{"id":1098,"date":"2022-02-18T00:31:11","date_gmt":"2022-02-18T00:31:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/?p=1098"},"modified":"2022-02-18T00:31:11","modified_gmt":"2022-02-18T00:31:11","slug":"mgr-anselme-titianma-sanon-ancien-president-du-college-des-sages-nous-avons-enregistre-des-cas-de-crimes-horribles-dont-nous-nen-avons-pas-parle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/2022\/02\/18\/mgr-anselme-titianma-sanon-ancien-president-du-college-des-sages-nous-avons-enregistre-des-cas-de-crimes-horribles-dont-nous-nen-avons-pas-parle\/","title":{"rendered":"Mgr Anselme Titianma Sanon,  ancien pr\u00e9sident du Coll\u00e8ge des sages : \u00ab Nous avons enregistr\u00e9 des cas de crimes horribles dont nous n\u2019en avons pas parl\u00e9 \u00bb"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p><strong>Carrefour Africain (C. A.) : comment \u00eates-vous arriv\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du Coll\u00e8ge des sages ?<\/strong><\/p>\n<p><strong> Mgr Anselme Titianma Sanon (M.A.T.S.) :<\/strong> Tout a commenc\u00e9 apr\u00e8s l\u2019assassinat du journaliste Norbert Zongo qui \u00e9tait un ami intellectuel \u00e0 moi. Pour la petite anecdote, quelques mois avant sa mort, il est pass\u00e9 chez moi et il m\u2019a dit que cela pourrait \u00eatre sa derni\u00e8re visite, car il se sentait menac\u00e9. C\u2019est ce qui est effectivement arriv\u00e9. Cela a donn\u00e9 suite \u00e0 des mouvements sociaux \u00e0 travers le pays. C\u2019est ainsi que le 22 mai 1999, le pr\u00e9sident du Faso d\u2019alors, Blaise Compaor\u00e9, a adress\u00e9 un message \u00e0 la Nation o\u00f9 il annon\u00e7ait la cr\u00e9ation d\u2019un Coll\u00e8ge des sages qui ferait l\u2019inventaire de tous les crimes ou \u00e9v\u00e8nements criminels commis dans notre pays depuis l\u2019ind\u00e9pendance.<\/p>\n<p>Les \u00e9v\u00eaques ayant \u00e9t\u00e9 convi\u00e9s \u00e0 faire partie de ce coll\u00e8ge, Monseigneur Paul Ou\u00e9draogo et moi-m\u00eame en \u00e9tions les repr\u00e9sentants. Alors, les membres du comit\u00e9 ont souhait\u00e9 que le Coll\u00e8ge des sages soit dirig\u00e9 par un religieux et en particulier un \u00e9v\u00eaque. Donc naturellement, c\u2019\u00e9tait Monseigneur Paul ou moi. C\u2019est ainsi, qu\u2019en pr\u00e9sence des anciens pr\u00e9sidents, Saye Zerbo, Sangoul\u00e9 Lamizana et Jean-Baptiste Ou\u00e9draogo, des commis de l\u2019Etat comme Charles Bila Kabor\u00e9 et les autres distingu\u00e9s membres du comit\u00e9, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 choisi pour diriger les travaux du Coll\u00e8ge des sages.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Pouvez-vous nous rappeler les missions qui \u00e9taient d\u00e9volues au Coll\u00e8ge des sages ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M.A.T.S. :<\/strong> Le Coll\u00e8ge des sages avait pour mission de faire le catalogue de tous les crimes commis depuis l\u2019ind\u00e9pendance. Et cela se faisait de deux mani\u00e8res. Les familles et autres ayants droit pouvaient rejoindre notre secr\u00e9tariat physiquement pour se faire entendre ou le faire par \u00e9crit. Le coll\u00e8ge a aussi mis en place des \u00e9quipes qui \u00e9taient sous la coupe du pasteur Kompaor\u00e9 de la F\u00e9d\u00e9ration des \u00e9glises et missions \u00e9vang\u00e9liques (FEME) et qui parcouraient tout le pays pour \u00e9couter les uns et les autres et recenser tous les cas de crime.