{"id":1306,"date":"2022-07-19T13:46:12","date_gmt":"2022-07-19T13:46:12","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/?p=1306"},"modified":"2022-07-19T13:47:10","modified_gmt":"2022-07-19T13:47:10","slug":"parcs-a-karite-de-la-federation-nununa-une-strategie-endogene-de-protection-dun-arbre-miracle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/2022\/07\/19\/parcs-a-karite-de-la-federation-nununa-une-strategie-endogene-de-protection-dun-arbre-miracle\/","title":{"rendered":"Parcs \u00e0 karit\u00e9 de la f\u00e9d\u00e9ration Nununa: Une strat\u00e9gie endog\u00e8ne de protection d\u2019un \u00ab\u00a0arbre miracle\u00a0\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Sp\u00e9cialis\u00e9e dans la fabrication du beurre de karit\u00e9, la f\u00e9d\u00e9ration <em>Nununa<\/em>, bas\u00e9e \u00e0 L\u00e9o, province de la Sissili, fait face aux exigences du march\u00e9 international. Depuis 2018, elle ne vend que du beurre certifi\u00e9 biologique. Pour ce faire, elle a d\u00e9limit\u00e9, dans des r\u00e9serves foresti\u00e8res prot\u00e9g\u00e9es des provinces de la Sissili et du Ziro, des espaces appel\u00e9s parcs \u00e0 karit\u00e9 dans lesquels elle collecte ses noix. Une initiative qui contribue non seulement \u00e0 perp\u00e9tuer la ressource karit\u00e9 mais aussi \u00e0 lutter contre le d\u00e9boisement.<\/strong><\/p>\n<p>A quelques encablures de Sapouy, dans la province du Ziro, r\u00e9gion du Centre-Ouest, un massif forestier force l\u2019admiration. Peupl\u00e9 de diff\u00e9rentes esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales dont le karit\u00e9, le site s\u2019\u00e9tend sur une superficie de plus de 400 hectares (ha). A l\u2019int\u00e9rieur, une portion de 120 ha d\u00e9limit\u00e9e par des arbres peints au tronc constitue la chasse gard\u00e9e de la f\u00e9d\u00e9ration <em>Nununa<\/em>. Elle sert de parc \u00e0 karit\u00e9 pour les femmes de la structure. Une randonn\u00e9e permet d\u2019\u00e9valuer le potentiel de <em>Vitellaria paradoxa<\/em> (nom scientifique du karit\u00e9) qui s\u2019y trouve. Plus on avance, plus la population de l\u2019esp\u00e8ce devient abondante. Il y en a de toutes les tailles et de tous les \u00e2ges. Nous sommes au mois de mai 2022. Certains arbres exhibent d\u00e9j\u00e0 leurs fruits, d\u2019autres n\u2019en portent pas. Apparemment, les fruits n\u2019ont pas tenu les promesses des fleurs. Alors que les d\u00e9buts \u00e9taient rassurants, aux dires de l\u2019animatrice du parc, Marama N\u00e9bi\u00e9. Nich\u00e9e entre les villages de Dianzo\u00e8, Lou, Sayaro et de Sapouy, cette enclave foresti\u00e8re est sous la protection des services de l\u2019environnement. Une aubaine pour les femmes de la f\u00e9d\u00e9ration <em>Nununa<\/em> de collecter des noix saines de karit\u00e9 pour la production du beurre biologique. Plus d\u2019une centaine de femmes issues des quatre villages y trouvent leur pitance quotidienne \u00e0 travers cette activit\u00e9 de collecte. Mais avant cette cueillette, le parc devrait avoir le quitus d\u2019un organisme de certification qui, d\u2019ailleurs, est co\u00fbteux, selon Mme N\u00e9bi\u00e9. Toutefois, informe-t-elle, des techniciens ont d\u00e9j\u00e0 audit\u00e9 le site, acquis en 2021 et attest\u00e9 qu\u2019il r\u00e9pond aux normes. \u00ab Comme il n\u2019y a pas de champs \u00e0 c\u00f4t\u00e9, les auditeurs ont permis qu\u2019on collecte les noix en attendant la certification\u00a0\u00bb, souligne l\u2019animatrice.