France : De Rugy craque

Acculé par la presse depuis maintenant une semaine, le ministre français de la Transition écologique et solidaire, François De Rugy, a finalement craqué. Au cœur d’une vive critique sur des dépenses excessives et la location d’un logement social, l’écologiste a jeté l’éponge en présentant, hier mardi 16 juillet 2019, dans l’après-midi, sa démission de l’exécutif. Il avait pourtant déclaré, il y a quelques jours, ne pas vouloir abandonner son poste. Que s’est-il passé pour que celui qui est présenté comme le N°2 du gouvernement français prenne une telle décision ? Il faut être dans les secrets des dieux pour le savoir. Mais en attendant, les commentaires vont bon train. L’intéressé, lui, motive sa décision par le fait qu’il veut mieux préparer sa défense.

Dans un communiqué, il a justifié les raisons qui l’ont conduit à démissionner. «Les attaques dont ma famille fait l’objet me conduisent aujourd’hui à prendre le recul nécessaire. Ce que chacun comprendra. La mobilisation nécessaire pour me défendre fait que je ne suis pas en mesure d’assumer sereinement et efficacement la mission que m’ont confiée le président de la République et le Premier ministre», a-t-il déclaré. Et pourtant, le président français, Emmanuel Macron, avait, depuis son déplacement à Belgrade, en Serbie, demandé au Premier ministre, Edouard Phillip, «d’apporter toute la clarté» sur les révélations de Mediapart.

François de Rugy n’aura finalement pas attendu les résultats pour acter sa sortie du gouvernement. S’estimant victime d’un «lynchage médiatique», il a déclaré avoir déposé une plainte en diffamation contre le site d’informations Mediapart. Pour le journal d’investigation, c’est plutôt la publication d’un nouvel article concernant l’utilisation des frais de mandat de De Rugy, lorsqu’il était encore député, qui a précipité son départ. La démission du ministre a été acceptée par le président Macron comme ce fut le cas avec son prédécesseur Nicolas Hulot en août 2018. Ce dernier avait quitté le navire gouvernemental pour «convenance personnelle», mais sans doute à cause du fait qu’il estimait être à la manœuvre sur les enjeux environnementaux au sein de l’exécutif français. Ces deux démissions, au-delà des polémiques que cela peut susciter, constituent des signes de vitalité du jeu démocratique.

Pour sauver leur honneur ou respecter les règles démocratiques prédéfinies, certains hommes politiques doivent comprendre qu’il y a parfois nécessité à jeter l’éponge. Une posture qui tranche avec les pratiques sous nos cieux. Dans la plupart des pays africains, les scandales se multiplient, alors que les présumés auteurs restent toujours accrochés à leurs postes. Ce qui peut parfois nuire à l’appareil étatique. L’exemple de François de Rugy doit inspirer les décideurs ou responsables du continent noir, embourbés dans des affaires louches. De toute évidence, l’évolution sociopolitique des pays africains laisse présager que la culture de la démission de gré ou de force est une quête des populations qui aspirent de plus en plus au changement et à la bonne gouvernance. Les exemples en la matière fusent déjà de partout à travers le continent. Les présidents soudanais Omar El Béchir et algérien Abdel Aziz Bouteflika pour ne citer que les plus récents, n’ont-ils pas rendu le tablier sous la menace populaire ?

 Abdoulaye BALBONE

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