{"id":454,"date":"2019-03-25T12:13:52","date_gmt":"2019-03-25T12:13:52","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/?p=454"},"modified":"2019-03-25T12:34:26","modified_gmt":"2019-03-25T12:34:26","slug":"attaques-terroristes-a-lest-du-burkina-a-la-rencontre-dune-population-courageuse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/2019\/03\/25\/attaques-terroristes-a-lest-du-burkina-a-la-rencontre-dune-population-courageuse\/","title":{"rendered":"Attaques terroristes \u00e0 l\u2019Est du Burkina: A la rencontre d\u2019une population courageuse"},"content":{"rendered":"<p><strong>La r\u00e9gion de l\u2019Est est un \u00e9picentre des attaques terroristes perp\u00e9tr\u00e9es contre le Burkina. De Fada, la capitale r\u00e9gionale, \u00e0 Pama, zone cyn\u00e9g\u00e9tique et touristique, les populations font face aux menaces terroristes mais aussi au ralentissement de l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique, au ch\u00f4mage technique, \u00e0 la fermeture des \u00e9coles ou encore \u00e0 la d\u00e9gradation de la situation sanitaire. Un reportage dans cette zone en f\u00e9vrier 2019 montre une vaillante population qui r\u00eave d\u2019un retour rapide de la qui\u00e9tude.<\/strong><\/p>\n<p>La population de la r\u00e9gion de l\u2019Est est devenue otage d\u2019une guerre asym\u00e9trique. Nous sommes all\u00e9s \u00e0 sa rencontre. La pr\u00e9paration de cette la sortie s\u2019est beaucoup aliment\u00e9e des nouvelles venant du \u00abfront\u00bb. Elles font \u00e9cho de l\u2019attaque du d\u00e9tachement militaire du 34e RIA (R\u00e9giment interarmes), pr\u00e9-positionn\u00e9 \u00e0 Kabonga dans la province de la Kompienga. M\u00eame si les soldats ont su \u00e9chapper aux balles assassines de l\u2019ennemi, on d\u00e9plore n\u00e9anmoins des d\u00e9g\u00e2ts mat\u00e9riels assez importants.<\/p>\n<p>Quelques jours avant notre d\u00e9part pour Fada, les m\u00e9dias annon\u00e7aient un second passage de l\u2019adversaire sur les lieux, cherchant apparemment \u00e0 effacer toute pr\u00e9sence militaire. Une fois sur place, nous apprendrons qu\u2019il n\u2019y a pas eu de r\u00e9sistance, nos hommes ayant \u00abd\u00e9croch\u00e9s\u00bb au vu du feu nourri des assaillants. Les r\u00e9seaux sociaux, toujours au parfum des tribulations de nos FDS, nous renseignent que certains d\u2019entre elles auraient ralli\u00e9 le Togo voisin avant d\u2019\u00eatre interpell\u00e9s puis remis aux autorit\u00e9s burkinab\u00e8.<\/p>\n<p>Pendant ce temps, le nouveau chef d\u2019Etat-major g\u00e9n\u00e9ral des Arm\u00e9es, via un communiqu\u00e9 de presse, a mis en garde tout militaire qui serait pris en flagrant d\u00e9lit d\u2019abandon de poste face \u00e0 l\u2019ennemi. Il est tomb\u00e9 comme un couperet pour confirmer les rumeurs de la d\u00e9bandade des soldats. L\u2019attaque, nous confie-t-on, a eu lieu peu avant le repas du soir.<br \/>\nC\u2019est dans ce contexte s\u00e9curitaire peu reluisant, suscitant \u00e0 la fois curiosit\u00e9 professionnelle et appr\u00e9hension de l\u2019inconnu que s\u2019est effectu\u00e9 le voyage sur la r\u00e9gion de l\u2019Est.