<\/p>\n<p>Le travail \u00e9tait gigantesque car, il devait \u00eatre effectu\u00e9 sur une quarantaine de jours. Par ailleurs, on recevait les analyses et les pr\u00e9occupations sans exception des institutions de l\u2019Etat. Nous avons eu toutes ces informations autant que possible et il nous est revenu que le premier crime de sang \u00e9tait celui du parachutiste, Moumouni Ou\u00e9draogo. Aussi, les crimes ont \u00e9t\u00e9 class\u00e9s par cat\u00e9gorie, selon qu\u2019ils soient pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9s et non.<\/p>\n<p>J\u2019avoue que cela n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 facile d\u2019entendre certains t\u00e9moignages. En effet, au cours de nos investigations, des cas de crimes dramatiques nous ont \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9s dont nous n\u2019en avons pas parl\u00e9, tellement ils \u00e9taient horribles. Des familles ont racont\u00e9 qu\u2019il y a dix ans de cela (Ndlr, dans les ann\u00e9es 1990) elles \u00e9taient en train de manger et des gens sont venus chercher leur p\u00e8re et ensuite plus de nouvelles.<\/p>\n<p>Le pesant devoir nous revenait d\u2019annoncer aux familles les d\u00e9c\u00e8s de leurs proches et d\u2019indiquer certaines tombes pour ceux qui ont \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9s. Ce qui a permis \u00e0 des familles de proc\u00e9der aux fun\u00e9railles de leurs parents d\u00e9funts. Et une fois que tous les crimes ont \u00e9t\u00e9 recens\u00e9s, il y a eu la proposition de la c\u00e9l\u00e9bration de la Journ\u00e9e du pardon.<\/p>\n<p><strong> C. A. : Quelles sont les difficult\u00e9s que vous avez rencontr\u00e9es dans votre travail ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M.A.T.S. :<\/strong> En effet, des \u00e9v\u00e8nements ont ralenti les travaux du coll\u00e8ge comme cette affaire des militaires du Liberia. Il y a aussi le cas Robert M\u00e9nard de Reporters Sans Fronti\u00e8res qui ne nous a pas rendu les choses faciles. Ce dernier a tenu des propos tels que, \u00ab il n\u2019y a que des imb\u00e9ciles dans ce pays \u00bb et qui mettaient tout le monde dans l\u2019embarras.<\/p>\n<p>Cela dit, il en veut \u00e0 tout le monde et il n\u2019y a d\u2019intelligent que lui. Les choses horribles de ce genre, tout le monde en a chez lui. Je ne le dis pas pour faire de l\u2019apologie mais nous \u00e9tions en train d\u2019\u00e9teindre le feu et lui il vient de l\u2019ext\u00e9rieur pour y mettre de l\u2019huile. C\u2019est ainsi que le permis de s\u00e9jour lui a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 \u00e0 sa deuxi\u00e8me venue et pas seulement au Burkina, car le permis d\u2019entr\u00e9e lui a \u00e9t\u00e9 aussi refus\u00e9 en Alg\u00e9rie \u00e0 la suite de son souhait d\u2019y participer \u00e0 une journ\u00e9e de Reporters Sans Fronti\u00e8res.<\/p>\n<p>En outre, des interventions, il y en a eu. Mais il se trouvait que nous \u00e9tions en possession de dossiers compromettant certaines personnalit\u00e9s respect\u00e9es du pays et cela a \u00e9t\u00e9 notre arme pour contrer ces interventions. Notre travail \u00e9tant termin\u00e9, nous avions remis le rapport \u00e0 qui de droit et c\u2019est ainsi qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 de l\u2019organisation d\u2019une Journ\u00e9e nationale du pardon et qui devait \u00eatre pilot\u00e9e par une d\u00e9l\u00e9gation venue de la pr\u00e9sidence.