{"id":1907,"date":"2023-09-21T21:17:19","date_gmt":"2023-09-21T21:17:19","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/?p=1907"},"modified":"2023-09-21T21:18:34","modified_gmt":"2023-09-21T21:18:34","slug":"alimentation-du-betail-les-eleveurs-netaient-pas-interesses-a-cultiver-du-fourrage-dr-souleymane-ouedraogo-chercheur-a-linera-farako-ba","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/2023\/09\/21\/alimentation-du-betail-les-eleveurs-netaient-pas-interesses-a-cultiver-du-fourrage-dr-souleymane-ouedraogo-chercheur-a-linera-farako-ba\/","title":{"rendered":"Alimentation du b\u00e9tail : \u00ab Les \u00e9leveurs n\u2019\u00e9taient pas int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 cultiver du fourrage \u00bb, Dr Souleymane Ou\u00e9draogo, chercheur \u00e0 l\u2019INERA\/Farako-B\u00e2"},"content":{"rendered":"<p><strong>Dr Souleymane Ou\u00e9draogo est zootechnicien en service \u00e0 l\u2019Institut de l\u2019environnement et de recherches agricoles (INERA) de Farako-B\u00e2 (Bobo-Dioulasso). Depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, il s\u2019investit pour l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019alimentation du b\u00e9tail. Dans cet entretien accord\u00e9 \u00e0 Carrefour africain, ce passionn\u00e9 des plantes fourrag\u00e8res fait d\u00e9couvrir ces esp\u00e8ces dont la production suscite de nos jours de l\u2019engouement. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Carrefour africain (C.A.) : Qu\u2019entend-on par plantes fourrag\u00e8res ? Souleymane Ou\u00e9draogo <\/strong><\/p>\n<p><strong>(S.O.) :<\/strong> Avant de parler de plantes fourrag\u00e8res, je vais commencer d\u2019abord par le fourrage. Le fourrage est tout ce qui est v\u00e9g\u00e9tal que les animaux peuvent consommer. Donc \u00e7a peut \u00eatre des herbes comme des arbres. Quant \u00e0 la plante fourrag\u00e8re, elle est une plante qui produit du fourrage. Si c\u2019est un arbre, ce sont ses feuilles ou ses gousses ou parfois ses fleurs qui sont app\u00e9t\u00e9es par les animaux.<\/p>\n<p>Si c\u2019est une herbac\u00e9e, qui rassemble tout ce qui n\u2019est pas ligneux, elle peut \u00eatre une herbe, le sorgho, le ma\u00efs, le riz, etc. Les plantes fourrag\u00e8res ne sont pas seulement exotiques ; la plupart sont des esp\u00e8ces sauvages, natives de nos \u00e9cologies. En consid\u00e9rant le milieu des savanes du Burkina Faso, la flore herbac\u00e9e et ligneuse comporte des esp\u00e8ces fourrag\u00e8res comme des esp\u00e8ces qui ne sont pas fourrag\u00e8res, que les animaux ne mangent pas. Ces esp\u00e8ces disposent de moyens de d\u00e9fense propres qui font que si les animaux les mangent, soit ils vont d\u00e9velopper des maladies, des diarrh\u00e9es par exemple, soit ils vont mourir, parce qu\u2019elles comportent des substances toxiques.<\/p>\n<p>Il y en a aussi qui contiennent des essences un peu r\u00e9pulsives, qui ont un certain go\u00fbt d\u00e9sagr\u00e9able qui fait que les animaux ne les mangent pas \u00e0 l\u2019\u00e9tat vert. Mais tout cela est relatif, car si un animal est soumis \u00e0 un stress alimentaire s\u00e9v\u00e8re, il peut d\u00e9velopper une accoutumance (une sorte d\u2019adaptation) \u00e0 ces esp\u00e8ces jadis toxiques. Il peut m\u00eame manger le carton. Sinon, naturellement, l\u2019animal trie parmi l\u2019offre fourrag\u00e8re. Quand on lui donne une grande quantit\u00e9 d\u2019un aliment donn\u00e9, il va trier d\u2019abord ce qui est de meilleure qualit\u00e9. En r\u00e9sum\u00e9, les plantes fourrag\u00e8res peuvent \u00eatre des cultures c\u00e9r\u00e9ali\u00e8res ou des l\u00e9gumineuses (cultures \u00e0 double usage) ou des cultures fourrag\u00e8res pures.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Comment vous est venue cette passion pour les plantes fourrag\u00e8res ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> C\u2019est un peu li\u00e9 \u00e0 mon cursus universitaire. Parce que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 form\u00e9 \u00e0 l\u2019Institut de d\u00e9veloppement rural (IDR), option \u00e9levage. Donc, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 trop t\u00f4t sensibilis\u00e9 aux questions d\u2019alimentation des animaux. L\u2019alimentation des animaux constitue la premi\u00e8re pr\u00e9occupation en \u00e9levage et occasionne le plus de d\u00e9pense chez l\u2019\u00e9leveur.<\/p>\n<p>Les autres aspects sont aussi importants, mais m\u00eame si vous arrivez \u00e0 garantir la sant\u00e9 de l\u2019animal et que vous n\u2019arrivez pas \u00e0 bien l\u2019alimenter, la production ne sera pas au rendez-vous. Donc c\u2019est depuis l\u2019universit\u00e9 que je me suis int\u00e9ress\u00e9 aux questions de l\u2019alimentation des animaux et bien s\u00fbr aux semences fourrag\u00e8res. Quand je faisais mon ing\u00e9niorat, j\u2019ai travaill\u00e9 sur la digestibilit\u00e9 des fourrages locaux.