Procès du putsch : des témoins à décharge de deux accusés

A la barre du tribunal militaire de Ouagadougou, le vendredi 15 mars 2019, six personnes citées par deux accusés, le sergent Nobila Sawadogo et le sergent-chef Médard Boué, ont témoigné sur le calendrier de ces derniers aux premiers moments du putsch de 2015.

Au titre des témoignages à la barre du tribunal militaire de Ouagadougou, on retiendra pour l’audience du vendredi 15 mars 2019, l’entrée en scène des témoins cités par des accusés.

Pour convaincre le tribunal qu’il n’était ni du commando qui a pris les autorités en otage, ni des éléments qui, après cela, sont allés chercher le général Gilbert Diendéré chez lui, le sergent Nobila Sawadogo a fait venir son cousin, Konsaamyouré Sawadogo dit Salam, 62 ans. Admis, en raison du lien de parenté avec l’accusé, à ne pas prêter serment, Salam a relaté que le 16 septembre 2015, son cousin est venu chez lui entre 10h et 12h pour des échanges au sujet des préparatifs de funérailles devant se tenir dans leur village. A la fin de l’entrevue, l’accusé aurait fait part au témoin de son besoin de fournitures scolaires au profit d’élèves au village. Le témoin lui a alors recommandé dame Rufine Sawadogo qui en vend au secteur n°21 de Ouagadougou et dont le mari est de la même localité que Nobila Sawadogo. Citée également comme témoin, l’employée de commerce qui appelle le sergent Nobila son « mari », a confié avoir reçu le prévenu à son lieu de travail. « Il est arrivé vers 12 h et on s’est séparé vers 15 h après que je suis allée au Dix-yaar chercher un complément de fournitures pour lui. Il y a ajouté des pneus et m’a dit qu’il allait de ce pas expédier le tout au village », a ajouté dame Sawadogo.

Témoin et « supporter »

Mais pour le parquet, le témoignage de Rufine est à prendre avec des pincettes car, elle n’intervient qu’en supporter de son « mari ». Les deux témoins ont indiqué n’avoir pas connu le programme de Nobila après leur rencontre, sauf Salam qui a dit avoir appris plus tard que son cousin était dans l’escorte du général Diendéré. Le troisième témoin à la décharge de Nobila Sawadogo est le sergent Jean Yonli. Selon son récit, le 16 septembre 2015, pendant qu’il était à son poste, il a reçu vers 15h un appel de son collègue à qui il a répercuté une instruction donnée par le major Badiel à des militaires de l’ex-RSP, à savoir dire à tout élément du corps qui appellerait de rejoindre la présidence du Faso. Sur ce, a ajouté le sous-officier, son collègue l’a rejoint à 17h. Aux questions du parquet et de la partie civile de savoir pourquoi il a transmis des instructions dont il n’était pas destinataire, le témoin a argué que Nobila pourrait lui en vouloir s’il ne le faisait pas et que du reste, en tant que militaire, quand il y a un problème, il faut se rendre à son corps. Me Pierre Yanogo de la partie civile s’est montré intrigué par les deux heures mises par le sergent Sawadogo pour arriver à Kosyam. Quant à son confrère, Me Ali Neya, il est resté dubitatif sur l’heure d’arrivée du sergent Nobila à Kosyam.

« Sur quoi vous fondez-vous pour dire qu’il est venu précisément à 17 h ?», a questionné l’avocat. «J’ai regardé mon téléphone. Il était 17h mais je ne me rappelle pas les minutes », a lâché le témoin. De ces trois témoignages et de la rectification apportée par le sergent-chef Moussa Nébié et le caporal Sami Da, le conseil du sergent Nobila Sawadogo, Me Flore Toé, a conclu que son client n’a pris part ni à l’assaut sur le Conseil des ministres ni à l’expédition qui a conduit le général Diendéré à Kosyam.
Après Nobila, c’est le sergent-chef Médard Boué qui a voulu se faire décharger avec le témoignage de trois personnes également.

L’adjudant-chef major Issouf Guiré (gendarme), a témoigné avoir conseillé Boué, le 17 septembre 2015 de ne pas se mêler des événements alors en cours à la demande de sa collègue. « Le 22 septembre, quand il a pu s’échapper du camp Naba Koom II, il est venu de lui-même dans notre service, l’Etat-major de la 3e région de gendarmerie, vers 12h. Puis, il a continué au Groupement central des armées (GCA) se faire enregistrer comme le demandait l’Etat-major général des armées », a dévoilé le major. Invité à apporter des précisions, l’accusé Boué révèlera qu’il pouvait se soustraire aux faits du putsch le 20 septembre, avant 13 heures. « J’ai tenté d’amener des jeunes avec moi. Ils ont refusé et en ont informé le major Eloi Badiel. Dès lors on me marquait à la culotte», a détaillé le sergent-chef Boué.

Descente musclée chez Boué

Un autre témoin, le capitaine Moussa Moïse Wend-penga Kaboré, aide-de-camp du président sénégalais Macky Sall pendant son séjour à Ouagadougou, signalera la présence de Boué parmi les éléments de la sécurité rapprochée du visiteur. Quant à Arsène Bouyo, petit-frère du sergent-chef Médard, il a relaté au tribunal qu’il a passé toute la journée du 16 septembre 2015 avec son frère à la maison. « Vers 16h, mon frère a reçu un appel de son épouse l’alertant de ce qui se passait à la présidence du Faso. Un second appel vint, celui d’un de ses chefs qui lui aurait dit de ne pas se foutre de lui … Le lendemain 17, il est allé au ser-vice à 7h, me chargeant d’évacuer sa femme et ses enfants en belle-famille. Il est revenu vers 12h pour ressortir à 15h. A son retour le soir, il m’a informé qu’il est désigné pour la sécurité du président sénégalais qui venait à Ouagadougou », a fait savoir l’étudiant de 24 ans. A ses dires, Boué est sorti très tôt le 18 septembre et il ne l’a revu que le 20 septembre après 21h.

Le 21 septembre, le prévenu serait encore sorti, chargeant son frère cadet de tout déménager. C’est dans l’attente d’un camion à cet effet que Arsène Bouyo a reçu la visite de cinq éléments de l’ex-RSP, « hyper menaçants » et « très furieux », recherchant leur frère d’arme qualifié de « faux-type et de traitre ». Au regard des trois témoignages, le conseil de sergent-chef Boué, Me Babou Bama, a déclaré que son client est une mouche prise dans une toile.

« Il n’a rien fait sauf le fait d’assurer la sécurité de Macky Sall et tout mettre en œuvre pour s’extirper par la suite», s’est convaincu l’avocat. A noter que trois témoins ne se sont pas présentés à l’audience, le colonel-major Ernest Yelemou et le capitaine Stéphane Sessouma pour raison de stage et le colonel-major Honoré Nombré, malade.
Sur accord de toutes les parties, le tribunal a décidé de passer outre leurs témoignages pour la poursuite des débats ce lundi 18 mars à partir de 9h.

Jean Philibert SOME

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