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Pourquoi, selon vous, une Journ\u00e9e nationale du pardon ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M.A.T.S. :<\/strong> Pour ma part, je m\u2019y attendais plus ou moins. Au Rwanda, en Afrique du Sud et en Am\u00e9rique latine, il y a eu le triptyque : v\u00e9rit\u00e9, justice et r\u00e9conciliation. La journ\u00e9e du pardon est inspir\u00e9e de ce mod\u00e8le de verdict public. Et nous, suivant la situation que certains demandent la dissolution du r\u00e9gime pour une refondation des institutions, nous terminions par un appel, en se fondant suffisamment en la croyance des ressources du peuple pour op\u00e9rer le changement.<\/p>\n<p>Dans l\u2019esprit de cet appel, c\u2019\u00e9tait l\u2019apaisement des c\u0153urs. Aussi, des pr\u00e9alables ont \u00e9t\u00e9 faits. A savoir qu\u2019un sch\u00e9ma de pardon a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9 \u00e0 toutes les familles concern\u00e9es et la majorit\u00e9 l\u2019a accept\u00e9, sauf la famille de Thomas Sankara. Pour Norbert Zongo, le chef de famille avait accept\u00e9, par contre sa famille nucl\u00e9aire a refus\u00e9. Avec le Coll\u00e8ge des sages, nous avons r\u00e9pertori\u00e9 les victimes, r\u00e9par\u00e9 des dommages et enfin demand\u00e9 pardon. Aussi, des voix ont commenc\u00e9 \u00e0 monter \u00e0 l\u2019image de celles de certains de mes anciens \u00e9l\u00e8ves et \u00e9tudiants qui, manifestement, n\u2019\u00e9taient pas pour le pardon.<\/p>\n<p>Je me souviens que sous l\u2019impulsion de ma\u00eetre Alidou Ou\u00e9draogo, une marche de protestation devrait se tenir, pas contre le pardon, mais contre le mode d\u2019organisation de la journ\u00e9e. Il convient de souligner que bien de familles n\u2019\u00e9taient pas pour le format organisationnel de cette Journ\u00e9e nationale du pardon. Il a fallu les convaincre par la suite car, pour elles, c\u2019est \u00e0 l\u2019Etat de venir vers elles et non le sens inverse ; l\u2019Etat s\u2019\u00e9tant constitu\u00e9 comme coupable.<\/p>\n<p>Aussi, j\u2019ai dit que nous sommes tous des criminels, car ceux qui pouvaient parler n\u2019ont pas parl\u00e9 et ceux qui pouvaient agir n\u2019ont rien fait. Le 31 mars 2001, la journ\u00e9e s\u2019est tenue avec quand m\u00eame un personnel choisi. L\u2019\u00e9v\u00e8nement a \u00e9t\u00e9 re\u00e7u par l\u2019ensemble de ceux qui \u00e9taient l\u00e0. A l\u2019issue de la c\u00e9l\u00e9bration, j\u2019ai re\u00e7u des coups de fil m\u00eame de l\u2019ext\u00e9rieur. Naturellement vous en doutiez, il y en a eu certains pour me savonner et aussi de la part de certains organes de presse et d\u2019autres pour me f\u00e9liciter.<\/p>\n<p>Un de ceux qui m\u2019ont beaucoup soutenu fut le regrett\u00e9 Albert, chef de Nanoro, dont les mots situent fid\u00e8lement le contexte social burkinab\u00e8. Il se demandait comment nous voulons parler de paix dans un pays o\u00f9 des gens ne s\u2019aiment pas.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Cette journ\u00e9e n\u2019a plus \u00e9t\u00e9 comm\u00e9mor\u00e9e et pire, le pays fait toujours face \u00e0 une fronde sociale. 20 ans apr\u00e8s, la question de la r\u00e9conciliation nationale reste d\u2019actualit\u00e9. Quelle analyse faites-vous ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M.A.T.S. :<\/strong> De nos jours, j\u2019entends dire que \u00e7a recommence encore et m\u00eame de la part de ceux-l\u00e0 qui refusaient la Journ\u00e9e nationale du pardon il y a 20 ans. Aujourd\u2019hui, tous appellent au pardon. Le contexte semble avoir chang\u00e9, pourtant c\u2019est bien eux les acteurs. En effet, il y a d\u2019une part, ceux-l\u00e0 qui nourrissent l\u2019ambition de terminer une r\u00e9volution inachev\u00e9e, eux ce sont les partis politiques.