<\/p>\n<p>C\u2019est-\u00e0-dire que quand vous donnez du fourrage \u00e0 un animal, il l\u2019ing\u00e8re. Il faut donc mesurer sa capacit\u00e9 d\u2019ingestion. Car, en fonction de son poids, l\u2019animal peut manger une certaine quantit\u00e9 et cela d\u00e9pend des esp\u00e8ces. J\u2019\u00e9tais amen\u00e9 \u00e0 r\u00e9colter des esp\u00e8ces de fourrage et \u00e0 mesurer les quantit\u00e9s que les animaux ing\u00e8rent. Ce sont par exemple le Brachiaria lata, le Panicum anabaptistum et le Pennisetum pedicellatum pour les herbac\u00e9es et le Combretum aculeatum, le Balanites aegyptiaca, le Ziziphus mauritiana\u2026, pour les ligneux.<\/p>\n<p>Ce sont ces esp\u00e8ces que nous avions beaucoup utilis\u00e9es pour nos essais d\u2019alimentation dans la zone de Gamp\u00e9la. Mais la difficult\u00e9, c\u2019est comment trouver la semence pour assurer la production quand les esp\u00e8ces deviendront rares dans les p\u00e2turages. Pour le Pennisetum, il n\u2019y avait pas trop de soucis. Mais pour le Brachiaria lata qui est l\u2019une des meilleures esp\u00e8ces fourrag\u00e8res, on n\u2019est pas arriv\u00e9 \u00e0 ma\u00eetriser sa production de semence jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent.<\/p>\n<p>Si j\u2019avais fait l\u2019option g\u00e9n\u00e9tique des plantes, j\u2019aurais travaill\u00e9 \u00e0 domestiquer le Brachiaria lata, une esp\u00e8ce appel\u00e9e koala en moor\u00e9 et qui pousse aux abords des maisons, l\u00e0 o\u00f9 il y a un peu de fertilit\u00e9. Il fait des feuilles bien larges et est tr\u00e8s app\u00e9t\u00e9 par les animaux. Mais le seul probl\u00e8me est que les \u00e9pillets de ses inflorescences tombent d\u00e8s leur maturit\u00e9. En plus, il y a les oiseaux qui picorent ces \u00e9pillets. Donc, on a du mal \u00e0 avoir la semence de cette esp\u00e8ce pour assurer la production. On compte sur la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration naturelle pour l\u2019avoir.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Ces \u00e9tudes sur les esp\u00e8ces fourrag\u00e8res remontent \u00e0 quelle ann\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> C\u2019\u00e9tait en 1993. A cette \u00e9poque d\u00e9j\u00e0, il y avait des probl\u00e8mes pour alimenter correctement les animaux, surtout les b\u0153ufs de trait. Il fallait chercher la semence fourrag\u00e8re. On a essay\u00e9, avec des collaborateurs, de r\u00e9cup\u00e9rer des semences de Stylosanthes, de Panicum et de Brachiaria, pour faire des exp\u00e9rimentations avec les producteurs dans le cadre du conseil de gestion aux exploitations agricoles.<\/p>\n<p>Quand j\u2019ai eu l\u2019opportunit\u00e9 de faire ma th\u00e8se de doctorat, je me suis int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration du p\u00e2turage naturel par l\u2019introduction des l\u00e9gumineuses. Parce que je me suis rendu compte que les esp\u00e8ces qui dominent dans le p\u00e2turage naturel, surtout dans la zone soudanienne, sont des herbac\u00e9es gramin\u00e9es.<\/p>\n<p>Il y a moins de l\u00e9gumineuses app\u00e9t\u00e9es. Or, dans sa nutrition, l\u2019animal a besoin de fourrage qui lui apporte de l\u2019\u00e9nergie, ce que les gramin\u00e9es lui donnent, mais aussi de fourrage qui lui apporte des prot\u00e9ines qu\u2019on retrouve beaucoup plus dans les l\u00e9gumineuses. Donc, il faut les deux sources pour que son alimentation soit \u00e9quilibr\u00e9e. C\u2019est cette pauvret\u00e9 des l\u00e9gumineuses dans les p\u00e2turages tropicaux de la zone soudanienne qui m\u2019a pouss\u00e9 \u00e0 vouloir am\u00e9liorer leur repr\u00e9sentativit\u00e9 dans le milieu du pacage.<\/p>\n<p>Quand vous regardez le p\u00e2turage soudanien, on a tendance \u00e0 voir que des gramin\u00e9es. Alors qu\u2019il y a aussi des l\u00e9gumineuses, mais ce ne sont pas toutes des l\u00e9gumineuses fourrag\u00e8res. C\u2019est-\u00e0-dire que beaucoup d\u2019entre elles ne sont pas app\u00e9t\u00e9es par les animaux \u00e0 cause de leur toxicit\u00e9. Par exemple, l\u2019esp\u00e8ce que les Moss\u00e9 appellent Gar\u00e9 n\u2019est pas app\u00e9t\u00e9e parce qu\u2019elle est du genre Indigofera.<\/p>\n<p>Ce sont des l\u00e9gumineuses qui fixent de l\u2019azote qu\u2019on retrouve dans les p\u00e2turages. Cela veut dire que si l\u2019on s\u00e8me du fourrage naturel, le Brachiaria par exemple, au bout d\u2019un certain temps d\u2019exploitation, il y aura ces Indigofera qui vont pousser \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Et comme elles ne sont pas app\u00e9t\u00e9es, elles vont produire une grande quantit\u00e9 de semences et se d\u00e9velopper.