<\/p>\n<blockquote><p><strong>12 parcs \u00e0 karit\u00e9 dans le Ziro<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Autre lieu, m\u00eame constat. Au Chantier d\u2019am\u00e9nagement forestier (CAF) de Oupon, \u00e0 huit kilom\u00e8tres (km) de Cassou, un autre parc \u00e0 karit\u00e9 s\u2019\u00e9tend \u00e0 perte de vue. Luc Nignan en est l\u2019animateur. A l\u2019entendre, le CAF couvre une superficie de 100 ha dont 18 sont, pour l\u2019instant, destin\u00e9s \u00e0 la collecte des noix. A l\u2019entr\u00e9e nord du parc, bord\u00e9e d\u2019une piste, on constate une v\u00e9g\u00e9tation clairsem\u00e9e et qui s\u2019\u00e9paissit au fur et \u00e0 mesure que l\u2019on progresse vers l\u2019int\u00e9rieur. La pr\u00e9sence du karit\u00e9 est remarquable. Contrairement au premier site, ici, l\u2019abondance des fruits sur certains arbres pr\u00e9sage une belle r\u00e9colte. Seuls les vieux karit\u00e9s et ceux dont les branches ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lagu\u00e9es ne suivent pas le rythme. Selon M. Nignan, beaucoup d\u2019arbres ont subi r\u00e9cemment une taille sanitaire parce qu\u2019attaqu\u00e9s par des plantes parasites, appel\u00e9es <em>Tapinanthus<\/em>. A l\u2019en croire, ces arbres mettront au minimum trois ans avant de reprendre leur cycle de production. Dans ce parc, am\u00e9nag\u00e9 il y a environ cinq ans, plus de 100 femmes, issues de trois coop\u00e9ratives, gagnent leur vie \u00e0 travers la collecte des noix de karit\u00e9 qu\u2019elles revendent \u00e0 la f\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p>A l\u2019image de ces deux sites, ils sont une douzaine de parcs de <em>Vitellaria paradoxa<\/em> qui sont am\u00e9nag\u00e9s dans la province du Ziro au profit de la f\u00e9d\u00e9ration <em>Nununa<\/em>. Sapouy, Cassou, Bakata et Bougnounou sont les communes de cette province qui abritent ces r\u00e9serves foresti\u00e8res. Dans la province de la Sissili, on en trouve une vingtaine mais pas tous fonctionnels, selon les services de l\u2019environnement. Abou Tagnan est le repr\u00e9sentant de la fondation l\u2019Occitane \u00e0 L\u00e9o, le principal client de la f\u00e9d\u00e9ration <em>Nununa<\/em> en mati\u00e8re de commande de beurre biologique. Il fait aussi partie des p\u00e8res fondateurs des parcs \u00e0 karit\u00e9. Pour lui, ce sont des espaces forestiers qui ont un fort potentiel de karit\u00e9, g\u00e9n\u00e9ralement prot\u00e9g\u00e9s par l\u2019Etat ou conc\u00e9d\u00e9s aux communaut\u00e9s locales.\u00a0C\u2019est dans ces domaines, indique-t-il, que la f\u00e9d\u00e9ration <em>Nununa<\/em> a n\u00e9goci\u00e9 des portions pour en faire les parcs \u00e0 karit\u00e9 et ramasser des noix biologiques, exemptes d\u2019infections aux produits chimiques. A entendre M. Tagnan, l\u2019id\u00e9e de cr\u00e9er les parcs est n\u00e9e du constat que les espaces sauvages dans lesquels on r\u00e9coltait les noix de karit\u00e9 ont commenc\u00e9 \u00e0 se r\u00e9duire. La raison, \u00e0 son avis, est que les <em>agrobusiness men<\/em> se sont accapar\u00e9s de vastes terrains o\u00f9 ils ont d\u00e9truit la flore dont le karit\u00e9 au profit des plantes exotiques. \u00ab\u00a0Du coup, la cueillette sauvage a diminu\u00e9 et on ne peut pas le faire aussi dans les champs \u00e0 cause de l\u2019utilisation des intrants agricoles tels que les pesticides et les engrais chimiques\u00a0\u00bb, d\u00e9plore M. Tagnan. Alors qu\u2019aujourd\u2019hui, note-t-il, c\u2019est le beurre biologique qui est en vogue sur le march\u00e9 international au d\u00e9triment de celui conventionnel qui n\u2019a pratiquement plus de preneur. Face \u00e0 cette situation, il fallait d\u00e9velopper des initiatives pour avoir des amandes saines et partant, du beurre naturel. D\u2019o\u00f9 la cr\u00e9ation des parcs \u00e0 karit\u00e9. En effet, la f\u00e9d\u00e9ration <em>Nununa<\/em> a subi une perte \u00e9norme en 2018 en voyant son beurre d\u00e9class\u00e9 parce qu\u2019il \u00e9tait contamin\u00e9 par des produits chimiques. Pourtant, se souvient am\u00e8rement sa pr\u00e9sidente, Abibata Salia, elle avait achet\u00e9 les amandes aux prix du biologique, soit 100 F CFA de plus sur le kilogramme. Cela a cr\u00e9\u00e9 une tension de tr\u00e9sorerie et fait perdre aux dames environ 20% de leur chiffre d\u2019affaires. Depuis lors, avance Mme Salia, <em>Nununa<\/em> a d\u00e9cid\u00e9 de ne prendre uniquement que les amandes collect\u00e9es dans les parcs \u00e0 karit\u00e9 par les coop\u00e9ratives f\u00e9minines, form\u00e9es \u00e0 cet effet.