<\/p>\n<p>Et d\u2019autre part, fort heureusement, nous constatons l\u2019expression d\u2019une conscience de la part d\u2019une certaine cat\u00e9gorie de jeunesse. Ce qui ressort encore de la part de certains des acteurs, c\u2019est d\u2019aller \u00e0 la r\u00e9conciliation mais pas de la mani\u00e8re de la Journ\u00e9e nationale du pardon. Ce qui m\u2019am\u00e8ne \u00e0 apporter une clarification car, cette comparaison ne saurait servir.<\/p>\n<p>Ainsi, avec le Coll\u00e8ge des sages, il a \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t question de pardon que de r\u00e9conciliation. Toutefois, il faut prendre en compte ce fait qu\u2019au d\u00e9part ce n\u2019\u00e9tait que des victimes mais maintenant ce sont des conflits, nombreux et d\u00e9licats. Et j\u2019ai peur qu\u2019il n\u2019y ait autant de conflits que de Burkinab\u00e8. Se pardonner et se r\u00e9concilier se rejoignent car, l\u2019objectif recherch\u00e9 est que nous arrivions dans ce pays \u00e0 endiguer l\u2019inimiti\u00e9 et enterrer la hache de guerre pour redevenir des fr\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Selon vous, faut-il aller \u00e0 la r\u00e9conciliation avant le pardon ou l\u2019inverse ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M.A.T.S. :<\/strong> En 2004 d\u00e9j\u00e0, la r\u00e9conciliation fut un th\u00e8me de communication que j\u2019ai eu l\u2019honneur de livrer gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019ONG Diakonia. Alors succinctement, je dirai que fondamentalement, se r\u00e9concilier, c\u2019est cesser d\u2019\u00eatre \u00e9tranger l\u2019un par rapport \u00e0 l\u2019autre. La r\u00e9conciliation est sollicit\u00e9e lorsque dans une m\u00eame famille par exemple, des fr\u00e8res deviennent \u00e9trangers entre eux.<\/p>\n<p>Et au lieu du lien fraternel, de la distance s\u2019installe entre eux et ils entretiennent l\u2019un envers l\u2019autre de l\u2019animosit\u00e9. Chacun est de son c\u00f4t\u00e9 et si l\u2019occasion se pr\u00e9sente, on peut faire quelque chose de nuisible envers l\u2019autre. Alors, la r\u00e9conciliation met un terme \u00e0 ce climat d\u2019animosit\u00e9 et donne l\u2019occasion aux protagonistes de se reconsid\u00e9rer, de s\u2019accepter et de se regarder comme des amis, comme des fr\u00e8res.<\/p>\n<p>Le Coll\u00e8ge des sages avait pour missions de r\u00e9pertorier les crimes commis, ensuite de demander pardon aux familles des victimes. C\u2019est-\u00e0-dire de leur demander de faire table rase du tort dont elles ont \u00e9t\u00e9 victimes. Avec raison, certains se demandent s\u2019il faut se r\u00e9concilier avant de se pardonner ou faut-il se pardonner avant de se r\u00e9concilier ? Pour ma part, le plus profond, c\u2019est le pardon.<\/p>\n<p>Car, d\u00e8s lors qu\u2019on se pardonne on se tend la main. Sur le plan spirituel, le pardon a un sens profond et en Islam, une fois que tu as pardonn\u00e9, tu as accept\u00e9 oublier. Accepter pardonner, c\u2019est dire que tout est gagn\u00e9 apr\u00e8s.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Que pensez-vous de la cr\u00e9ation d\u2019un minist\u00e8re en charge de la r\u00e9conciliation ?