<\/p>\n<p>Toutefois, elles jouent un r\u00f4le important, car elles fixent de l\u2019azote qui est utilis\u00e9 par les gramin\u00e9es parce que celles-ci n\u2019en synth\u00e9tisent pas. Les gramin\u00e9es ont plut\u00f4t besoin de prendre l\u2019azote dans le sol et si ce dernier n\u2019en est pas pourvu, ce sont les racines d\u00e9compos\u00e9es des l\u00e9gumineuses qui leur permettent de se nourrir. Les l\u00e9gumineuses non fourrag\u00e8res sont donc utiles sur le plan \u00e9cologique et non pour les animaux.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Les Burkinab\u00e8 n\u2019avaient pas l\u2019habitude de produire le fourrage. A quel moment cette option d\u2019en produire est-elle n\u00e9e ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> On a introduit les semences fourrag\u00e8res \u00e0 la station de Farako-B\u00e2 en 1978. C\u2019est un projet de la FAO qui a introduit la culture fourrag\u00e8re \u00e0 la station de Farako-B\u00e2. En 1978, on y produisait d\u00e9j\u00e0 beaucoup de quantit\u00e9s de semences de Brachiaria, de Stylosanthes\u2026, avec Balma N\u00e9bi\u00e9, un de nos a\u00een\u00e9s qui n\u2019est plus.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Mais ce n\u2019\u00e9tait pas vulgaris\u00e9 \u2026 <\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_1909\" aria-describedby=\"caption-attachment-1909\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"1909\" data-permalink=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/2023\/09\/21\/alimentation-du-betail-les-eleveurs-netaient-pas-interesses-a-cultiver-du-fourrage-dr-souleymane-ouedraogo-chercheur-a-linera-farako-ba\/souleymane2\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane2.gif?fit=787%2C525&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"787,525\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"souleymane2\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Pour avoir un kilo de semence des Stylosanthes \u00e0 l\u2019INERA,&lt;br \/&gt;\nil faut d\u00e9bourser 25 000 F CFA.&lt;\/p&gt;\n\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane2.gif?fit=300%2C200&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane2.gif?fit=696%2C464&amp;ssl=1\" class=\"size-medium wp-image-1909\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane2-300x200.gif?resize=300%2C200&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane2.gif?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane2.gif?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane2.gif?resize=150%2C100&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane2.gif?resize=696%2C464&amp;ssl=1 696w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane2.gif?resize=630%2C420&amp;ssl=1 630w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1909\" class=\"wp-caption-text\">Pour avoir un kilo de semence des Stylosanthes \u00e0 l\u2019INERA,<br \/>il faut d\u00e9bourser 25 000 F CFA.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> Ce n\u2019est pas forc\u00e9ment cela. M\u00eame \u00e0 la ferme d\u2019\u00e9levage de Banank\u00e9l\u00e9daga, on a mis le Stylosanthes, le Panicum\u2026 \u00e0 cette \u00e9poque. En fait, en son temps, la pression humaine et animale sur les ressources n\u2019\u00e9tait pas tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e comme aujourd\u2019hui. Parce qu\u2019il y avait encore du p\u00e2turage, notamment les jach\u00e8res. Donc les \u00e9leveurs n\u2019\u00e9taient pas int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 cultiver du fourrage. L\u2019introduction de la production fourrag\u00e8re en 1978 \u00e9tait bonne, mais la p\u00e9riode n\u2019\u00e9tait pas opportune.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 partir des ann\u00e9es 2010 que les gens ont commenc\u00e9 \u00e0 demander de plus en plus les semences fourrag\u00e8res. Dans nos activit\u00e9s de recherche sur l\u2019am\u00e9lioration de la fertilit\u00e9 des sols par exemple, nous avons exp\u00e9riment\u00e9 une dizaine de vari\u00e9t\u00e9s de Casanus. On en a r\u00e9colt\u00e9 des tonnes de semences qui sont rest\u00e9es pourrir dans nos magasins. Personne n\u2019en voulait. On a fini par en donner \u00e0 des femmes pour qu\u2019elles fassent des beignets (foireau en langue locale).<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, tout le monde veut le Casanus pour faire du fourrage et nourrir les animaux. C\u2019est une question de d\u00e9calage du besoin par rapport au contexte. Donc, \u00e0 partir de 2010, quand les gens ont commenc\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er les fermes agro-pastorales de types plus ou moins modernes, ils ont su que la culture fourrag\u00e8re peut \u00eatre une alternative qui va leur permettre de g\u00e9rer leurs animaux, surtout en saison s\u00e8che o\u00f9 ils n\u2019ont rien \u00e0 manger.