<\/p>\n<p>Pour des raisons \u00e9videntes de s\u00e9curit\u00e9, nous empruntons un car. Apr\u00e8s trois heures de trajet, nous arrivons \u00e0 destination autour de 9h. Des conducteurs de cyclomoteurs, appel\u00e9s \u00ab taxi-motos \u00bb en qu\u00eate de clients, nous assaillent. Une personne contact\u00e9e auparavant, apr\u00e8s quelques soucis de communication d\u00fbs \u00e0 la mauvaise qualit\u00e9 du r\u00e9seau mobile principal, arrive enfin. Nous apprenons de lui que les perturbations t\u00e9l\u00e9phoniques sont assez fr\u00e9quentes et que parfois, la r\u00e9gion peut rester des jours entiers sans r\u00e9seau.<\/p>\n<h3>Les Fadalais dansent l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 sur des musiques en vogue<\/h3>\n<p>La plupart des autorit\u00e9s ont d\u00e9sert\u00e9 leurs circonscriptions administratives, nous apprend-on. On aura l\u2019occasion de le constater sur le terrain. Des \u00abmissions\u00bb de dur\u00e9e ind\u00e9termin\u00e9e ou des bobos de sant\u00e9 persistants ont fait \u00e9chouer bien des rendez-vous.<br \/>\nA la tomb\u00e9e de la nuit, nous pr\u00eemes place dans une gargote situ\u00e9e aux abords d\u2019un terrain de football, non loin de la route nationale reliant Fada \u00e0 Pama. Le calme et l\u2019obscurit\u00e9 plus ou moins dense \u00e9taient propices pour poursuivre les \u00e9changes.<\/p>\n<p>Au loin, de l\u2019un des nombreux maquis qui encerclent cet espace vide nous parvenaient des notes de musique en vogue. Des maquis, Fada en regorge. La nuit venue, ils ne d\u00e9semplissent pas. Surtout les week-ends. Selon un des g\u00e9rants, les choses ne sont plus comme avant mais le monde de la nuit \u00absort quand m\u00eame\u00bb. Des suspects auraient \u00e9t\u00e9 interpell\u00e9s quelques semaines avant notre arriv\u00e9e par la police dans le maquis le plus hupp\u00e9 de la ville.<\/p>\n<p>Notre contact qui nous accueillit, s\u2019excusa car le lendemain il devrait se rendre dans la province de la Tapoa, \u00e0 plus de deux cents kilom\u00e8tres, pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 Logobou o\u00f9 une \u00e9pid\u00e9mie de m\u00e9ningite foudroyante avait d\u00e9j\u00e0 fait plus d\u2019une vingtaine de morts. L\u2019autre compagnon nous fait part de sa sortie dans la province de la Kompienga, sur la th\u00e9matique de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. La g\u00e9rante de la gargote nous laissa car il \u00e9tait l\u2019heure pour elle de rentrer.<\/p>\n<p>Notre interlocuteur et nous avions tant de choses \u00e0 nous dire que nous nous s\u00e9par\u00e2mes peu avant une heure du matin. Avant de nous jeter dans les bras de Morph\u00e9e, la d\u00e9cision est prise, il faut que nous allions \u00e0 Pama. Mais priorit\u00e9 d\u2019abord \u00e0 Fada N\u2019Gourma, pour constater la r\u00e9silience de cette population que nous c\u00f4toyons par intermittence depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<p>Nous f\u00eemes appel au premier taxi-moto pour le march\u00e9 de b\u00e9tail hebdomadaire afin de prendre le pouls de la cit\u00e9. Cette infrastructure marchande inaugur\u00e9e en 2006, fruit de la coop\u00e9ration entre la Suisse et le Burkina Faso, drainait un monde fou \u00e0 la belle \u00e9poque. En est-il toujours ainsi ? Oui, mais\u2026 Oui, car ce sont les m\u00eames populations bigarr\u00e9es, le m\u00eame vacarme et les m\u00eames odeurs qui emplissent l\u2019air. Oui, car les affaires se font toujours directement entre acheteurs et vendeurs.