<\/p>\n<blockquote><p><strong>La pression anthropique sur les parcs<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019acquisition des parcs a \u00e9t\u00e9 possible gr\u00e2ce au soutien et \u00e0 la compr\u00e9hension des autorit\u00e9s locales et celles en charge de l\u2019environnement. Toutefois, la certification et la protection de ces espaces demeurent l\u2019autre paire de manches. Que ce soit dans la Sissili ou dans le Ziro, la plupart des parcs \u00e0 karit\u00e9 sont enclins \u00e0 des menaces de tous ordres. Pr\u00e9l\u00e8vement du bois vert, cueillette pr\u00e9coce des noix et surp\u00e2turage des animaux sont, entre autres, les violations les plus r\u00e9currentes. Sur le site de Oupon, dans la commune de Cassou, le constat est ahurissant. Le parc est constamment agress\u00e9, parfois nuitamment, par des populations riveraines qui abattent les arbres au grand dam du comit\u00e9 local de gestion et des forestiers. Les troncs d\u2019arbres coup\u00e9s, en particulier le karit\u00e9, visibles par-ci par-l\u00e0 dans le parc t\u00e9moignent de l\u2019ampleur du massacre. Pour le moment, Luc Nignan pr\u00e9f\u00e8re jouer la carte de la sensibilisation au motif que les contrevenants sont des ressortissants du village. Mais cela ne saurait perdurer. \u00ab\u00a0Pour finir, on va s\u00e9vir en appliquant la loi\u00a0\u00bb, pr\u00e9vient-il. Du c\u00f4t\u00e9 de Sapouy, des pratiques similaires sont signal\u00e9es dans la r\u00e9serve foresti\u00e8re. La coupe du bois vert, surtout le karit\u00e9, est quasi fr\u00e9quente. Le chef de service d\u00e9partemental en charge de l\u2019environnement de Sapouy, Mahamadi Mand\u00e9, confirme cet \u00e9tat de fait mais avoue son impuissance. A l\u2019entendre, la proximit\u00e9 du site avec la ville est une porte ouverte pour les visites it\u00e9ratives des humains en qu\u00eate de bois de chauffe et des animaux en p\u00e2ture. \u00ab\u00a0Le carburant fait parfois d\u00e9faut pour qu\u2019on fasse des patrouilles r\u00e9guli\u00e8res. C\u2019est un handicap pour la protection\u00a0\u00bb, r\u00e9v\u00e8le-t-il. M. Mand\u00e9 indique qu\u2019en cas de flagrant d\u00e9lit de coupe, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 peut \u00eatre soit verbalis\u00e9, soit amend\u00e9, soit conduit devant les tribunaux, en fonction de la gravit\u00e9 de la faute.<\/p>\n<p>Outre les contr\u00f4les de routine, les parcs \u00e0 karit\u00e9 b\u00e9n\u00e9ficient d\u2019autres am\u00e9nagements internes qui contribuent \u00e0 pr\u00e9server la biodiversit\u00e9 et \u00e0 garantir la survie du <em>Vitellaria paradoxa<\/em>. Il s\u2019agit de l\u2019utilisation de pare-feux pour contrer les feux de brousse, de l\u2019installation de ruches pour aider \u00e0 la productivit\u00e9 de la flore, de la taille sanitaire du karit\u00e9 pour le d\u00e9barrasser des plantes parasites et du greffage pour am\u00e9liorer sa productivit\u00e9. \u00ab\u00a0Les services de l\u2019environnement nous accompagnent dans la formation, l\u2019entretien et le suivi des parcs. Chaque ann\u00e9e, nous faisons des semis directs et des greffages pour p\u00e9renniser l\u2019arbre \u00e0 karit\u00e9\u00a0\u00bb, confie Marama N\u00e9bi\u00e9 de Sapouy. Les m\u00eames pratiques sont aussi d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 Cassou. Car, son coll\u00e8gue, Luc Nignan, estime qu\u2019il est plus facile de semer directement le karit\u00e9 que de le reproduire en p\u00e9pini\u00e8re. Dans les deux parcs visit\u00e9s, les jeunes pousses de <em>Vitellaria paradoxa<\/em> se laissent admirer au milieu des autres esp\u00e8ces v\u00e9g\u00e9tales.