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Y a-t-il des plantes fourrag\u00e8res pris\u00e9es par les animaux qui ont disparu aujourd\u2019hui ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> Il y en a beaucoup, m\u00eame si elles n\u2019ont pas totalement disparu. Par exemple, le Brachiaria lata est de moins en moins pr\u00e9sent dans les p\u00e2turages. Le Pennisetum pedicellatum (Kimbgo en moor\u00e9) et l\u2019Andropogon gayanus (Pidim ou Mofaogo en moor\u00e9 ou Karassa bin en dioula) font partie des esp\u00e8ces dont on nous demande les semences en quantit\u00e9s importantes pour r\u00e9introduire dans les zones pastorales, parce qu\u2019elles ont disparu ou sont devenues rares.<\/p>\n<p>Le minist\u00e8re en charge des ressources animales avait mis l\u2019accent sur la fauche et la conservation du fourrage naturel, puisque les \u00e9leveurs ne voulaient pas le cultiver. L\u2019id\u00e9e \u00e9tait que, comme il y a des fourrages naturels en abondance en saison pluvieuse, il faut simplement les faucher, les s\u00e9cher puis les conserver pour en utiliser en saison s\u00e8che. L\u2019une des meilleures esp\u00e8ces qui s\u2019y pr\u00eataient \u00e9tait le Pennisetum pedicellatum. Elle est tr\u00e8s int\u00e9ressante, parce qu\u2019elle contient beaucoup de glucides circulants.<\/p>\n<p>Malheureusement, le Pennisetum a tendance \u00e0 dispara\u00eetre dans beaucoup de zones. L\u2019Andropogon gayanus qu\u2019on utilise pour faire des seccos est aussi une esp\u00e8ce qui \u00e9tait abondante dans beaucoup de localit\u00e9s. Mais de nos jours, on en trouve rarement. Autour de Bobo-Dioulasso, c\u2019est \u00e0 Farako-B\u00e2 que les gens viennent couper l\u2019Andropogon gayanus pour les seccos, parce que le milieu est prot\u00e9g\u00e9. Donc, sa semence est de plus en plus demand\u00e9e. C\u2019est l\u2019une des meilleures esp\u00e8ces du point de vue du fourrage naturel que les \u00e9leveurs reconnaissent en particulier pour ses repousses en saison s\u00e8che.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Combien de types de plantes fourrag\u00e8res peut-on rencontrer au Burkina Faso ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> On ne peut pas citer le nombre, mais je vais commencer par organiser. Il y a d\u2019abord les ligneux et les herbac\u00e9es. C\u2019est-\u00e0-dire ce qui est arbre et ce qui est herbe. Dans les herbes, on a deux groupes : les gramin\u00e9es qui sont riches en \u00e9nergie et les l\u00e9gumineuses, riches en azote. Si vous prenez les gramin\u00e9es comme les l\u00e9gumineuses, il y a des p\u00e9rennes ou pluriannuelles ou vivaces qui peuvent vivre deux, quatre ou plus de dix ans et il y a les annuelles qui poussent chaque ann\u00e9e, font leurs semences et le cycle est boucl\u00e9 et s\u2019arr\u00eate.<\/p>\n<p>L\u2019ann\u00e9e prochaine, ce sont les semences qui vont repousser et ainsi de suite. Les esp\u00e8ces locales, principalement le Brachiaria lata et le Pennisetum pedicellatum font partie des gramin\u00e9es annuelles qui sont en voie de disparition. Au niveau des l\u00e9gumineuses annuelles, ce sont notamment l\u2019Alysicarpus ovalifolius et les Zornia glochidiata. Il y a bien s\u00fbr d\u2019autres, mais les plus importantes sont celles que je viens de citer.<\/p>\n<p>Quant aux gramin\u00e9es p\u00e9rennes les plus importantes qui sont de moins en moins pr\u00e9sentes dans les p\u00e2turages, ce sont Andropogon gayanus, Andropogon ascinodis, Hypparhenia spp,\u2026 Au niveau des arbres aussi, on a surtout Pterocarpus erinaceus, Pterocarpus lucens, Dalbergia et Afzelia africana. Parmi les arbustes, nous avons Combretum acculeatum, Ximenia americana,\u2026<\/p>\n<p>Ce sont des esp\u00e8ces locales qui sont tellement \u00e9mond\u00e9es chaque ann\u00e9e qu\u2019elles sont en train de dispara\u00eetre. Les jeunes ca\u00eflc\u00e9drats n\u2019y \u00e9chappent pas non plus, parce que les gens les coupent et les animaux les app\u00e8tent. Il faut aussi noter que certaines de ces esp\u00e8ces sont tr\u00e8s recherch\u00e9es pour leur vertu m\u00e9dicinale. Maintenant, il y a des esp\u00e8ces qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9introduites, parce qu\u2019elles sont d\u2019origine africaine mais ont \u00e9t\u00e9 am\u00e9lior\u00e9es beaucoup plus au Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>Les grains de ces esp\u00e8ces ont voyag\u00e9 avec les esclaves \u00e0 travers leurs habits, leurs cheveux\u2026 Il s\u2019agit de Brachiaria ruzizensis et de l\u2019Andropogon gayanus. Actuellement, il y a un important travail de s\u00e9lection et d\u2019am\u00e9lioration sur ces esp\u00e8ces fourrag\u00e8res pour nourrir les animaux. Au d\u00e9part, la recherche nationale sur la s\u00e9lection a mis l\u2019accent sur les cultures vivri\u00e8res d\u2019abord.