<\/p>\n<p>Mais, parce que l\u2019affluence n\u2019est plus la m\u00eame \u00e0 vue d\u2019\u0153il. Ce qui nous sera confirm\u00e9 par la suite par le pr\u00e9sident de la f\u00e9d\u00e9ration des march\u00e9s de b\u00e9tail de l\u2019Est, membre du comit\u00e9 de gestion.<\/p>\n<p>L\u2019affluence du jour est d\u2019ailleurs perturb\u00e9e par une op\u00e9ration conjointe des Forces de d\u00e9fense et de s\u00e9curit\u00e9 (police nationale, gendarmerie, police municipale, douane). L\u2019objectif de cette op\u00e9ration est de v\u00e9rifier les identit\u00e9s des conducteurs et documents d\u2019engins \u00e0 deux roues. A la fin de l\u2019op\u00e9ration l\u2019on a constat\u00e9 que chaque entit\u00e9 a embarqu\u00e9 \u00abses\u00bb engins en infraction pour les convoyer \u00e0 son si\u00e8ge plut\u00f4t que de les regrouper en un seul endroit.<\/p>\n<p>Les habitudes d\u00e9cidemment ont la peau dure, m\u00eame en p\u00e9riode de crise.<br \/>\nApr\u00e8s le march\u00e9 \u00e0 b\u00e9tail, visite dans les trois principaux \u00e9tablissements d\u2019h\u00e9bergement, sur la vingtaine que compte la ville de Fada N\u2019Gourma. A l\u2019Auberge du 11-D\u00e9cembre, \u00e0 l\u2019Auberge du Conseil r\u00e9gional ou \u00e0 l\u2019h\u00f4tel Panache, le probl\u00e8me est le m\u00eame : les affaires vont tr\u00e8s mal. Et pour cause, leurs principaux clients que sont les amateurs de chasse et de tourisme cyn\u00e9g\u00e9tique ont d\u00e9sert\u00e9 les lieux.<\/p>\n<p>Les sept campements de chasse que compte la r\u00e9gion sont tous ferm\u00e9s. M\u00eame l\u2019Etat n\u2019organise que rarement ses grandes rencontres statutaires dans cette ville. Que dire alors des ONG ? Les g\u00e9rants de ces \u00e9tablissements invoquent tous la paix et en appellent \u00e0 l\u2019Etat pour les soutenir \u00e0 traverser cette mauvaise passe.<\/p>\n<p>Nous poursuivons nos entretiens dans la ville le lundi. Entre deux tentatives d\u2019arracher une interview, nous f\u00eemes la r\u00e9servation pour Pama, pour le lendemain mardi. D\u00e9part sept heures piles.<\/p>\n<h3>Dans l\u2019antre du loup<\/h3>\n<p>La gare n\u2019\u00e9tant pas si \u00e9loign\u00e9e de notre lieu d\u2019h\u00e9bergement, nous d\u00e9cid\u00e2mes de nous y rendre \u00e0 pieds par une matin\u00e9e glaciale. Curieusement, nous ne sentions pas trop le froid. Sans doute fallait-il lier cela aux multiples questions qui nous assaillent. Arrivera-t-on \u00e0 bon port vu que c\u2019est sur cet axe que par deux fois au moins des FDS ont saut\u00e9 sur des engins explosifs improvis\u00e9s (EEI).<\/p>\n<p>Notre car sera-t-il intercept\u00e9 par les \u00abnouveaux ma\u00eetres\u00bb du terrain ? Certes, les civils ne sont pas leur priorit\u00e9 pour le moment mais comme parfois il faut un d\u00e9but \u00e0 tout\u2026Plong\u00e9 dans nos r\u00e9flexions plus ou moins funestes, nous arrivons. Une demi-heure plus tard, la vingtaine de passagers que nous \u00e9tions, embarqu\u00e2mes pour Pama, le chef-lieu de la province de la Kompienga. Il \u00e9tait 7h10.<\/p>\n<p>Au poste de police situ\u00e9 \u00e0 la sortie Sud de la ville, tout le monde descend pour le contr\u00f4le des pi\u00e8ces d\u2019identit\u00e9. Tr\u00e8s rapidement, nous r\u00e9embarquons pour la suite du trajet apr\u00e8s ces formalit\u00e9s administratives. Deux copines devis\u00e8rent un court instant puis ce fut le silence. Un silence d\u2019autant plus lourd que pas m\u00eame la musique ou une animation vid\u00e9o qui \u00e9gaye ne nous est propos\u00e9e. Nous f\u00eemes le trajet \u00e0 une allure dantesque malgr\u00e9 l\u2019\u00e9tat tr\u00e8s d\u00e9fectueux de la route.