{"id":578,"date":"2019-05-14T18:12:05","date_gmt":"2019-05-14T18:12:05","guid":{"rendered":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/?p=578"},"modified":"2019-05-14T18:12:05","modified_gmt":"2019-05-14T18:12:05","slug":"huileries-les-bobolais-affectes-par-la-crise-du-coton","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.sidwaya.info\/carrefour\/2019\/05\/14\/huileries-les-bobolais-affectes-par-la-crise-du-coton\/","title":{"rendered":"Huileries:\u00a0Les bobolais affect\u00e9s par la crise du coton\u00a0"},"content":{"rendered":"<p><strong>Le gouvernement a contribu\u00e9 au rachat de 10\u00a0000 tonnes d\u2019huile invendues en fin 2018. Au constat, cette mesure ne semble pas avoir eu un impact positif chez tous les huiliers. Entre m\u00e9vente, endettement et manque de graines, certains huiliers bobolais craignent la banqueroute.<\/strong><\/p>\n<p>Fatim huilerie est une unit\u00e9 de fabrication artisanale d\u2019huile alimentaire bas\u00e9e \u00e0 Bobo-Dioulasso. Elle tourne au ralenti, mais refuse d\u2019\u00eatre aval\u00e9e par les multinationales. A l\u2019entr\u00e9e de l\u2019usine, deux vigiles post\u00e9s \u00e0 la gu\u00e9rite accueillent et orientent les visiteurs. Ce dimanche 24 f\u00e9vrier 2019, pas de repos pour les travailleurs de cette entreprise. Des machines vrombissent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un des b\u00e2timents. Un petit local attenant \u00e0 cette salle sert de bureau \u00e0 Siaka Traor\u00e9, \u00a0le directeur g\u00e9n\u00e9ral. Assis sur un canap\u00e9, il a le visage triste. Et pour cause\u00a0? Il n\u2019arrive pas \u00e0 vendre ses produits.<\/p>\n<p>Au constat, il nous conduit dans la salle de production. Des ouvriers rev\u00eatus de blouse bleue s\u2019acquittent convenablement de leurs t\u00e2ches. Des bidons d\u2019huile chaude fra\u00eechement embouteill\u00e9s sortent l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre au bout de la cha\u00eene. Avant de rejoindre les magasins, ils sont d\u2019abord cas\u00e9s dans un angle de la salle.<\/p>\n<p>On aper\u00e7oit aussi des aliments pour b\u00e9tail fourr\u00e9s dans des sacs et entrepos\u00e9s. Ils sont issus des r\u00e9sidus des graines ol\u00e9agineuses.<\/p>\n<p>Dans la cour, des graines de coton s\u2019empilent. Un calme plat y r\u00e8gne. Derri\u00e8re cette morosit\u00e9 se cache une r\u00e9alit\u00e9\u00a0: la mauvaise sant\u00e9 financi\u00e8re de l\u2019entreprise. Nous ne tarderons pas \u00e0 le d\u00e9couvrir. La mine serr\u00e9e, Siaka\u00a0 Traor\u00e9 se plaint de la m\u00e9vente de ses produits. D\u00e9sempar\u00e9, il s\u2019en prend \u00e0 l\u2019Etat. Il estime que l\u2019industrie locale n\u2019est pas suffisamment prot\u00e9g\u00e9e. Du coup, estime-t-il, les huiliers bobolais en font les frais. Toute chose qui r\u00e9sulte, de son avis, de la lib\u00e9ralisation \u00e0 outrance du secteur. Cons\u00e9quence, beaucoup croulent sous le poids des dettes. Des huiliers manquent d\u2019argent pour payer la mati\u00e8re premi\u00e8re. D\u2019autres ont purement et simplement ferm\u00e9 boutique.<\/p>\n<p>Fatim huilerie n\u2019est pas un cas isol\u00e9. La plupart des huiliers bobolais se portent mal, faute de d\u00e9bouch\u00e9 pour \u00e9couler leurs productions. M. Traor\u00e9 a de quoi s\u2019inqui\u00e9ter. Les affaires ne marchent plus. Pendant ce temps, il doit payer les salaires, l\u2019eau, l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, entre autres. Des entreprises comme la soci\u00e9t\u00e9 industrielle du Faso (SIFA), \u00a0SAVANA et plus r\u00e9cemment Winner industrie, ont mis la cl\u00e9 sous le paillasson et n\u2019ont pas pu se relever jusque-l\u00e0. L\u2019id\u00e9e de se retrouver dans la m\u00eame situation hante l\u2019esprit de l\u2019huilier bobolais.