<\/p>\n<p>Ce qui est normal, parce que la pr\u00e9occupation du moment \u00e9tait comment nourrir les hommes et non les animaux. Elle est m\u00eame encore d\u2019actualit\u00e9 dans la mesure o\u00f9 nous sommes toujours en qu\u00eate d\u2019une souverainet\u00e9 alimentaire. M\u00eame les semences fourrag\u00e8res qu\u2019on a donn\u00e9es, les gens acceptaient les prendre par politesse, mais ne les cultivaient pas ou les n\u00e9gligeaient.<\/p>\n<figure id=\"attachment_1910\" aria-describedby=\"caption-attachment-1910\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"1910\" data-permalink=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/2023\/09\/21\/alimentation-du-betail-les-eleveurs-netaient-pas-interesses-a-cultiver-du-fourrage-dr-souleymane-ouedraogo-chercheur-a-linera-farako-ba\/souleymane3\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane3.gif?fit=787%2C525&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"787,525\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"souleymane3\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, Dr Souleymane Ou\u00e9draogo a fait de la s\u00e9lection des esp\u00e8ces fourrag\u00e8res sa passion.&lt;\/p&gt;\n\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane3.gif?fit=300%2C200&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane3.gif?fit=696%2C464&amp;ssl=1\" class=\"size-medium wp-image-1910\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane3-300x200.gif?resize=300%2C200&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane3.gif?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane3.gif?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane3.gif?resize=150%2C100&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane3.gif?resize=696%2C464&amp;ssl=1 696w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane3.gif?resize=630%2C420&amp;ssl=1 630w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1910\" class=\"wp-caption-text\">Depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, Dr Souleymane Ou\u00e9draogo a fait de la s\u00e9lection des esp\u00e8ces fourrag\u00e8res sa passion.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas une priorit\u00e9. L\u2019accent \u00e9tait plut\u00f4t mis sur le volet humain avec la production des l\u00e9gumineuses \u00e0 graines, telles que le ni\u00e9b\u00e9 et le voandzou, et des gramin\u00e9es comme le sorgho, le ma\u00efs et le riz. On a donc beaucoup de s\u00e9lectionneurs pour les cultures vivri\u00e8res alors qu\u2019on n\u2019en a pas pour le fourrage. Cependant, de plus en plus, les s\u00e9lectionneurs des cultures vivri\u00e8res sont sensibilis\u00e9s \u00e0 la s\u00e9lection des doubles usages.<\/p>\n<p>Par exemple, les vari\u00e9t\u00e9s de ni\u00e9b\u00e9 KVX-745-11P et Teek-Songo ont \u00e9t\u00e9 s\u00e9lectionn\u00e9es pour leurs feuillages plus riches et plus abondants. Leur production de graines est moins importante, mais peut atteindre 800 kilogrammes en moyenne \u00e0 l\u2019hectare. Mais celle de biomasse est tr\u00e8s importante et peut aller jusqu\u2019\u00e0 deux ou trois tonnes de mati\u00e8re s\u00e8che \u00e0 l\u2019hectare.<\/p>\n<p>Les s\u00e9lectionneurs du sorgho ont aussi fait pareil, avec des vari\u00e9t\u00e9s \u00e0 double usage (Sariasso 14, Sariasso 16, Sounbatimi, Grinkan, ICSV-1049,\u2026). Pour le ma\u00efs, on a des vari\u00e9t\u00e9s \u00ab stay green \u00bb comme Espoir, FBC 6 et m\u00eame des hybrides, telles que Komsaya et Bondofa qui restent vertes au moment o\u00f9 les \u00e9pis sont \u00e0 maturit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Vos semences sont-elles vendues ou offertes gracieusement aux producteurs ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> Dans le temps, on donnait gratuitement les semences et on formait les producteurs aux techniques de r\u00e9colte. Naturellement, ce n\u2019est pas all\u00e9 loin, parce que tr\u00e8s souvent il n\u2019y a pas d\u2019engouement autour de tout ce qui est donn\u00e9. Finalement, \u00e0 partir des ann\u00e9es 2010, on a commenc\u00e9 \u00e0 vendre la semence de fourrage. On a d\u2019abord cultiv\u00e9 le Mucuna et la dolique qui sont des l\u00e9gumineuses annuelles pour vendre la semence.<\/p>\n<p>Il en est de m\u00eame pour le fourrage que nous produisons. Apr\u00e8s la r\u00e9colte de la semence, on fauche le reste du fourrage qu\u2019on bottelle pour la vente. Et beaucoup de gens s\u2019y int\u00e9ressent. En fait, on ne peut pas offrir gratuitement ce fourrage-ci aux \u00e9leveurs. Sinon on va nous reprocher d\u2019avoir donn\u00e9 \u00e0 telle personne et non \u00e0 telle autre. Quand vous utilisez des ressources publiques, la vente est la meilleure des solutions du point de vue de l\u2019\u00e9quit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Par rapport aux semences fourrag\u00e8res, quels sont les prix qui sont propos\u00e9s aux producteurs ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> Nous vendons la semence par kilogramme. Nous avons un catalogue officiel au niveau de l\u2019INERA qui permet de vendre les semences fourrag\u00e8res de fa\u00e7on harmonis\u00e9e \u00e0 Farako-B\u00e2, \u00e0 Saria, \u00e0 Dori&#8230; Le kilogramme de semence de base des l\u00e9gumineuses fourrag\u00e8res \u00e0 grosses graines (Mucuna et dolique) co\u00fbte 2 500 F CFA, sauf le ni\u00e9b\u00e9 fourrager qui est \u00e0 3 000 F CFA.