<\/p>\n<figure id=\"attachment_457\" aria-describedby=\"caption-attachment-457\" style=\"width: 300px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img data-recalc-dims=\"1\" loading=\"lazy\" decoding=\"async\" data-attachment-id=\"457\" data-permalink=\"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/2019\/03\/25\/attaques-terroristes-a-lest-du-burkina-a-la-rencontre-dune-population-courageuse\/carterr\/\" data-orig-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2019\/03\/carterr.jpg?fit=787%2C590&amp;ssl=1\" data-orig-size=\"787,590\" data-comments-opened=\"1\" data-image-meta=\"{&quot;aperture&quot;:&quot;0&quot;,&quot;credit&quot;:&quot;&quot;,&quot;camera&quot;:&quot;&quot;,&quot;caption&quot;:&quot;&quot;,&quot;created_timestamp&quot;:&quot;0&quot;,&quot;copyright&quot;:&quot;&quot;,&quot;focal_length&quot;:&quot;0&quot;,&quot;iso&quot;:&quot;0&quot;,&quot;shutter_speed&quot;:&quot;0&quot;,&quot;title&quot;:&quot;&quot;,&quot;orientation&quot;:&quot;0&quot;}\" data-image-title=\"carterr\" data-image-description=\"\" data-image-caption=\"&lt;p&gt;Certains \u00e9leveurs ont migr\u00e9 vers des pays voisins, selon Ouss\u00e9ni Gand\u00e8ma, responsable d\u00e9partemental des ressources animales de Pama.&lt;\/p&gt;\n\" data-medium-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2019\/03\/carterr.jpg?fit=300%2C225&amp;ssl=1\" data-large-file=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2019\/03\/carterr.jpg?fit=696%2C522&amp;ssl=1\" class=\"size-medium wp-image-457\" src=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2019\/03\/carterr-300x225.jpg?resize=300%2C225&#038;ssl=1\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2019\/03\/carterr.jpg?resize=300%2C225&amp;ssl=1 300w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2019\/03\/carterr.jpg?resize=768%2C576&amp;ssl=1 768w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2019\/03\/carterr.jpg?resize=80%2C60&amp;ssl=1 80w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2019\/03\/carterr.jpg?resize=265%2C198&amp;ssl=1 265w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2019\/03\/carterr.jpg?resize=696%2C522&amp;ssl=1 696w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2019\/03\/carterr.jpg?resize=560%2C420&amp;ssl=1 560w, https:\/\/i0.wp.com\/www.sidwaya.info\/carrefour\/wp-content\/uploads\/sites\/8\/2019\/03\/carterr.jpg?w=787&amp;ssl=1 787w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><figcaption id=\"caption-attachment-457\" class=\"wp-caption-text\">Certains \u00e9leveurs ont migr\u00e9 vers des pays voisins, selon Ouss\u00e9ni Gand\u00e8ma, responsable d\u00e9partemental des ressources animales de Pama.<\/figcaption><\/figure>\n<p>Nous aper\u00e7\u00fbmes au passage, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres d\u2019intervalle, les \u00e9paves de deux v\u00e9hicules militaires victimes des attentats \u00e0 l\u2019engin explosif improvis\u00e9. Cela en ajouta au silence. Dans l\u2019un des villages situ\u00e9s aux abords de la voie, il y avait de nombreuses bicyclettes et des \u00e9l\u00e8ves qui s\u2019amusaient dans une cour d\u2019\u00e9cole. Apparemment, les choses sont rentr\u00e9es dans l\u2019ordre, contrairement aux informations collect\u00e9es \u00e0 Fada faisant \u00e9tat de fermetures des \u00e9tablissements scolaires, pensons-nous. Nous d\u00e9chanterons \u00e0 notre arriv\u00e9e.