<\/strong><\/p>\n<p><strong> M.A.T.S. :<\/strong> Par deux fois, j\u2019ai eu l\u2019occasion de rencontrer le ministre en charge de la r\u00e9conciliation nationale, Monsieur Z\u00e9phirin Diabr\u00e9. Sa cr\u00e9ation r\u00e9pond \u00e0 une d\u00e9marche politique. En cr\u00e9ant ce minist\u00e8re, l\u2019Etat lui-m\u00eame se met en \u00e9tat de r\u00e9conciliation. Donc, \u00e7a signifie que les politiques sont invit\u00e9s \u00e0 rentrer dans cet esprit de r\u00e9conciliation.<\/p>\n<p>C\u2019est un \u00e9tat de fait qui avait \u00e9t\u00e9 amorc\u00e9 lorsque ma\u00eetre B\u00e9n\u00e9wend\u00e9 Sankara \u00e9tait chef de file de l\u2019opposition politique. Et je pense que tous les partis politiques devraient rentrer dans cette moule. Malheureusement, on a tendance \u00e0 penser que plus \u00e7a fait mal, plus ils veulent en rajouter. Tandis que dans l\u2019esprit de construction au nom de la Nation, il y a des sacrifices qu\u2019il faut accepter.<\/p>\n<p>Aussi, il est \u00e0 souligner cette session des partis politiques tenue \u00e0 Bobo-Dioulasso en 2020, avec pour th\u00e8me central le dialogue interpartis. Cela semble d\u00e9noter un \u00e9tat d\u2019esprit : \u00ab on est fatigu\u00e9 de vos querelles \u00bb. En plus du d\u00e9fi s\u00e9curitaire, il serait indiqu\u00e9 que tous les partis politiques inscrivent dans leur programme cet \u00e9tat de fait pour que l\u2019on sorte de cette situation afin de se r\u00e9concilier.<\/p>\n<p>A mon avis, cela n\u2019entame \u00e0 rien la strat\u00e9gie politique. C\u2019est d\u2019ailleurs par manque d\u2019une claire vision que l\u2019on s\u2019enferme dans des croquis et comme le dit l\u2019autre, c\u2019est par manque de squelettes que certains restent des invert\u00e9br\u00e9s. Il faut que chacun de nous accepte d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9cole de la r\u00e9conciliation. Et chacun de nous devrait se demander : comment est-ce que ma fa\u00e7on de parler, de faire peut-il amener de l\u2019accalmie dans le milieu, la communaut\u00e9 ou la ville o\u00f9 je suis ?<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 base de ce comportement que le minist\u00e8re balisera le terrain afin de garantir les acquis avec la contribution des institutions comme le Haut Conseil pour la R\u00e9conciliation et l\u2019Unit\u00e9 nationale (HCRUN) qui \u0153uvre aussi pour la r\u00e9conciliation. Et j\u2019ose esp\u00e9rer que ce minist\u00e8re prendra les notifications du Coll\u00e8ge des sages.<\/p>\n<p><strong> C. A. : Accepteriez-vous de reprendre les r\u00eanes d\u2019une mission comme le Coll\u00e8ge des sages ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M.A.T.S. :<\/strong> Certainement pas. J\u2019ai vu certains qui \u00e9taient au Coll\u00e8ge des sages qui, spontan\u00e9ment, ont voulu apporter quelque chose dans cette qu\u00eate actuelle de r\u00e9conciliation. Je me suis permis de dire qu\u2019ils sont d\u00e9phas\u00e9s par rapport \u00e0 la situation. On a l\u2019impression que nous nous enfermons, de plus en plus, dans un \u00e9tat conflictuel, de violences et chaque mot, chaque fait devient un \u00e9l\u00e9ment qui fait rebondir cette violence comme de l\u2019huile sur du feu.