<\/p>\n<p>Tout simplement parce que sa production est plus difficile. La semence de base des vari\u00e9t\u00e9s de sorgho \u00e0 double usage est \u00e0 1 500 F CFA le kilo (Grinkan, Sariasso 14, Sariasso 16, Sounbatimi, ICSV-1049,\u2026). Le pois d\u2019Angole est \u00e0 5 000 F CFA le kilo. Par contre, les Stylosanthes (guianensis et hamata), les Brachiaria (mulato et ruziziensis) et le Panicum maximum qui sont plus difficiles \u00e0 produire co\u00fbtent 25 000 F CFA le kilo. Quant \u00e0 l\u2019Andropogon gayanus dont la r\u00e9colte de la semence est suffisamment p\u00e9nible, son kilogramme co\u00fbte 50 000 F CFA et m\u00eame 75 000 F CFA ailleurs.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Est-ce qu\u2019avec ces prix qui sont relativement \u00e9lev\u00e9s, vous arrivez \u00e0 avoir des clients ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> Oui. Cela ne suffit m\u00eame pas, puisque le besoin est l\u00e0. Dans beaucoup de zones, les gens veulent r\u00e9introduire l\u2019Andropogon gayanus qui est en voie de disparition. Mais ce n\u2019est pas parce qu\u2019il y a la demande qu\u2019on a augment\u00e9 les prix. Quand on calcule les co\u00fbts de production d\u2019un kilogramme de semence d\u2019Andropogon, ce n\u2019est pas facile. Au niveau de la recherche, si les prix sont \u00e9lev\u00e9s, c\u2019est parce qu\u2019on int\u00e8gre beaucoup de param\u00e8tres. On emploie des gens pour faire le travail et la main-d\u2019\u0153uvre co\u00fbte cher.<\/p>\n<p>Nous ne vendons pas les semences avec des buts lucratifs. Ce qu\u2019on a l\u2019intention de faire, c\u2019est de former des producteurs semenciers qui vont rendre disponibles les semences de tr\u00e8s bonne qualit\u00e9. En ce moment, les prix pourront peut-\u00eatre baisser.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Un producteur de fourrage peut-il pr\u00e9lever directement la semence dans son champ ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> Oui. Si vous voulez du bon fourrage, il ne faut pas que les plantes arrivent \u00e0 maturit\u00e9, sinon \u00e7a devient de la paille. Il faut plut\u00f4t r\u00e9colter juste au moment o\u00f9 les plantes sont au stade d\u2019\u00e9piaison. C\u2019est la p\u00e9riode optimale. Puisque quand les feuilles font la photosynth\u00e8se, elles accumulent tous les \u00e9l\u00e9ments nutritifs qu\u2019il faut, qui vont \u00eatre transf\u00e9r\u00e9s pour remplir les grains, apr\u00e8s quoi les pailles se vident.<\/p>\n<p>Alors qu\u2019il faut \u00e9viter cela. C\u2019est pourquoi la meilleure p\u00e9riode de r\u00e9colte, pour ce qui est des herbac\u00e9es ou m\u00eame des l\u00e9gumineuses, c\u2019est au d\u00e9but d\u2019apparition des panicules et des fleurs. Une autre alternative est de couper une partie de votre champ pour avoir du bon fourrage et laisser l\u2019autre pour avoir les grains, c\u2019est-\u00e0-dire les semences. Mais il y a aussi des esp\u00e8ces fourrag\u00e8res qu\u2019on peut repiquer. Si on prend la famille des Panicum, m\u00eame parmi les Brachiaria, on peut d\u00e9terrer des souches, s\u00e9parer les talles et repiquer comme le riz.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Quelle quantit\u00e9 de semences fourrag\u00e8res faut-il pour couvrir un hectare ? <\/strong><\/p>\n<figure id=\"attachment_1911\" aria-describedby=\"caption-attachment-1911\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignright\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"1911\" data-permalink=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/2023\/09\/21\/alimentation-du-betail-les-eleveurs-netaient-pas-interesses-a-cultiver-du-fourrage-dr-souleymane-ouedraogo-chercheur-a-linera-farako-ba\/souleymane4\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane4.gif?fit=787%2C525&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"787,525\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"souleymane4\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Selon Dr Ou\u00e9draogo, les Panicum font partie des esp\u00e8ces fourrag\u00e8res qu\u2019on peut repiquer.