<\/p>\n<p>Un panneau publicitaire fit na\u00eetre en nous l\u2019espoir que nous n\u2019\u00e9tions plus loin. Effectivement quelques minutes apr\u00e8s, nous f\u00eemes notre entr\u00e9e dans la ville de Pama. Ouf, nous y sommes sains et saufs. Du v\u00e9hicule, notre regard tomba sur le panneau de la structure o\u00f9 devraient attendre nos constats. Arriv\u00e9 \u00e0 la gare routi\u00e8re, il faudrait refaire le chemin inverse.<\/p>\n<p>Nous nous y rendons \u00e0 pied car ici, contrairement \u00e0 Fada, aucun taxi-moto. L\u2019impression qui se d\u00e9gage aux premiers instants dans cette ville est un climat de m\u00e9fiance envers l\u2019\u00e9tranger. Les regards sont ou inquisiteurs ou fuyants. Voire les deux. Pour une ville frontali\u00e8re tout semble fonctionn\u00e9 au ralenti. Arriv\u00e9 \u00e0 notre point de contact et apr\u00e8s les salutations d\u2019usage et l\u2019objet de notre mission, nous voici juch\u00e9 sur une grosse moto pour le tour de la cit\u00e9. Un tour qui prendra fin en milieu d\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n<p>Notre premi\u00e8re destination fut le service provincial des eaux et for\u00eats. On y trouve quelques arbres. Le meilleur b\u00e2timent du service, apprend-t-on, est l\u2019\u0153uvre d\u2019un projet relavant du parc W (B\u00e9nin-Burkina-Niger). A notre approche, un jeune homme, en civil, kalachnikov en main, quitta le hangar sous lequel il \u00e9changeait avec deux autres jeunes gens.<\/p>\n<p>Il nous fit signe de la main gauche de rester \u00e0 distance et vint \u00e0 notre rencontre. Nous nous pr\u00e9sent\u00e2mes \u00e0 lui. Nous lui d\u00e9clinons l\u2019objet de notre venue. Le directeur \u00e9tant \u00aben mission \u00bb hors de la province, il fit appel \u00e0 l\u2019int\u00e9rimaire par t\u00e9l\u00e9phone. Celui-ci arriva en moins de cinq minutes. Il nous introduisit dans un autre b\u00e2timent menac\u00e9 par l\u2019usure du temps, qui lui faisait office de bureau. De nos \u00e9changes, nous avons compris qu\u2019il \u00e9tait bien disposer \u00e0 satisfaire notre curiosit\u00e9 mais n\u2019ayant pas re\u00e7u d\u2019instruction de son sup\u00e9rieur hi\u00e9rarchique, il se garda bien de le faire.<\/p>\n<h3>Les agents de l\u2019Etat s\u2019accrochent pour servir la population<\/h3>\n<p>La chance commen\u00e7a \u00e0 nous sourire au service d\u00e9partemental des ressources animales. Un jeune homme, de taille moyenne, bien svelte, habill\u00e9 en polo rouge nous accueillit avec bienveillance. Il s\u2019agit du responsable d\u00e9partemental des ressources animales et halieutiques de Pama, Ouss\u00e9ni Ganam\u00e9. Il marqua sa disponibilit\u00e9 pour une interview. A quatre, ils m\u00e8nent leurs activit\u00e9s mais avec pr\u00e9caution.<\/p>\n<p>Ainsi, ils ont pu g\u00e9rer assez efficacement la derni\u00e8re \u00e9pizootie en date \u00e0 savoir celle des \u00e2nes. De m\u00eame pour les activit\u00e9s quotidiennes, ils sont oblig\u00e9s de se rendre sur le terrain pour r\u00e9pondre aux sollicitations des producteurs ou pour l\u2019inspection des produits alimentaires, m\u00eame si c\u2019est \u00ab avec beaucoup de peur \u00bb. Il a pris l\u2019exemple d\u2019un de ses coll\u00e8gues, parti pour une intervention \u00e0 Kabonga (Kompienbiga), \u00e0 une quinzaine de kilom\u00e8tres de Pama.