taxer des produits qui nuisent à la croissance à long terme et à la santé publique. Et donc appliquer des droits d’accise (ou droits de consommation) à des produits qui, comme le tabac, l’alcool et les boissons sucrées, sont nocifs pour la santé et ont des effets néfastes tant sur les individus que sur la société en général », suggère-t-il.

Pour lui, ce type d’impôt constitue l’un des moyens les plus rentables de réduire la consommation de produits nocifs et de sauver des vies, tout en générant des recettes publiques qui font cruellement défaut.

Selon M. Estevão, la consommation de tabac, d’alcool et de boissons sucrées est à l’origine de plus de 11 millions de décès prématurés chaque année, soit environ 20% de la mortalité dans le monde.

le Directeur mondial, Macroéconomie, Commerce et Investissement du Groupe de la Banque Mondiale Marcello Estevão

Avec des niveaux de consommations de déjà élevés et en progression dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, ces produits ont des conséquences désastreuses sur le développement du capital humain et la productivité économique desdits Etats.

L’exigence d’un écosystème favorable

En taxant davantage le tabac, l’alcool et les boissons sucrées, poursuit le Directeur mondial, Macroéconomie, Commerce et Investissement du Groupe de la Banque Mondiale, les pays en développement ont là une occasion de se procurer des recettes supplémentaires considérables, de mobiliser ainsi des ressources indispensables  pour accroître leurs dépenses de développement, tout en résolvant un problème de santé publique.

Cette taxation spécifique offre l’avantage d’une structuration variable. Le recours au levier fiscal comme réponse des problèmes de santé publique n’est pas une approche nouvelle, précise l’expert de la Banque mondiale. L’émergence d’innovations encourageantes allant dans ce sens s’observe par exemple en Afrique du Sud et au Royaume-Uni.

Pour produire les effets escomptés, cette réforme fiscale doit être mise en œuvre avec précaution, fait-il savoir. Les administrations fiscales doivent veiller par exemple à ce qu’elle ne porte pas atteinte à l’efficacité des taxes.

Pour les produits nocifs pour la santé, les taxes spécifiques calculées sur le volume et non sur la valeur sont préférables, conseille Marcello Estevao. Car cette forme de taxation, en entraînant une hausse des prix et donc une baisse de la consommation, permet d’obtenir de meilleurs résultats en matière de santé publique, rassure-t-il.

Mais l’opérationnalisation de telles nouvelles taxes avec succès a enfin besoin d’un écosystème favorable, d’un environnement macro-budgétaire robuste, conclut-il.

Mahamadi SEBOGO

Windmad76@gmail.com

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