&lt;\/p&gt;\n\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane4.gif?fit=300%2C200&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane4.gif?fit=696%2C464&amp;ssl=1\" class=\"size-medium wp-image-1911\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane4-300x200.gif?resize=300%2C200&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane4.gif?resize=300%2C200&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane4.gif?resize=768%2C512&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane4.gif?resize=150%2C100&amp;ssl=1 150w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane4.gif?resize=696%2C464&amp;ssl=1 696w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane4.gif?resize=630%2C420&amp;ssl=1 630w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-1911\" class=\"wp-caption-text\">Selon Dr Ou\u00e9draogo, les Panicum font partie des esp\u00e8ces fourrag\u00e8res qu\u2019on peut repiquer.<\/figcaption><\/figure>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> Tout d\u00e9pend des vari\u00e9t\u00e9s que vous avez choisies. Par exemple, pour les Panicum, les Stylosanthes, les Andropogon\u2026 qui ont de petits grains, il en faut 4 \u00e0 6 kg pour semer sur un hectare. Pour le ni\u00e9b\u00e9 fourrager, il faut 12 kg, 40 kg pour le Mucuna et 16 kg pour la dolique, parce que les graines sont grosses. En ce qui concerne l\u2019Andropogon gayanus par exemple, nous ne recommandons pas les semis \u00e0 la vol\u00e9e, mais en lignes continues ou en poquet. De sorte qu\u2019on puisse m\u00e9caniser l\u2019entretien et que l\u2019Andropogon ne se confonde pas aux autres herbes au stade jeune.<\/p>\n<p>La plupart des esp\u00e8ces que nous vendons n\u2019ont pas besoin de deux sarclages mais d\u2019une seule. Il suffit de leur donner un petit avantage sur les mauvaises herbes par un sarclage entre 15 et 20 jours apr\u00e8s le semis. Apr\u00e8s quoi, elles occupent d\u00e9j\u00e0 tout le terrain. Toutefois, il faut continuer les entretiens en arrachant les mauvaises plantes afin de laisser le p\u00e2turage propre.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Qu\u2019en est-il des rendements des plantes fourrag\u00e8res ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> L\u00e0 aussi, cela d\u00e9pend des esp\u00e8ces. Pour l\u2019Andropogon, on peut avoir 15, 20 et m\u00eame 40 tonnes de mati\u00e8re s\u00e8che par hectare et par an, en fonction de la gestion. Si on irrigue et on fertilise le champ, on peut aller \u00e0 40 ou 50 tonnes. Mais si vous semez sans entretien, vous n\u2019allez pas avoir quatre tonnes par hectare la m\u00eame ann\u00e9e. Avec la fertilisation et l\u2019irrigation, vous pouvez avoir trois \u00e0 quatre coupes dans l\u2019ann\u00e9e. Quinze tonnes de mati\u00e8re fraiche peuvent correspondre \u00e0 cinq tonnes de mati\u00e8re s\u00e8che.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Toutes les esp\u00e8ces fourrag\u00e8res ont-elles besoin d\u2019engrais ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> Les engrais sont plus ou moins indispensables. Ce ne sont pas forc\u00e9ment les engrais chimiques. La fertilisation est importante. Elle peut ne pas \u00eatre min\u00e9rale mais organique. On peut utiliser la fiente de volaille qui contient beaucoup d\u2019azote ou le fumier des b\u0153ufs qui contient du phosphore.<\/p>\n<p>Si on prend les plantes comme Andropogon gayanus, le Brachiaria (ruzizensis, moulato) ou les Panicum, les racines vont plus en profondeur dans le sol. Mais n\u2019emp\u00eache qu\u2019au bout d\u2019un certain temps, il faut fertiliser sinon la production va baisser. Quand les feuilles sont jaunes, cela signifie qu\u2019il n\u2019y a pas assez d\u2019azote. Si les plantes sont bien vertes mais ne se d\u00e9veloppent pas vite, cela veut dire qu\u2019il manque du phosphore. Il faut les apporter pour optimiser la production de biomasse.<\/p>\n<p><strong>C. A. : La plupart des plantes sont attaqu\u00e9es par les ennemis des cultures. Les esp\u00e8ces fourrag\u00e8res sont-elles \u00e9pargn\u00e9es ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> Les herbac\u00e9es n\u2019ont pas besoin d\u2019\u00eatre trait\u00e9es parce qu\u2019elles ont leur propre m\u00e9canisme de d\u00e9fense contre les ennemis des cultures. Quand elles sont au stade jeune, il peut arriver que des chenilles attaquent les feuilles mais avec les pluies, \u00e7a passe. L\u00e0 o\u00f9 c\u2019est d\u00e9licat, c\u2019est avec les l\u00e9gumineuses parce qu\u2019elles contiennent beaucoup d\u2019azote.<\/p>\n<p>A un certain moment, quand l\u2019humidit\u00e9 de l\u2019air devient tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e, pouvant atteindre 80% au mois d\u2019ao\u00fbt-septembre, il y a des champignons qui peuvent se d\u00e9velopper sur les feuilles et provoquer leur chute. Donc il faut un traitement phytosanitaire g\u00e9n\u00e9ralement aux fongicides lors des semis pour pr\u00e9venir. C\u2019est pourquoi, on recommande d\u2019attendre fin juillet ou d\u00e9but ao\u00fbt avant de semer le ni\u00e9b\u00e9 fourrager dont la couverture du sol par les feuilles est totale au stade avanc\u00e9 de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p><strong>C. A. : Quelles difficult\u00e9s rencontrez-vous dans la production du fourrage ? <\/strong><\/p>\n<p><strong>S.O. :<\/strong> Nous, en tant que chercheurs, les difficult\u00e9s que nous rencontrons sont li\u00e9es au manque d\u2019argent pour payer la main-d\u2019\u0153uvre au bon moment pour ex\u00e9cuter correctement les travaux. C\u2019est souvent le cas pour la protection phytosanitaire de certaines cultures comme le ni\u00e9b\u00e9 et la dolique.