<\/p>\n<p>\u00ab Il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 par ces m\u00eames personnes, mis \u00e0 plat ventre \u00e0 m\u00eame le sol, le fusil \u00e0 bout portant. On lui posa des questions pour savoir s\u2019il \u00e9tait militaire, policier, gendarme ou forestier. Il a r\u00e9pondu non, non, non, non. Ils ont vid\u00e9 son sac qui contenait les produits v\u00e9t\u00e9rinaires. Ils ont fouill\u00e9 ses poches qui contenaient entre 30 et 40 000 francs. Ils n\u2019ont pas pris son argent de m\u00eame que son sac et les produits lui ont \u00e9t\u00e9 restitu\u00e9s avant de le lib\u00e9rer.\u00bb Cet agent, tout comme un priv\u00e9 qui officiait dans cette localit\u00e9 ont \u00e9lu domicile depuis lors \u00e0 Pama.<\/p>\n<p>Et chaque matin, ils y vont pour mener leurs activit\u00e9s. Beaucoup d\u2019\u00e9leveurs peulhs ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rejoindre le Togo, le B\u00e9nin ou le Ghana, apprend-on. Les exactions et la stigmatisation en sont les principales causes. Il y a quelque temps, un \u00e9leveur a sollicit\u00e9 les services v\u00e9t\u00e9rinaires pour vacciner ses animaux dans l\u2019optique de se rendre dans un pays voisin. Il aurait perdu deux de ses bergers, suite \u00e0 une op\u00e9ration militaire.<\/p>\n<p>Les deux tiers au moins des grands \u00e9leveurs sont ainsi partis sous des cieux plus cl\u00e9ments. Le d\u00e9partement de Pama comptait jusqu\u2019\u00e0 5 000 t\u00eates de bovins. \u00ab Notre cri du c\u0153ur c\u2019est que la situation s\u2019am\u00e9liore afin que les gens puissent vaquer \u00e0 leurs occupations \u00bb, souligne-t-il.<\/p>\n<p>Les services de l\u2019agriculture sont aussi confront\u00e9s \u00e0 la probl\u00e9matique de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans la province. Pour son premier responsable, Yahaya Kabor\u00e9, c\u2019est avec amertume qu\u2019ils vivent cette situation d\u2019ins\u00e9curit\u00e9. \u00abQuand vous prenez la route pour Fada, c\u2019est avec beaucoup de pri\u00e8re et d\u2019angoisse parce qu\u2019on ne sait pas ce qui peut vous arriver en cours de route\u00bb, explique-t-il.<\/p>\n<p>Les activit\u00e9s d\u2019appui-conseils et de supervision des agents sur le terrain sont fortement perturb\u00e9es car l\u2019accessibilit\u00e9 leur pose des probl\u00e8mes. D\u2019ailleurs \u00abdes agents sont amen\u00e9s \u00e0 circonscrire leurs interventions alors que nous sommes l\u00e0 pour le d\u00e9veloppement rural, pour l\u2019accompagnement des producteurs afin d\u2019\u00e9radiquer la pauvret\u00e9 en milieu rural\u00bb, ajoute-il. Certains de leurs partenaires qui intervenaient \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s sur le terrain sont \u00e9galement en pleine r\u00e9flexion pour voir comment acc\u00e9der aux sites dans le nouveau contexte.<\/p>\n<p>C\u2019est le cas de la JICA (Agence japonaise de d\u00e9veloppement international) qui appuyait la province pour la relance de la production de soja qui a rapatri\u00e9 tous ses techniciens et la GIZ (coop\u00e9ration allemande) pour la production de riz.<br \/>\nMais les techniciens du monde agricole ne restent cependant pas cloitr\u00e9s dans leurs bureaux. Ils usent de nouveaux stratag\u00e8mes pour se rendre sur le terrain aupr\u00e8s des producteurs.