Les «pogroms» peuls de Yirgou et du centre du Mali, au-delà de la nécessaire introspection qu’ils doivent amener chez les dirigeants des deux pays, pour vite éradiquer ce mal pernicieux et dangereux pour l’unité nationale, nous invitent du même coup à nous interroger sur notre identité culturelle pour en cerner l’appréhension qui en est faite actuellement et nous interroger sur ce que devrait être le chantier des dirigeants à l’avenir relativement à cette question complexe.

Un exercice qui commande une définition de cette identité culturelle qui, selon Joseph Ki Zerbo, est «un film que nous observons et vivons». Et, pour que ce film soit véritablement nôtre, il nous faut appréhender lequel parmi les trois facteurs fondateurs de cette identité culturelle selon Cheikh Anta Diop, (le facteur historique, celui linguistique et  enfin le facteur psychologique) «manque» aux Burkinabè pour qu’ils puissent vivre harmonieusement et en bonne intelligence.

En cela, et même si le facteur linguistique n’est pas «rempli» et que le facteur historique quoiqu’ingéré, prête quelques fois à des interprétations tendancieuses, il nous semble que c’est le facteur psychique qui nous manque le plus pour vivre pleinement notre «burkinabité». En effet, si l’on définit celui-ci comme «le climat intellectuel et psychologique créé par tous les écrits, pensées et prises de position» dans un espace géographique donné, l’on se rend compte que les Burkinabè (en tous cas certains d’entre eux) n’ont pas toujours fait preuve d’une grande sagesse dans leur analyse du problème, le ramenant à la délicate question peule alors qu’il dépasse ce cadre.

En effet, Yirgou est la résultante de questions «ethnolinguistiques» mal gérées jusque-là sur lesquelles sont venues se greffer des questions d’occupation de l’espace et tout récemment donc de terrorisme. Un cocktail qui a donc explosé à Yirgou à l’aube du nouvel an, plongeant les Burkinabè dans des prises de position manichéenne, là où l’exaltation de nos vertus ancestrales de tolérance et de pardon après aveux et repentir sincères devaient être de mise. Nous voyons d’ici les adeptes de la justice hic et nunc nous traiter de tous les noms d’oiseau, mais nous persistons à dire que cette boulimie justicière obsessionnelle peut nous conduire dans l’impasse voire à la déchirure.

Comme l’a rappelé le procureur près le Tribunal de grande instance (TGI) de Kaya à l’époque dans ce genre d’affaire, la justice doit tenir compte de l’environnement sociologique et des dispositions psychiques des uns et des autres avant de se prononcer, au risque de prendre une décision grosse de dangers pour la paix sociale. Un «ressourcement» de tous les protagonistes et une appréhension «civique» de cette délicate question nous semblent  donc nécessaires.

L’avenir étant inscrit dans la matrice du présent, ce sont nos actes et nos pensées qui façonneront le Burkina Faso de demain. Soyons donc positifs, et, c’est cette éducation que nous devrons inculquer à nos enfants. Le chantier de la valorisation du capital humain (avec toutes les remises en cause pour ne pas dire la révolution que cela implique), voilà le combat à gagner pour que demain soit meilleur qu’aujourd’hui.

Boubakar SY

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here