<\/p>\n<p>Pour avoir les semences de ni\u00e9b\u00e9, il faut au moins un traitement phytosanitaire au d\u00e9but de la floraison et un second traitement deux semaines apr\u00e8s. On recommande des insecticides syst\u00e9miques pour le ni\u00e9b\u00e9 fourrager, vu que l\u2019abondance du feuillage limite l\u2019efficacit\u00e9 des insecticides de contact. Sinon vous allez avoir des feuilles et pas des graines. Les feuilles vont favoriser le d\u00e9veloppement des insectes qui vont s\u2019attaquer \u00e0 toutes les fleurs et les jeunes gousses.<\/p>\n<p>Il y a aussi des \u00e9leveurs environnants qui entrent tr\u00e8s souvent clandestinement dans le domaine de Farako-B\u00e2 pour faire pa\u00eetre leurs animaux. Ils viennent vers 16h 30, au moment o\u00f9 les agents sont descendus ou bien les weekends, parce qu\u2019ils savent qu\u2019il n\u2019y a que quelques gardiens. Notre domaine fait 475 hectares et n\u2019est pas cl\u00f4tur\u00e9. Les \u00e9leveurs entrent de tous les c\u00f4t\u00e9s et c\u2019est difficile pour une dizaine de gardiens de contr\u00f4ler cela.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019une des difficult\u00e9s que nous rencontrons en mati\u00e8re de recherche \u00e0 Farako-B\u00e2. Pour cl\u00f4turer 475 hectares, ce n\u2019est pas simple non plus. Il faut que l\u2019Etat nous aide, car c\u2019est un patrimoine national qu\u2019il faut pr\u00e9server pour les g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9sentes et futures. Du c\u00f4t\u00e9 des producteurs, c\u2019est l\u2019indisponibilit\u00e9 des semences fourrag\u00e8res et surtout leur co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 qui sont index\u00e9s.<\/p>\n<p>Mais le v\u00e9ritable souci pour eux, c\u2019est la question de conservation du fourrage. On a vu des \u00e9leveurs qui l\u2019ont stock\u00e9 dans leurs maisons. Il faut donc les aider \u00e0 acqu\u00e9rir des infrastructures relativement simples pour conserver le fourrage. L\u2019autre aspect important est de les accompagner dans la valorisation efficiente de ce fourrage par des productions animales intensives et orient\u00e9es vers le march\u00e9. Cela leur permettra d\u2019\u00eatre motiv\u00e9s par des gains financiers, ce qui est d\u00e9terminant pour l\u2019adoption de la production fourrag\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Mady KABRE <\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dr Souleymane Ou\u00e9draogo est zootechnicien en service \u00e0 l\u2019Institut de l\u2019environnement et de recherches agricoles (INERA) de Farako-B\u00e2 (Bobo-Dioulasso). Depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, il s\u2019investit pour l\u2019am\u00e9lioration de l\u2019alimentation du b\u00e9tail. Dans cet entretien accord\u00e9 \u00e0 Carrefour africain, ce passionn\u00e9 des plantes fourrag\u00e8res fait d\u00e9couvrir ces esp\u00e8ces dont la production suscite de nos jours de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":1908,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_post_was_ever_published":false,"_jetpack_newsletter_access":"","_jetpack_dont_email_post_to_subs":false,"_jetpack_newsletter_tier_id":0,"_jetpack_memberships_contains_paywalled_content":false,"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":""},"categories":[232,47,89],"tags":[493,54,494,496,495],"class_list":{"0":"post-1907","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-elevage-et-peche","8":"category-interview","9":"category-la-une-site","10":"tag-alimentation","11":"tag-betail","12":"tag-dr","13":"tag-inera-farako-ba","14":"tag-souleymanne"},"jetpack_featured_media_url":"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2023\/09\/souleymane.gif?fit=762%2C484&ssl=1","jetpack_sharing_enabled":true,"jetpack_shortlink":"https:\/\/wp.me\/paqtIK-uL","jetpack-related-posts":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1907","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1907"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1907\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1908"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1907"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1907"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1907"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}