<\/p>\n<p><strong>80 000 bidons toujours invendus \u00e0 la SN-CITEC<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s Fatim huilerie, nous mettons le cap sur la SN-CITEC, situ\u00e9e au c\u0153ur de la zone industrielle de Bobo-Dioulasso. Cette entreprise sp\u00e9cialis\u00e9e dans la fabrication d\u2019huile alimentaire au Burkina Faso \u00e0 base des graines de coton semble faire de bonnes affaires. Des camions attendent leur chargement. Avec pr\u00e8s de 376\u00a0000 bidons d\u2019invendus en septembre 2018, il ne reste que quelque 80\u00a0000 actuellement.<\/p>\n<p>Selon Alassane Ou\u00e9draogo, directeur du guichet unique, des efforts ont \u00e9t\u00e9 consentis par le gouvernement pour aider les huiliers bobolais \u00e0 vider leurs stocks. Si la question refait surface, assure-t-il, c\u2019est parce que la comp\u00e9titivit\u00e9 de leurs produits sur le march\u00e9 pose probl\u00e8me. A l\u2019\u00e9couter, il faut d\u00e9sormais que nos op\u00e9rateurs \u00e9conomiques unissent leurs forces pour cr\u00e9er des unit\u00e9s fiables et comp\u00e9titives. Ils peuvent, par exemple, \u00e9voluer vers des Groupements d\u2019int\u00e9r\u00eat \u00e9conomique (GIE).<\/p>\n<p>Il pense que le gouvernement a jou\u00e9 sa partition. Il appartient aux huiliers de prendre leur destin en main. D\u2019apr\u00e8s lui, la question qu\u2019il faut se poser est de savoir pourquoi c\u2019est \u00e0 Bobo-Dioulasso que \u00e7a ne marche pas\u00a0? Selon ses explications, il est difficile de trouver une r\u00e9ponse appropri\u00e9e \u00e0 cette probl\u00e9matique parce que les autres huiliers ne connaissent pas de m\u00e9vente. La m\u00e9vente touche aussi bien les petites unit\u00e9s que les grandes. Foi de M. Traor\u00e9, son entreprise est tr\u00e8s loin de ses capacit\u00e9s de production. Le rythme actuel du travail a consid\u00e9rablement baiss\u00e9, fait-il observer, passant de 9 \u00e0 10 mois d\u2019activit\u00e9s \u00e0 4 ou 5 mois sur 12 pr\u00e9sentement.<\/p>\n<p>Avec une capacit\u00e9 journali\u00e8re de 500 bidons de 20 litres produites, l\u2019entreprise essaie tant bien que mal de maintenir le cap. Mais jusqu\u2019\u00e0 quand pourrait-elle tenir le coup, s\u2019interroge Siaka Traor\u00e9, visiblement d\u00e9\u00e7u. Toutefois, il pointe du doigt aux importations et \u00e0 la fraude et qu\u2019il suspecte d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019origine de la m\u00e9vente de l\u2019huile produite au Burkina. En plus de cela, il se lamente sur la multiplicit\u00e9 des taxes. Elles sont nombreuses, atteste-t-il, et influent n\u00e9gativement sur la production. Et que dire du co\u00fbt tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 des facteurs de production\u00a0? Il se demande comment, au regard de ces obstacles, les huiliers arriveront \u00e0 s\u2019en sortir sans un coup de pouce de l\u2019Etat. A ce propos, les autorit\u00e9s ne sont pas rest\u00e9es indiff\u00e9rentes face aux souffrances des huiliers.<\/p>\n<p>Ainsi, des rencontres d\u2019\u00e9changes ont eu lieu le 21 septembre 2018 sur la probl\u00e9matique avec pour objectif de lever les goulots d\u2019\u00e9tranglement. Elle a fait l\u2019objet d\u2019une rencontre de concertation entre le gouvernement et des membres du R\u00e9seau des importateurs et distributeurs d\u2019huiles alimentaires. Ces rencontres leur ont permis de r\u00e9unir, dans un m\u00e9morandum, quelques propositions de solutions.<\/p>\n<p>Au nombre de ces solutions, on note l\u2019enl\u00e8vement de 10\u00a0000 tonnes de stock d\u2019huile alimentaire invendus et des aliments de b\u00e9tail de la SN-Citec et des unit\u00e9s industrielles de production d\u2019huiles alimentaires respectant le cahier de charges des huileries et la r\u00e8glementation \u00e9conomique en vigueur aux conditions convenues.