<\/p>\n<p>Cela touche les c\u0153urs et les \u00e9l\u00e9ments de la soci\u00e9t\u00e9. Aussi, je mets ma b\u00e9n\u00e9diction sur toutes les d\u00e9marches qui sont faites pour le dialogue entre les personnes et entre les institutions. C\u2019est la seule issue possible pour \u00e9viter d\u2019agir comme \u00ab l\u2019abeille contre la vitre \u00bb. Joseph de Suza le disait en son temps au B\u00e9nin : \u00ab convertissez-vous et le B\u00e9nin vivra \u00bb. Si chacun de nous a un c\u0153ur de paix, la moiti\u00e9 du chemin est gagn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong> C. A. : Cette moiti\u00e9 du chemin peut-elle aussi passer par l\u2019\u00e9ducation ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M.A.T.S. :<\/strong> Le pape Fran\u00e7ois, dans un de ses textes, souligne l\u2019importance de la fraternit\u00e9. Dire : \u00ab mon fr\u00e8re \u00bb est bien diff\u00e9rent de \u00ab monsieur \u00bb. Nous devrons \u00e9duquer \u00e0 cette fraternit\u00e9 citoyenne. Je pose la question \u00e0 des parents pour savoir leur temps de pr\u00e9sence aupr\u00e8s de leur prog\u00e9niture. Combien d\u2019heures par jour, par semaine ?<\/p>\n<p>Combien de jours dans le mois ? Tout est une question d\u2019organisation et de responsabilit\u00e9. Comment un pr\u00eatre s\u2019organise ? Comment le muezzin s\u2019organise ? Le p\u00e8re de famille doit pouvoir s\u2019organiser tel un pasteur et idem pour une m\u00e8re de famille. Et si l\u2019Etat ne le fait pas il faut l\u2019amener \u00e0 le faire. On est pass\u00e9 de l\u2019\u00e9ducation communautaire, collective, familiale \u00e0 l\u2019\u00e9ducation individuelle.<\/p>\n<p>Un syst\u00e8me que l\u2019on retrouve en Occident et m\u00eame au Japon mais le Japonais arrive \u00e0 faire la part des choses en ce sens que, cette vie individualiste s\u2019arr\u00eate au perron de sa maison et il retrouve ses traditions. Ce qui semble \u00eatre de l\u2019utopie pour notre soci\u00e9t\u00e9 car, \u00e0 l\u2019image des \u00e9ph\u00e9m\u00e9rides qui sortent du trou et s\u2019en vont et ne viennent plus, nous avons jet\u00e9 l\u2019eau du bain avec le b\u00e9b\u00e9. Au lieu d\u2019\u00eatre des messieurs et des mesdames, revenons \u00e0 la fraternit\u00e9 qui caract\u00e9rise notre culture.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Alors, notre culture peut-elle accompagner la r\u00e9conciliation ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>M.A.T.S. :<\/strong> D\u00e8s lors que le \u00ab Goa tigui \u00bb, le chef de famille ne peut plus parler \u00e0 son a\u00een\u00e9, le traitant de personne d\u00e9pass\u00e9e, il y a fracture sociale. Cependant, notre culture a des appuis int\u00e9ressants qui \u00e9dulcorent les causes de la recherche d\u2019une r\u00e9conciliation. C\u2019est bien le cas des relations d\u2019alliance entre les familles et de la parent\u00e9 \u00e0 plaisanterie dont j\u2019ai eu l\u2019honneur d\u2019en parler en 2014.<\/p>\n<p>Elle est une forme de justice. Ce sont des conventions, des contrats, des pierres blanches que l\u2019on \u00e9tablit entre des familles, des castes, des communaut\u00e9s, des ethnies et des soci\u00e9t\u00e9s. Cette justice \u00e9tait plus humaine quand bien m\u00eame certains traitaient nos soci\u00e9t\u00e9s de \u00ab sans h\u00f4pital, sans prison etc.\u2026 \u00bb. Notre culture est loin d\u2019\u00eatre pauvre car, elle a su pr\u00e9coniser le dialogue. Si on se parle, si on se salue, si on mange dans le m\u00eame plat, on sera sauv\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>Interview r\u00e9alis\u00e9e par R\u00e9mi ZOERINGRE <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Carrefour Africain (C. A.) : comment \u00eates-vous arriv\u00e9 \u00e0 la t\u00eate du Coll\u00e8ge des sages ? Mgr Anselme Titianma Sanon (M.A.T.S.) : Tout a commenc\u00e9 apr\u00e8s l\u2019assassinat du journaliste Norbert Zongo qui \u00e9tait un ami intellectuel \u00e0 moi. 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