<\/p>\n<blockquote><p><strong>Une initiative salu\u00e9e<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>L\u2019initiative de la f\u00e9d\u00e9ration <em>Nununa<\/em> de cr\u00e9er les parcs \u00e0 karit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 unanimement salu\u00e9e par les d\u00e9fenseurs de l\u2019environnement. En plus de permettre d\u2019avoir des amandes naturelles, laissent-ils entendre, les parcs contribuent \u00e0 perp\u00e9tuer le karit\u00e9 qui est une esp\u00e8ce pourvoyeuse de produits forestiers non ligneux. Mieux, rench\u00e9rit Ali Coulibaly, animateur au CAF de la Sissili, ces parcs contribuent \u00e0 am\u00e9liorer la superficie des r\u00e9serves foresti\u00e8res des deux provinces. Du c\u00f4t\u00e9 des responsables coutumiers, on assure que les terrains ont \u00e9t\u00e9 enti\u00e8rement c\u00e9d\u00e9s aux dames pour leur activit\u00e9 de collecte. La d\u00e9cision est irr\u00e9vocable, aux dires du chef de canton de Sapouy, Mahamadi Nama. Citant le rapport 2020 du second inventaire forestier national, le sp\u00e9cialiste de l\u2019environnement, Mahamadi Mand\u00e9, estime le nombre de pieds vivants de karit\u00e9 \u00e0 519\u00a0416 pour le Ziro contre 1\u00a0156\u00a0454 pieds pour la Sissili. Concernant la population du <em>Vitellaria paradoxa<\/em> dans les parcs de <em>Nununa<\/em>, il informe qu\u2019un inventaire a \u00e9t\u00e9 fait cette ann\u00e9e mais les donn\u00e9es sont en cours de traitement.<\/p>\n<p>Au Burkina Faso, le karit\u00e9 est une esp\u00e8ce prot\u00e9g\u00e9e par le code forestier. Malgr\u00e9 tout, la menace qui p\u00e8se sur lui demeure r\u00e9elle. Pris\u00e9 par les charbonniers, selon les forestiers, le <em>Vitellaria paradoxa<\/em> n\u2019\u00e9chappe pas non plus aux abattages lors de l\u2019ouverture des nouvelles exploitations agricoles. Abou Tagnan dit assister, impuissant, \u00e0 la coupe abusive du bois vert \u00e0 Sourou, son village natal, dans le Ziro. Face \u00e0 la situation, il d\u00e9clare avoir alert\u00e9, \u00e0 maintes reprises, les autorit\u00e9s en charge de l\u2019environnement au niveau provincial, r\u00e9gional et m\u00eame central, en vain. \u00ab Le d\u00e9boisement est avanc\u00e9. Si on n\u2019y prend garde, l\u2019arbre \u00e0 karit\u00e9 va dispara\u00eetre, surtout qu\u2019on dit que son bois br\u00fble bien\u00a0\u00bb, pr\u00e9vient-il. Alors qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9couter, les bienfaits du karit\u00e9, encore appel\u00e9 \u00ab\u00a0arbre miracle\u00a0\u00bb, ne sont plus \u00e0 d\u00e9montrer. A travers ses fruits, mentionne M. Tagnan, le karit\u00e9 participe \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 alimentaire des m\u00e9nages dans les zones rurales. Quant \u00e0 ses amandes, ajoute-t-il, elles constituent une v\u00e9ritable source de revenus pour nombre de femmes. \u00ab\u00a0En plus de ses vertus th\u00e9rapeutiques, le beurre de karit\u00e9 intervient dans certains rites et fun\u00e9railles chez les <em>Nuni<\/em>\u00a0\u00bb, fait savoir Abou. Ali Coulibaly abonde dans le m\u00eame sens en signalant que br\u00fbler un arbre \u00e0 karit\u00e9 \u00e9quivaut \u00e0 br\u00fbler le porte-monnaie d\u2019une famille. Et le responsable coutumier de Sapouy, Mahamadi Nama, de conclure que ce sont les arbres qui nous permettent de vivre.\u00a0Tuer un arbre, pour lui, c\u2019est se tuer soi-m\u00eame.<\/p>\n<blockquote><p><strong>Croisade contre la d\u00e9forestation<\/strong><\/p><\/blockquote>\n<p>Les coutumiers sont unanimes \u00e0 reconnaitre que les services de l\u2019environnement seuls ne peuvent pas lutter contre le d\u00e9boisement. C\u2019est pourquoi, de temps \u00e0 autre, ils mettent la main \u00e0 la p\u00e2te. \u00ab\u00a0Personne \u00e0 Oupon n\u2019ignore qu\u2019on ne doit pas couper le karit\u00e9\u00a0\u00bb, clame Augustin Batian Nignan, un natif de la localit\u00e9. En cas d\u2019infraction, d\u00e9clare-t-il, l\u2019amende fix\u00e9e par la tradition est soit un b\u0153uf, soit un petit ruminant et des poulets, selon l\u2019ampleur du pr\u00e9judice. Et le contrevenant a deux options\u00a0: payer l\u2019amende ou quitter le