<\/p>\n<p>Les avis des producteurs sur la situation sont \u00e9galement recueillis avant tout d\u00e9placement des techniciens. Et \u00abpour le moment Dieu merci, que ce soit nos coll\u00e8gues sur le terrain, de m\u00eame que ceux qui sont au si\u00e8ge, personne n\u2019a \u00e9t\u00e9 victime d\u2019agression\u00bb. Pour l\u2019heure, il ne leur est pas revenu que des producteurs ont commenc\u00e9 \u00e0 quitter la province.<\/p>\n<p>Nous nous rend\u00eemes au haut-commissariat pour pr\u00e9senter nos civilit\u00e9s au premier responsable de la province. Il est \u00aben mission\u00bb, fit savoir son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral. Cet administrateur civil chevronn\u00e9 se contenta de nous dire ce que tout le monde savait \u00e0 Pama. N\u2019ayant re\u00e7u aucune consigne de la hi\u00e9rarchie. Notre entretien se d\u00e9roula entre arabesques sur son calepin, coups d\u2019\u0153il furtifs et gesticulations disproportionn\u00e9es.<\/p>\n<p>Les \u00e9lus locaux ne sont pas \u00e9pargn\u00e9s par cette psychose g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. \u00abM\u00eame pour aller au service, si tu ne te donnes pas le courage, tu ne veux m\u00eame pas qu\u2019on t\u2019appelle M. le maire\u00bb, affirme le premier adjoint au maire de Pama, Lamourdja Tandamba, dont le titulaire, rentr\u00e9 hier \u00abde mission\u00bb est reparti \u00aben mission\u00bb ce matin. Au service, la concentration n\u2019est pas non plus \u00e0 son maximum \u00e0 cause de la peur, dit-il.<\/p>\n<p>Et d\u2019ajouter : \u00abSi tu es chez toi \u00e0 la maison, \u00e0 partir de 19h-20h, si une moto m\u00eame passe devant ta cour tu as peur. Si cette personne s\u2019arr\u00eate je ne pense pas qu\u2019elle va te trouver chez toi. Tu risques de sauter par le mur parce qu\u2019on ne sait plus qui est qui. Notre vie a totalement chang\u00e9. Tu ne peux m\u00eame plus aller chez ton voisin sans l\u2019avertir. Si quelqu\u2019un t\u2019approche m\u00eame pour de bonnes informations, tu n\u2019oses pas les lui donner parce que tu ne sais pas qui il est \u00bb. Il affirme que de nombreuses familles ont pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 quitter la commune pour aller s\u2019installer ailleurs.<\/p>\n<p>Deux jeunes hommes, attabl\u00e9s dans une gargote, \u00e9couteurs aux oreilles, tripotent leurs Smartphones. Ils confirment \u00eatre \u00e0 pr\u00e9sent d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s. Ils disent rentrer chez eux aussit\u00f4t la nuit tomb\u00e9e pour ne ressortir qu\u2019au lever du jour. La maitresse des lieux, un gar\u00e7onnet \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, est affal\u00e9e sur sa chaise \u00e0 l\u2019ombre de son kiosque tandis que son employ\u00e9e cure des ustensiles de cuisine. Elle affirme que \u00ab \u00e7a va un peu \u00bb en ce qui concerne le chiffre d\u2019affaires.<\/p>\n<p>Par contre, elle se contenta d\u2019un sourire fig\u00e9e \u00e0 la question de savoir si la situation d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 y est pour quelque chose dans la baisse de la quantit\u00e9 de repas vendu quotidiennement. Elle ne pr\u00e9pare de nos jours que la moiti\u00e9 du volume habituel. Rien de surprenant \u00e0 cette perturbation de l\u2019\u00e9conomie locale quand on sait que les d\u00e9bits de boissons ont \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9s sur instruction des terroristes. Seuls quelques t\u00e9m\u00e9raires font de la r\u00e9sistance ou vendent leurs boissons sous le manteau.