<\/p>\n<p><strong>Des huiliers compl\u00e8tement terre<\/strong><\/p>\n<p>A cela s\u2019ajoute la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019\u00e9tablir un partenariat sous l\u2019\u00e9gide du minist\u00e8re du Commerce, entre le R\u00e9seau des distributeurs et la SN-Citec pour la promotion de la production et la commercialisation des huiles alimentaires au Burkina Faso. Le r\u00e9seau a \u00e9galement sollicit\u00e9 du minist\u00e8re du Commerce, la limitation des autorisations sp\u00e9ciales d\u2019importation d\u2019huile aux seuls membres du pr\u00e9sent R\u00e9seau. Cette op\u00e9ration a permis de r\u00e9duire consid\u00e9rablement les stocks d\u2019invendus. M. Traor\u00e9 demande au gouvernement de revoir les choses, particuli\u00e8rement en ce qui concerne la protection des industries locales. \u00ab\u00a0<em>Il faut que l\u2019Etat nous prot\u00e8ge<\/em>\u00a0\u00bb, sugg\u00e8re-t-il.<\/p>\n<p>De nos jours, souligne-t-il, certains huiliers sont compl\u00e8tement \u00e0 terre. Ils n\u2019ont plus d\u2019argent pour acheter la mati\u00e8re premi\u00e8re, ce qui est compromettant pour le fonctionnement de leurs unit\u00e9s. Le moral en berne, il affirme qu\u2019il a pu n\u00e9anmoins s\u2019approvisionner pour quelques mois seulement. L\u00e0 aussi, tout n\u2019est pas rose. Car on peut avoir l\u2019argent et ne pas pouvoir disposer de la graine de coton sur le march\u00e9 national. A en croire Siaka Traor\u00e9, la crise du coton affecte les huiliers bobolais. En effet, poursuit-il, la graine de coton devient de plus en plus rare \u00e0 cause de la chute de la production du coton. Il explique en outre, que son stock va servir pour deux mois d\u2019activit\u00e9s seulement parce qu\u2019il n\u2019y pas de graine. A la question de savoir s\u2019ils ne peuvent pas se ravitailler \u00e0 partir du Mali, sa r\u00e9ponse a \u00e9t\u00e9 on ne peut plus clair. \u00ab<em>Au Mali, il est interdit de faire sortir la graine du territoire national<\/em>\u00a0\u00bb, d\u00e9voile-t-il.<\/p>\n<p>Au cours de la rencontre avec les autorit\u00e9s, le porte-parole du r\u00e9seau des importateurs et distributeurs, El hadj Boukar\u00e9 Ou\u00e9draogo, par ailleurs pr\u00e9sident-directeur g\u00e9n\u00e9ral de Sodipra Socom, a fait comprendre que le r\u00e9seau des distributeurs des huiles alimentaires du Burkina Faso s\u2019inscrit dans une logique d\u2019accompagnement du gouvernement dans la promotion des industries.<\/p>\n<p>Une initiative salu\u00e9e \u00e0 sa juste valeur par le ministre en charge du commerce, Harouna Kabor\u00e9, qui l\u2019a d\u2019ailleurs qualifi\u00e9e d\u2019acte patriotique qui vise \u00e0 r\u00e9sorber la question de m\u00e9vente dans le secteur. Il a aussi indiqu\u00e9 que la production nationale en huile est estim\u00e9e \u00e0 50 000 tonnes contre un besoin d\u2019environ 100 000 tonnes. D\u2019o\u00f9 l\u2019imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9guler les importations pour prot\u00e9ger les industriels nationaux, croit-il savoir. En d\u00e9pit des multiples entraves, certains continuent de produire sauf qu\u2019ils vendent souvent \u00e0 perte. Siaka Traor\u00e9 note avec un brin de regret qu\u2019il est oblig\u00e9 de c\u00e9der le bidon de 20 litres \u00e0 8000 FCFA au lieu de 15\u00a0000 FCFA. Comment faire pour survivre\u00a0? C\u2019est la pr\u00e9occupation commune \u00e0 tous les huiliers bobolais dont certains ont commenc\u00e9 \u00e0 brader leurs produits sur le march\u00e9. \u00ab\u00a0<em>Avec toutes les taxes qu\u2019on paie, on ne peut pas s\u2019en sortir<\/em>\u00a0\u00bb, reconna\u00eet Siaka Traor\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Ouamtinga Michel ILBOUDO<\/strong><\/p>\n<p><a href=\"mailto:Omichel20@gmail.com\">Omichel20@gmail.com<\/a><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le gouvernement a contribu\u00e9 au rachat de 10\u00a0000 tonnes d\u2019huile invendues en fin 2018. Au constat, cette mesure ne semble pas avoir eu un impact positif chez tous les huiliers. Entre m\u00e9vente, endettement et manque de graines, certains huiliers bobolais craignent la banqueroute. 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