village. Malheureusement, regrette M. Nignan, avec l\u2019av\u00e8nement du modernisme, les m\u00e9thodes traditionnelles de protection des arbres s\u2019appliquent de moins en moins. C\u2019est \u00e9galement l\u2019avis du chef de canton de Sapouy, Mahamadi Nama. A ce qu\u2019il dit, avant, on impliquait les f\u00e9tiches dans la sauvegarde de l\u2019environnement. Des sacrifices \u00e9taient faits sur les autels des anc\u00eatres pour interdire la coupe du karit\u00e9, selon lui. \u00ab\u00a0Celui qui transgresse les interdits est mordu par un serpent. S\u2019il ne se d\u00e9clare pas, c\u2019est la mort qui s\u2019ensuit. Pour r\u00e9parer la faute, l\u2019int\u00e9ress\u00e9 apporte un b\u0153uf au cas o\u00f9 il a sciemment agi et un mouton ou une ch\u00e8vre s\u2019il l\u2019a fait par m\u00e9garde. L\u2019animal re\u00e7u est offert aux divinit\u00e9s de la brousse\u00a0\u00bb, explique le responsable coutumier. De nos jours, rel\u00e8ve-t-il, ces pratiques ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9es parce que le contexte a chang\u00e9. Mahamadi Nama accuse surtout ses parents qui, obnubil\u00e9s par l\u2019argent, n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 vendre des centaines d\u2019ha aux <em>agrobusiness men<\/em> venus de la capitale, Ouagadougou. \u00ab<strong>\u00a0<\/strong>Chez nous, la terre ne se vend pas mais l\u2019argent a boulevers\u00e9 l\u2019ordre social\u00a0\u00bb, soupire-t-il.<\/p>\n<p>M\u00eame si le karit\u00e9 est traditionnellement prot\u00e9g\u00e9 dans les champs par les paysans, force est de reconnaitre qu\u2019il pousse encore \u00e0 l\u2019\u00e9tat sauvage. Selon la croyance populaire, rapporte Abou Tagnan, il \u00e9tait interdit de planter le karit\u00e9 au risque de mourir. Pour lui, d\u2019aucuns disaient qu\u2019il mettait 23 ans avant de produire. Des st\u00e9r\u00e9otypes qui sont actuellement r\u00e9volus, puisqu\u2019il estime qu\u2019avec la recherche, en huit ans, le <em>Vitellaria paradoxa<\/em> commence \u00e0 produire. Au regard du vieillissement des arbres \u00e0 karit\u00e9, M. Tagnan recommande aux autorit\u00e9s burkinab\u00e8 de faire de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence de l\u2019esp\u00e8ce une priorit\u00e9.<\/p>\n<p>En attendant, les femmes de la f\u00e9d\u00e9ration <em>Nununa<\/em> souhaitent la s\u00e9curisation de leurs parcs \u00e0 karit\u00e9 par des textes afin qu\u2019ils ne soient pas un jour transform\u00e9s en champs de production agricole.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>Mady KABRE<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>dykabre@yahoo.fr<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Sp\u00e9cialis\u00e9e dans la fabrication du beurre de karit\u00e9, la f\u00e9d\u00e9ration Nununa, bas\u00e9e \u00e0 L\u00e9o, province de la Sissili, fait face aux exigences du march\u00e9 international. Depuis 2018, elle ne vend que du beurre certifi\u00e9 biologique. Pour ce faire, elle a d\u00e9limit\u00e9, dans des r\u00e9serves foresti\u00e8res prot\u00e9g\u00e9es des provinces de la Sissili et du Ziro, des [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":1307,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[22,89],"tags":[],"class_list":{"0":"post-1306","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-environnement","8":"category-la-une-site"},"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2022\/07\/1.jpg?fit=1024%2C683&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/paqtIK-l4","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1306","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1306"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1306\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1307"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1306"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1306"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1306"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}