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9lu \u00e9voque le fait que certains habitants viennent lui demander s\u2019ils sont toujours au Burkina Faso et si le gouvernement est inform\u00e9 de la situation qui pr\u00e9vaut. \u00abNous leur r\u00e9pondons que c\u2019est parce qu\u2019il est au courant que les militaires qu\u2019il nous envoie sont victimes d\u2019explosion\u00bb, pr\u00e9cise-t-il. Il d\u00e9plore la fermeture des \u00e9tablissements scolaires dans la province. Soit 74 \u00e9coles primaires, un \u00e9tablissement pr\u00e9scolaire, 9 coll\u00e8ges d\u2019enseignement g\u00e9n\u00e9ral et trois lyc\u00e9es publics.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quences, plus de 600 enseignants et des milliers d\u2019\u00e9l\u00e8ves se retrouvent dans la nature. Malgr\u00e9 tout, la vie se poursuit.<\/p>\n<p>Les mariages et les c\u00e9r\u00e9monies coutumi\u00e8res ont lieu dans la commune, souligne-t-il. C\u2019est dire que les populations en tous les cas font preuve de r\u00e9silience dans ce contexte d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 aigue.<\/p>\n<p>Nous avons pris cong\u00e9s des Pamalais, aux environs de 17 heures pour regagner Fada N\u2019Gourma. Un voyage retour qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 dans une ambiance d\u00e9tendue, malgr\u00e9 la vitesse d\u00e9mentielle du chauffeur et les secousses li\u00e9es aux nids de poule.<\/p>\n<p style=\"text-align: right\"><strong>Alassane NEYA<\/strong><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Des victoires encourageantes et un couvre-feu de 19h \u00e0 6h<\/strong><\/p>\n<p>Des nouvelles tr\u00e8s r\u00e9jouissantes parviennent des fronts Est et Nord dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Apr\u00e8s notre passage, l\u2019arm\u00e9e a men\u00e9 des actions de riposte vigoureuses et sanglantes. Ainsi plusieurs groupes d\u2019assaillants ont \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9s, selon des informations fournies par l\u2019Arm\u00e9e \u00e0 travers des communiqu\u00e9s. Des assaillants qui avaient vis\u00e9 une patrouille de gendarmerie le 28 f\u00e9vrier dans la zone d\u2019Aribinda, ont subi une riposte au cours de laquelle huit d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 neutralis\u00e9s, selon un communiqu\u00e9 de l\u2019Etat-Major g\u00e9n\u00e9ral des arm\u00e9es.<\/p>\n<p>Bien avant, une op\u00e9ration men\u00e9e dans les zones de Kompienbiga, de Kabonga et au Campement, du 19 au 20 f\u00e9vrier, a permis de mettre 29 assaillants \u00abhors d\u2019\u00e9tat de nuire\u00bb toujours selon l\u2019Etat-major des Arm\u00e9es.<br \/>\nPour poursuivre dans cette lanc\u00e9e, un couvre-feu a \u00e9t\u00e9 instaur\u00e9 de 19h \u00e0 6h dans toute la r\u00e9gion de l\u2019Est, pour compter du jeudi 7 mars au samedi 20 avril 2019, selon un communiqu\u00e9 du gouvernorat de la r\u00e9gion.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9gion de l\u2019Est est un \u00e9picentre des attaques terroristes perp\u00e9tr\u00e9es contre le Burkina. 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